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Yankhoba Seydi de Rewmi: "Ne bradons pas nos ressources halieutiques"

Jeudi 31 Décembre 2020

Le Royaume-Uni et l’Union européenne ont eu besoin de 1645 jours de négociations historiques avant de parvenir à un accord le jeudi 24 décembre 2020, date si symbolique en cette veille de Noël que les esprits créatifs britanniques ont baptisé l’accord de BrexMass, allusion au cadeau de Noël. Les négociations ont été longues et dures, avec pas moins de 65 questions au programme. 

La dernière phase de ces négociations a, entre autres, porté sur les futures relations commerciales entre les deux entités, la recherche, la sécurité, mais aussi et surtout la pêche. Cette question justement, était devenue si centrale qu’elle a failli faire capoter plus de 1600 jours d’efforts consentis à négocier entre les deux parties. Elle n’est pourtant pas la question vitale pour le Royaume-Uni, car la pêche ne mobilise qu’environ 12000 britanniques seulement. Le nombre de bateaux de pêche britanniques enregistrés dans le pays ne dépassait guère 6000 en 2019 et il n’y avait que 622 000 tonnes de poissons débarqués dans la même année soit seulement 987 million de livres sterling. La pêche, c’est seulement 0,12% du PIB britannique. 

On le voit, la pêche n’est rien comparé aux mastodontes comme les services (80% du PNB britannique), la manufacture, la construction et le tourisme qui sont les quatre majeurs de l’économie britannique. La question, c’est comment les négociateurs britanniques ont réussi à faire de la pêche la vedette dans la dernière partie des négociations post-Brexit ? Les officiels de l’Union Européenne ont beau dénoncé diplomatiquement l’impréparation des britanniques pour les négociations, ils savaient plus que quiconque que les britanniques étaient de redoutables négociateurs. La pêche, les négociateurs britanniques l’ont utilisée donc à fonds dans les négociations pour pousser l’UE à des concessions importantes là où les voulaient plus, le no-deal n’étant bon pour aucune des parties du fait du poids des marchés des deux côtés de la Manche, mais aussi et surtout de la catastrophe que constituerait l’interdiction des très poissonneuses eaux  britanniques aux flottes de l’UE. 

Les pêcheurs belges par exemple en dépendent à 80%, sans parler des pêcheurs français, espagnols, néerlandais etc., pour qui l’accès aux eaux britanniques étaient une question de vie ou de mort. 

Il est donc clair que la pêche aura été un élément ultra important du « bargaining power » des négociateurs britanniques. On se souvient d’ailleurs des positions plus ou moins belliqueuses des britanniques qui menaçaient il y a juste quelques semaines d’envoyer des canonniers et autres navires de guerre pour protéger leurs poissons en cas de no-deal, alors que la contribution de la pêche ne représente que presque la portion congrue à l’économie britannique comme signalé précédemment. 

Si pour si peu les britanniques sont prêts à déployer autant d’énergie à protéger leurs « poissons », nous semblons ne pas voir le même intérêt, le même engagement dans nos pays où pourtant la pêche est un secteur vital de l’économie, malgré son caractère grandement artisanal. Au Sénégal, avec un chiffre d’affaires d’environ 278 milliards CFA et une valeur ajoutée de 80 milliards CFA, la pêche représente 11% du PIB primaire et 3,2% du PIB total. Ce secteur est donc ultra important pour notre économie, car contribuant sans aucun doute à la sécurité alimentaire, à la génération d’importants revenus, sans parler des emplois engendrés avec environ 600 000 personnes, soit 15% de la population active. Si quelqu'un doute encore de l’importance vitale de la pêche dans l’économie sénégalaise, c’est qu’il ignore certainement encore que la pêche pourvoie plus de devises étrangères que n’importe quel autre secteur de l’économie avec presque 200 milliards de recettes annuelles produites, soit 30 % des recettes totales d’exportation du Sénégal dont la balance commerciale est pourtant constamment déficitaire. 

Si la pêche a une telle importance pour notre pays, les dirigeants sénégalais et africains ne doivent donc pas brader ces ressources pour des pays très pauvres comme les nôtres. Le scandale des licence de pêche hante toujours les esprits et la conséquence est une sorte de carte blanche pour la surpêche, ennemie numéro un de nos eaux devenues subitement si pauvres en poissons que nos braves pêcheurs choisissent soit de pécher illégalement dans d’autres eaux avec les risques que l’on connaît, soit d’aller en aventure avec les tristement célèbres « Barça ou Barsakh » qui ont vu périr des milliers de jeunes africains et le tragique spectacle n’est pas terminé. 

Ne bradons pas nos ressources halieutiques. Tirons-en profit comme les britanniques l’ont fait à la fois dans les négociations post-Brexit que dans la génération de ressources pour le pays. Le mal chez une bonne partie de nos dirigeants, c’est leur manque de patriotisme si ce n’est leur cécité, car comment peut-on facilement troquer les maigres ressources halieutiques dont nous disposons pour des populations qui en ont besoin pour s’assurer une certaine sécurité alimentaire contre quelques broutilles  à travers les licences de pêche souvent signés avec une facilité déconcertante avec des puissances étrangères, dont l’Union européenne et la Chine ?


La contrepartie que constituent les licences de pêche pour nombre de pays africains dont le Sénégal est plusieurs fois plus insignifiante que ce que les bateaux de pêche étrangers tirent de nos eaux, eaux qui sont une question de souveraineté, comme le premier ministre britannique l’a bien clamé pour son pays. Alors,  en ce jour de réveillon où le Royaume-Uni va quitter l’Union Européenne, réveillons-nous et apprenons des bonnes leçons des autres sans en faire des caleçons inutiles ou des sons sans harmonie en ce jour de fête dans les têtes, mais pas dans les cœurs. En ce 31 décembre où les britanniques partiront à minuit, notre réponse pour la défense des nos ressources halieutiques ne doit nullement souffrir d’une réponse ambivalente. Elle ne doit pas, ni plus être « ni oui ni non ». Elle doit être claire comme l’eau de roche loin des accords fantoches pour qu’enfin nos  ressources entrent dans nos poches. 

Yankhoba SEYDI
La Redaction


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