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Union africaine : Pourquoi les Africains n’y croient plus (ou presque)

Mercredi 29 Juin 2022

« L’Union africaine a 20 ans : les illusions perdues (1/4). » Née en 2002, l’UA continue d’être perçue par les Africains comme inefficace et peu crédible. La faute à l’absence de volonté politique de ses chefs d’État, qui renâclent à renforcer le pouvoir de l’organisation, seul moyen de rétablir un lien de confiance avec les populations du continent.


Kings Park Stadium de Durban, 9 juillet 2002. Pour ce qui est à la fois le dernier sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) et le premier de l’Union africaine (UA), les chefs d’État du continent se sont déplacés en nombre au milieu d’un concert de vuvuzelas, de musique militaire et de danses zouloues. À la tribune, flanqué d’amazones en treillis, Mouammar Kadhafi rappelle à ses pairs que l’idée de remplacer une organisation à bout de souffle par une union pragmatique, destinée à préparer ces « États-Unis d’Afrique » qu’il appelle de ses vœux, lui revient de droit. Ne l’a-t-il pas lancée à Syrte, trois ans plus tôt ? « Nous acceptons ceux qui veulent nous aider, mais nous ne voulons pas de ceux qui veulent nous imposer leurs conditions », ajoute-t-il, avant de conclure par l’un de ses slogans favoris : « La terre africaine pour les Africains ! »

Wade, Mbeki, Mugabe, Moubarak, Dos Santos, Kabila, Gbagbo, Déby, Bongo, El-Béchir, Zenawi… À l’instar du « Guide » libyen, beaucoup des chefs présents ce jour-là ont depuis quitté le devant de la scène, emportant avec eux les promesses de l’aube.

Vingt ans plus tard en effet, l’UA, qui, selon les termes d’un rapport de sa Commission publié il y a trois ans, « n’a cessé d’imiter l’Union européenne en termes de structure institutionnelle et de trajectoire d’intégration », est bien loin d’atteindre les performances de son modèle – lequel n’est d’ailleurs pas forcément le plus adapté au continent.

De la non-ingérence à la non-indifférence

Certes, par rapport à une OUA largement discréditée, les progrès ne sont pas niables. Politiquement, la posture paralysante de non-ingérence a cédé la place à la non-indifférence, avec condamnation de principe des coups d’État et des changements anticonstitutionnels de gouvernance.

Le chantier de refonte des institutions mené par le président rwandais Paul Kagame, entre 2016 et 2018, a débouché sur des propositions fortes en matière d’efficacité opérationnelle, de recentrage sur un nombre réduit de domaines et de solutions volontaristes pour réduire la dépendance financière de l’organisation à l’égard des donateurs étrangers.


Le lancement, en 2019, de la Zlecaf, la zone de libre-échange continentale africaine, est également à placer au crédit de l’UA, même si la mise en œuvre de ce marché commun africain, qui doit être ratifié par l’ensemble des Parlements des pays membres, présuppose un principe de libre circulation des citoyens qui est loin d’être acquis.

Mais quand on interroge les Africains sur l’utilité de l’UA le jugement est toujours aussi sévère. Beaucoup d’entre eux y voient une organisation inefficace, qui n’a résolu aucun des problèmes en vue desquels elle a été créée et dont l’objectif est de durer plus longtemps que ceux-ci.

Impuissance

Après tout, user ses forces et son prestige à se mesurer avec des problèmes insolubles ne sert qu’à offrir au monde un exemple d’impuissance, alors que faire semblant permet de donner le change et d’entretenir l’illusion. Le but suprême de l’UA serait donc d’assurer sa propre survie, celle des fonctionnaires qui y travaillent et celle des chefs d’État qui siègent à son conseil d’administration tels des fondés de pouvoir autoproclamés.

Féroce donc, mais à qui la faute si ce n’est à l’absence de volonté politique de ces mêmes chefs d’État, extrêmement réticents dès qu’il s’agit de renforcer le pouvoir des institutions de l’UA et donc la crédibilité de cette dernière aux yeux des citoyens, arc-boutés sur leurs sommets conçus comme l’organe unique de décision, allergiques à la moindre délégation de leur souveraineté et tenant le président de la Commission sous haute surveillance ?


Résultat : la multiplication d’organes dont les Africains seraient bien en peine de définir les fonctions et l’utilité tels le Parlement panafricain et ses quelque 200 députés issus des Parlements nationaux, miné par les conflits internes et les accusations de gabegie, censé représenter l’assemblée consultative de l’UA ; le Conseil économique, social et culturel (Ecosocc), regroupant organisations de la société civile, associations et syndicats ; la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples : la Force africaine en attente ; le Cido (Direction des citoyens et de la diaspora), etc.

Coquilles vides

Autant de coquilles vides et budgétivores, quasi inexistantes aux yeux des populations qu’elles sont censées servir et représenter, et qui s’ajoutent à la liste des projets mort-nés (Banque centrale africaine, Fonds monétaire africain) ou qui peinent à sortir du syndrome de l’échec tels le Conseil paix et sécurité (CPS) ou le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (Maep), objets de notre enquête de ce mois.

La solution pour que l’UA soit enfin crédible et efficiente, outre la mise en œuvre des réformes de gestion préconisées par la « commission Kagame », existe pourtant bel et bien. Mais elle revient à se débarrasser de « l’éléphant dans la pièce », en l’occurrence de l’influence écrasante de la Conférence des chefs d’État, qui, telle qu’elle est actuellement constituée, peut passer outre les organes exécutifs, législatifs et juridiques de l’UA – et ne se gêne pas pour le faire.

Une UA dirigée par une commission professionnelle et indépendante, avec des organes techniques ad hoc, en mesure de protéger les citoyens et de demander des comptes aux gouvernements est le seul moyen de rétablir le lien de confiance entre cette organisation mythique et son milliard et demi de consommateurs. Reste que l’éléphant est dans la pièce et qu’il n’entend pas en bouger.

 

Par François Soudan

Directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

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