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"La leçon qu’il faut tirer de la défaite de Niasse, Idy et Aminata Mbengue Ndiaye"

Samedi 12 Février 2022

Mbaye Dione, candidat de Benno bokk yakaar (Bby) à la Commune de Ngoundiane aux Locales du 23 janvier dernier, donne les raisons qui ont favorisé sa réélection, explique sa longévité en tant que Maire de Ngoundiane, liste les causes de l’échec de Benno à Thiès. Dans cet entretien, M. Dione tire les leçons de la défaite de Moustapha Niasse, Idrissa Seck et Aminata Mbengue Ndiaye dans leurs localités respectives. Le Maire de Ngoundiane revient également sur le retrait annoncé de Moustapha Niasse de la tête de l’Afp, ses chances de lui succéder, son projet de société pour le Sénégal…



 
M. le maire, vous avez rempilé à la tête de Ngoundiane. Qu’est-ce qui explique la longévité du Maire Mbaye Dione à la tête de cette Commune ?
Tout d'abord, permettez-moi de remercier les populations de Ngoundiane pour la confiance qu'elles m'ont renouvelée lors de ces élections du 23 janvier 2022 pour un troisième mandat. C'est d'autant plus un honneur que, comme vous l'avez fait remarquer, nombre de communes ont vu leur exécutif municipal changer de bord politique, je sors de ces élections la tête haute car étant réélu avec un score record dans le Département de Thiès de plus 60% au scrutin municipal et de plus 65% au scrutin départemental ; ce qui correspond à plus de 5.000 voix obtenues. Notre résultat a fortement contribué à la victoire de la coalition Benno bokk yakaar au Conseil départemental de Thiès, malgré la perte de la ville de Thiès et de ses 3 communes. Aucun Maire dans le département de Thiès n’a atteint les scores que j’ai faits lors de ces dernières élections. A mon humble avis, cette longévité à la tête de la Commune de Ngoundiane dont vous parlez s’explique, d’une part, par mon bilan élogieux et d’autre part, par ma proximité et ma disponibilité vis-à-vis des populations ngoundianoises. A l’occasion des dernières élections, mon équipe a élaboré un document-bilan détaillé avec des références en chiffres et en images de nos réalisations de 2009 à 2021.



 
Etes-vous surpris par la défaite de votre coalition dans la ville de Thiès et beaucoup de collectivités de votre département ? 

Effectivement, notre coalition a perdu le dernier scrutin dans la ville de Thiès et ses trois communes qui sont toutes tombées dans l’escarcelle de l’opposition. Il en est de même pour trois autres communes du Département de Thiès que sont Touba Toul, Pout et Khombole qui ont changé de maires, mais qui seraient restées dans la mouvance présidentielle. Enfin, il y a la commune de Diender qui est conservée par son maire qui est du Parti démocratique sénégalais (Pds). Alors est-ce surprenant ? Je dirais oui et non, aussi curieux que cela puisse paraître comme réponse. Oui, dans la mesure où le retour du parti Rewmi au sein de notre coalition devait conforter, puis élargir notre base de légitimation. La réponse à la question serait non parce que si on observe l’opinion nationale et en particulier, les populations Thiessoises, on peut voir qu’elles expriment un rejet, voire une abhorration de tout ce qui s’assimile à la transhumance. D’ailleurs, l’issue des élections à Thiès s’est davantage jouée sur la question de morale et d’éthique. Quels que soient les bilans présentés par les candidats, les populations voient la transhumance comme le reflet le plus parfait de l’immoralité des politiques. Pour tout dire, il semble que les Thiessois et les Thiessoises n’en pouvaient plus de ce quolibet «Nittu Thiès» qu’on leur affabulait depuis le «Mbourou akk sow». Les Thiessois sont dignes et malgré les nombreuses réalisations effectuées depuis 2012 en leur faveur par le Président Macky Sall, ils se sont sentis offensés et ces élections locales étaient l’occasion de laver l’affront.


Comment expliquez-vous l’échec de Bby surtout à Thiès-ville, alors que l’apport de Rewmi était censé corser les résultats ? 
Cet échec est, comme indiqué plus haut, un désaveu envers la transhumance et une exigence de la restauration de la morale et de l'éthique comme valeurs fondamentales en politique. Même si les politiques ressassent ces mots dans tous leurs discours, ils semblent se dispenser de cette obligation, au profit de la realpolitik. Je pense que le parti Rewmi paye également pour ce que beaucoup voient comme un double langage. Après avoir jugé inutile et budgétivore le Conseil économique, social et environnemental (Cese), le parti a accepté d'en assurer la présidence. Aussi, l'opposition a fait le pari de faire de ces élections le premier tour de la Présidentielle de 2024. Si l’on voit les résultats des grands centres urbains, comme Dakar, Thiès et Ziguinchor, on peut valablement penser qu’une partie importante de l’électorat a été influencée par ce discours.


Les Présidents Moustapha Niasse, Idrissa Seck et Aminata Mbengue Ndiaye ont tous perdu les listes qu’ils ont soutenues, quelle est la leçon qu’il faut en tirer ? 
Il y a certainement des leçons ou des enseignements à tirer de ces élections et cet exercice incombe à tous les acteurs politiques. Les personnalités que vous évoquez ici ont une expérience politique et une présence sur l'échiquier suffisamment longues pour disposer de matériaux intellectuel et politique qui leur permettent d’apprécier par elles-mêmes et pour elles-mêmes ces résultats. Par conséquent, il ne me revient pas de le faire à leur place. Mais, en tout état de cause, la jeunesse se montre de plus en plus impatiente pour les changements profonds qu’elle attend depuis quelque temps. Dès lors, c'est toute la classe politique, toutes générations et tendances confondues, qui en est interpellée.
Pour le cas du Président Moustapha Niasse que je maîtrise un peu plus, je peux, sans risque de me tromper, affirmer que la défaite du Candidat de Bby à Keur Madiabel ne peut nullement lui être attribuée. Pour tout ce qu’il a fait pour ce terroir et ses environs et depuis plus de cinq décennies, le Président Niasse est resté au cœur des populations de la Commune de Keur Madiabel et des communes voisines. Les leaders de la coalition avaient choisi de reconduire une écrasante majorité des maires sortants appartenant à la mouvance présidentielle et celui de Keur Madiabel n’a pas échappé à la règle. Malheureusement, des divergences au sein de la coalition locale, y compris au sein même de l’Afp, ont perdu notre collègue, malgré le soutien indéfectible du Président Niasse. 


Est-ce que les alliés de Macky Sall sont en droit de réclamer quoi que ce soit ? 
C’est au Président Macky Sall qu’il faut poser cette question, si tant est que ses alliés lui ont réclamé quoi que ce soit. En ce qui me concerne, j’appartiens à un parti de la mouvance présidentielle et j’ai toujours gagné dans ma commune à toutes les élections depuis 2009, et quelle que soit la bannière avec laquelle je suis allé à toutes ces élections. Pourtant, à l’Assemblée nationale et au Gouvernement siègent des gens qui ont un parcours beaucoup moins élogieux au plan politique. J'ignore qui exige quoi et de qui, même s'il faut convenir de la nécessité, pour la survie et la pérennité de cette coalition, de lui donner un souffle nouveau. Pour ce faire, il appartient au Président de la coalition d'apprécier la situation et de décider des modalités par lesquelles ce nouveau souffle sera insufflé à notre camp. Pour commencer il a à sa disposition deux moyens d’action que sont la composition du prochain gouvernement, mais aussi, le choix des investis pour les Législatives prévues le 31 juillet 2022. Il ne s’agit pas de récompenser des gagnants ou de sanctionner des perdants, mais il est plutôt question de promouvoir la compétence et l’éthique pour une meilleure prise en charge de la grande ambition que le Président de la République a pour le Sénégal. Une redistribution des cartes s'est imposée à la faveur de l’émergence d’un nouveau type de militant et de l'influence des réseaux sociaux, qui bousculent le personnel politique et exigent des changements de plus grande envergure tant dans les choix et pratiques politiques que celui des hommes et femmes qui assurent l’exécution.


Combien de localités l’Afp contrôlait-elle avant et après le scrutin du 23 janvier dernier ? 
Avant les dernières élections du 23 janvier 2022, l’Afp contrôlait une quinzaine de communes et deux conseils départementaux. Mais au sortir des dernières élections locales, l’Afp s’est retrouvée malheureusement avec moins d’une dizaine de communes. Mais il convient de relativiser cette baisse, étant entendu que nous avons accepté d’être dans une coalition au pouvoir avec ses avantages et ses inconvénients. En effet, à la demande du Secrétaire Général du parti, beaucoup de camarades ont respecté les choix effectués par les leaders de la Coalition en se rangeant derrière les candidats choisis, quel que soit leur parti. 


Le Président Niasse avait annoncé son retrait de la tête du parti (Afp), est-ce que la perte de sa base ne doit pas précipiter son départ ?
Je ne vois pas de relation de cause à effet entre le résultat de ce scrutin et le départ annoncé du Président Niasse du parti. Nous travaillons depuis l'annonce du congrès à créer les conditions en vue d'assurer et la préservation du legs et la modernisation de nos instances à l'aune des mutations économiques, sociales, culturelles, technologiques et politiques. A mon sens, le fait que le candidat soutenu par le Président Niasse n'ait pas gagné aux élections de leur localité, certes peut être apprécié comme un camouflet pour le candidat. Mais cela ne doit ni hâter ni retarder le calendrier que s'est fixé le parti vers son congrès de renouvellement et de rajeunissement. Cela fait plus de 20 ans que je chemine avec le Président Niasse et sans prétendre le connaître, je sais au moins que personne ne peut exercer sur lui une quelconque pression pour avancer ou reculer la date de son retrait à la tête du parti.


L’on vous annonce, ainsi que Alioune Sarr, comme les deux candidats à sa succession. Qu’est-ce qui fonde votre légitimité ? Avez-vous des soutiens et appuis solides pour conduire l’Afp?
C’est un honneur pour moi si je suis cité parmi les candidats à la succession du Président Niasse à la tête du parti. Cela étant, il faut reconnaître que l’Afp compte beaucoup d’autres cadres qui peuvent légitimement avoir ambition de diriger le parti. Ce qui est par contre évident est que personne parmi nous, n’a l’expérience ou les moyens intellectuels ou financiers pour diriger le parti comme le Président Niasse l’a fait depuis sa création il y a déjà plus de vingt-deux années. En ce qui me concerne, je ne vous cache pas que beaucoup de camarades ont souhaité porter ma candidature, pour le poste de Secrétaire général du parti. Disent-ils que ma légitimité qui se fonde sur la loyauté dont j'ai fait montre, en dépit de ce qu'ils considèrent comme de l'ostracisme, dont j'aurais été victime et qui aurait été orchestré par certains camarades du parti. Ce qui est incontestable, est que je suis suffisamment bien implanté dans la région de Thiès pour faire gagner n'importe quel allié avec qui je m'associerais. Ceci est possible grâce aux relations exceptionnelles que j'entretiens avec les militants et toutes les populations de la région. J’ai le même type de liens avec un très grand nombre de jeunes cadres partout à travers le pays et au sein de la diaspora sénégalaise. Pour rappel, j’ai été le premier Secrétaire général du Mouvement National des Jeunes de l’Afp que j’ai dirigé pendant huit ans et je suis actuellement le Secrétaire général de la Coordination régionale de Thiès depuis 2012. Sur la base de ces éléments, nous y réfléchissons sur la question de l’avenir du parti et travaillons sur plusieurs hypothèses. Dans tous les cas, je suis prêt à assumer avec tous les camarades qui croient à des lendemains meilleurs pour notre projet de société au service du Sénégal à assumer le leadership de l’Afp avec tout le sérieux, la motivation et l’investissement personnel qui ont toujours guidé mon engagement politique.


Mathieu BACALY
l'OBS

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