En réunion de Conseil des ministres, hier mercredi au Palais de la République, le chef de l’Etat, Macky Sall a demandé aux membres du gouvernement de se préparer au futur remaniement. Sans autre précision.
Pas d’au revoir formel ni de phrases énoncées de façon claire sur la date du prochain remaniement ou sur le futur chef du gouvernement. Rien, non plus, sur les élections et la débandade subie par les troupes de Benno Bokk Yaakaar, lors du scrutin de dimanche dernier, dans certaines grandes villes et communes de l’intérieur du pays. La seule annonce faite par le Président Sall à ses ministres, située entre deux silences par les sources de L’Observateur, en toute fin de conseil des ministres, est celle-là : «Préparez vos dossiers. Le gouvernement aura un Premier ministre», a laissé entendre Macky Sall aux ministres. Sans autre précision. Un message lapidaire et succinct qui a jeté encore plus de froid dans la salle Bruno Diatta qui abritait, ce mercredi 26 janvier, la dernière réunion hebdomadaire de l’actuelle équipe gouvernementale.
«Pas de règlement de comptes»
Si certains ministres et autres proches collaborateurs du chef de l’Etat qui ont assisté à la réunion d’hier n’ont pas voulu entrer dans le menu détail de cette rencontre au Palais, d’anciens membres du gouvernement contactés par L’Observateur sont revenus sur l’ambiance du dernier Conseil des ministres. Ils ont expliqué pourquoi elle ne passe pas souvent comme l’imaginent les non-initiés. Plusieurs fois ministre sous le régime du Président Sall, avant de quitter le gouvernement aux lendemains de la Présidentielle de 2019 qu’il avait lui-même organisée, Aly Ngouille Ndiaye, précise d’emblée qu’il ne faut pas s’attendre à ce que le président règle des comptes durant cette réunion d’après scrutin. «Le Président n’aborde pas le sujet des élections en Conseil des ministres. C’est une réunion institutionnelle et solennelle, il parle peut-être de l’organisation pour féliciter les concernés ou dénoncer les manquement s’il y en a eu, mais il s’en arrête là. Il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tempête ou qu’il crie sur ceux qui n’ont pas eu de bons résultats. Pas du tout. Le Conseil des ministres n’est pas le lieu pour cela.»
Réélu maire de Linguère, Aly Ngouille Ndiaye a eu le privilège de siéger au Conseil des ministres durant de longues années. Et selon lui, ce sont peut-être les novices qui auront une certaine pression. «Ceux qui n’ont jamais vécu une telle situation seront peut-être un peu stressés ou nerveux, mais ils se détendent très vite parce que le sujet n’est pas abordé, peut-être en coulisses entre ministres. Mais ce n’est pas vraiment à l’ordre du jour en Conseil des ministres.» Quid de la perspective d’un remaniement à l’horizon ? «S’il doit y avoir un remaniement, le président va l’annoncer, ensuite remercier ses collaborateurs et c’est tout. Et là tout le monde est au même niveau parce que personne ne sait ce qui va se passer. Mais sinon c’est une ambiance bon enfant, une ambiance de travail parce que le Conseil des ministres, c’est du sérieux.»
«Les visages sont crispés… »
Mais d’après un ancien ministre qui a requis l’anonymat, la tension est bien palpable dans ces circonstances. Le retour des élections n’est pas toujours chose aisée, et si on y ajoute la perspective d’un remaniement, la pression est à son comble. «Les visages sont crispés, chacun essaie de contenir son émotion, les gens bougent beaucoup pour se rendre aux toilettes à cause du stress, et la plupart sont vêtus de boubous traditionnels pour dissimuler leurs talismans (rires).» Du côté du chef de l’Etat, le discours dépend du scrutin et des résultats obtenus, poursuit notre interlocuteur. Serigne Mbacké Ndiaye, ancien ministre porte-parole du président Abdoulaye Wade, confirme qu’un dernier Conseil des ministres est toujours tendu, et le président tient un discours de remerciements. «Le président a généralement tendance à remercier les gens, à faire comprendre qu’ils étaient en mission qui doit se terminer, explique-t-il. C’est le discours qu’il tient à l’endroit du Premier ministre et aussi à l’endroit des ministres. Et chacun essaie de plaire au chef, par de petits gestes, des sourires, un rappel d’un événement quelconque ou d’un dossier important… certains posent des actes pour ne pas se faire oublier.» Suivant Serigne Mbacké Ndiaye, personne ne sait s’il va revenir ou non, donc il y a une certaine pression, comme une épée de Damoclès qui plane sur la tête des ministres. «Parce que dans notre pays quand vous êtes nommé à un poste de responsabilités, tout le monde applaudit, mais quand vous quittez c’est comme un deuil. Donc c’est toujours tendu, les gens essaient de détendre l’atmosphère, mais ils n’y arrivent pas.»
«Pas facile pour les ministres candidats et battus»
Actuel Directeur général de la Sodefitex, Modou Diagne Fada a été plusieurs fois ministre sous Abdoulaye Wade. Pour lui, l’ambiance de ce Conseil suivant les élections, avec les résultats obtenus, ne peut pas être des meilleures. «Ce premier contact ne peut pas être facile pour les ministres candidats et battus. Ils vont surveiller le regard du président, voir si ses salutations sont chaleureuses ou non. Un président de la République qui est en même temps chef de parti ne peut pas avoir le même regard pour tout le monde, le regard varie selon les résultats de chacun. Et les ministres font attention à tout ça, donc pour le conseil d’hier, certains ont dû être très gênés et ont dû avoir du mal à regarder le président.» L’ancien ministre qui vient d’être réélu président du Conseil départemental de Kébémer, signale qu’en politique, après chaque élection il y a une redistribution des cartes, et le souvenir de 2014 va sûrement planer. Et les premiers mots du chef de l’Etat seront certainement très attendus, mais tout dépendra de l’ordre du jour de la réunion, indique Modou Diagne Fada. «On peut parfois avoir un Conseil de ministres qui ne parle pas de politique, mais s’il y a des sujets politiques, le président en profitera certainement pour faire des commentaires sur ce qui s’est passé. Même si l’appréciation des élections ne peut pas être à l’ordre du jour d’un Conseil des ministres.» Et si un remaniement doit avoir lieu, le président en fait l’annonce. «Généralement les grands remaniements sont annoncés, fait savoir Fada. Le président informe tout le monde en souhaitant bonne chance aux uns et bon courage aux autres, sans donner plus de détails. S’il en parle lors du Conseil, ce sera juste pour dire cela.» Et c’est exactement ce qui s’est passé hier mercredi 26 janvier 2021. Et pour cette fois, le Président a même été moins expansif.
ADAMA DIENG
Pas d’au revoir formel ni de phrases énoncées de façon claire sur la date du prochain remaniement ou sur le futur chef du gouvernement. Rien, non plus, sur les élections et la débandade subie par les troupes de Benno Bokk Yaakaar, lors du scrutin de dimanche dernier, dans certaines grandes villes et communes de l’intérieur du pays. La seule annonce faite par le Président Sall à ses ministres, située entre deux silences par les sources de L’Observateur, en toute fin de conseil des ministres, est celle-là : «Préparez vos dossiers. Le gouvernement aura un Premier ministre», a laissé entendre Macky Sall aux ministres. Sans autre précision. Un message lapidaire et succinct qui a jeté encore plus de froid dans la salle Bruno Diatta qui abritait, ce mercredi 26 janvier, la dernière réunion hebdomadaire de l’actuelle équipe gouvernementale.
«Pas de règlement de comptes»
Si certains ministres et autres proches collaborateurs du chef de l’Etat qui ont assisté à la réunion d’hier n’ont pas voulu entrer dans le menu détail de cette rencontre au Palais, d’anciens membres du gouvernement contactés par L’Observateur sont revenus sur l’ambiance du dernier Conseil des ministres. Ils ont expliqué pourquoi elle ne passe pas souvent comme l’imaginent les non-initiés. Plusieurs fois ministre sous le régime du Président Sall, avant de quitter le gouvernement aux lendemains de la Présidentielle de 2019 qu’il avait lui-même organisée, Aly Ngouille Ndiaye, précise d’emblée qu’il ne faut pas s’attendre à ce que le président règle des comptes durant cette réunion d’après scrutin. «Le Président n’aborde pas le sujet des élections en Conseil des ministres. C’est une réunion institutionnelle et solennelle, il parle peut-être de l’organisation pour féliciter les concernés ou dénoncer les manquement s’il y en a eu, mais il s’en arrête là. Il ne faut pas s’attendre à ce qu’il tempête ou qu’il crie sur ceux qui n’ont pas eu de bons résultats. Pas du tout. Le Conseil des ministres n’est pas le lieu pour cela.»
Réélu maire de Linguère, Aly Ngouille Ndiaye a eu le privilège de siéger au Conseil des ministres durant de longues années. Et selon lui, ce sont peut-être les novices qui auront une certaine pression. «Ceux qui n’ont jamais vécu une telle situation seront peut-être un peu stressés ou nerveux, mais ils se détendent très vite parce que le sujet n’est pas abordé, peut-être en coulisses entre ministres. Mais ce n’est pas vraiment à l’ordre du jour en Conseil des ministres.» Quid de la perspective d’un remaniement à l’horizon ? «S’il doit y avoir un remaniement, le président va l’annoncer, ensuite remercier ses collaborateurs et c’est tout. Et là tout le monde est au même niveau parce que personne ne sait ce qui va se passer. Mais sinon c’est une ambiance bon enfant, une ambiance de travail parce que le Conseil des ministres, c’est du sérieux.»
«Les visages sont crispés… »
Mais d’après un ancien ministre qui a requis l’anonymat, la tension est bien palpable dans ces circonstances. Le retour des élections n’est pas toujours chose aisée, et si on y ajoute la perspective d’un remaniement, la pression est à son comble. «Les visages sont crispés, chacun essaie de contenir son émotion, les gens bougent beaucoup pour se rendre aux toilettes à cause du stress, et la plupart sont vêtus de boubous traditionnels pour dissimuler leurs talismans (rires).» Du côté du chef de l’Etat, le discours dépend du scrutin et des résultats obtenus, poursuit notre interlocuteur. Serigne Mbacké Ndiaye, ancien ministre porte-parole du président Abdoulaye Wade, confirme qu’un dernier Conseil des ministres est toujours tendu, et le président tient un discours de remerciements. «Le président a généralement tendance à remercier les gens, à faire comprendre qu’ils étaient en mission qui doit se terminer, explique-t-il. C’est le discours qu’il tient à l’endroit du Premier ministre et aussi à l’endroit des ministres. Et chacun essaie de plaire au chef, par de petits gestes, des sourires, un rappel d’un événement quelconque ou d’un dossier important… certains posent des actes pour ne pas se faire oublier.» Suivant Serigne Mbacké Ndiaye, personne ne sait s’il va revenir ou non, donc il y a une certaine pression, comme une épée de Damoclès qui plane sur la tête des ministres. «Parce que dans notre pays quand vous êtes nommé à un poste de responsabilités, tout le monde applaudit, mais quand vous quittez c’est comme un deuil. Donc c’est toujours tendu, les gens essaient de détendre l’atmosphère, mais ils n’y arrivent pas.»
«Pas facile pour les ministres candidats et battus»
Actuel Directeur général de la Sodefitex, Modou Diagne Fada a été plusieurs fois ministre sous Abdoulaye Wade. Pour lui, l’ambiance de ce Conseil suivant les élections, avec les résultats obtenus, ne peut pas être des meilleures. «Ce premier contact ne peut pas être facile pour les ministres candidats et battus. Ils vont surveiller le regard du président, voir si ses salutations sont chaleureuses ou non. Un président de la République qui est en même temps chef de parti ne peut pas avoir le même regard pour tout le monde, le regard varie selon les résultats de chacun. Et les ministres font attention à tout ça, donc pour le conseil d’hier, certains ont dû être très gênés et ont dû avoir du mal à regarder le président.» L’ancien ministre qui vient d’être réélu président du Conseil départemental de Kébémer, signale qu’en politique, après chaque élection il y a une redistribution des cartes, et le souvenir de 2014 va sûrement planer. Et les premiers mots du chef de l’Etat seront certainement très attendus, mais tout dépendra de l’ordre du jour de la réunion, indique Modou Diagne Fada. «On peut parfois avoir un Conseil de ministres qui ne parle pas de politique, mais s’il y a des sujets politiques, le président en profitera certainement pour faire des commentaires sur ce qui s’est passé. Même si l’appréciation des élections ne peut pas être à l’ordre du jour d’un Conseil des ministres.» Et si un remaniement doit avoir lieu, le président en fait l’annonce. «Généralement les grands remaniements sont annoncés, fait savoir Fada. Le président informe tout le monde en souhaitant bonne chance aux uns et bon courage aux autres, sans donner plus de détails. S’il en parle lors du Conseil, ce sera juste pour dire cela.» Et c’est exactement ce qui s’est passé hier mercredi 26 janvier 2021. Et pour cette fois, le Président a même été moins expansif.
ADAMA DIENG

