TÉMOIGNAGES: Les Salles de sport Dakaroises, devenues des lieux de rencontres...

Mercredi 24 Mai 2017

TÉMOIGNAGES: Les Salles de sport Dakaroises, devenues des lieux de rencontres...

En flânant dans les rues dakaroises, il est devenu banal de croiser un groupe de dames, moulées dans leur tenue de sport, en route vers des salles de sport. La naissance d'une classe moyenne, nourrie aux valeurs occidentales et soucieuse de contrôler sa silhouette, est sans doute une explication pour montrer l'attrait des fitness qui pullulent à Dakar.

Dans un quartier huppé de Dakar se trouve une salle de "gym" fréquentée par une armée de belles filles. En ce samedi très frisquet, elles sont très tendances et assument leur féminité. Ecouteurs vissés sur les oreilles, chaussures bien lacées, elles ne passent pas inaperçues dans un milieu où le mâle prédomine. Elles pédalent, se défient au ping-pong, transpirent sur des vélos et sous les éclats de rires. Croc-tops (soutien-gorge pour le sport) tendances et bas moulants ultra-sexy sont les premières choses qui attirent le regard d'un non-habitué des lieux. Elles sont belles et sexy. Et elles sont aptes à faire le sport.

Dans les fiches d'inscription, il est noté que le client doit obligatoirement fournir un certificat médical qui prouve qu'il est apte pour ledit sport. Une chose difficile à vérifier. Selon le gérant d'une salle de "gym", Moustapha, "un médecin qui vient faire son sport ici. Donc en cas de problèmes, il peut nous aider". Il suppose que les clients sont assez responsables pour savoir s'ils sont aptes ou pas à faire du sport. "Souvent, les filles veulent toujours rendre leur ventre plat et perdre du poids. Contrairement aux hommes qui veulent se muscler et avoir des abdos, du moins c'est la raison qu'ils avancent", renseigne Moustapha.

"J'ai rencontré mon mari dans cette salle"

Naturellement, le spécimen en débardeur et au shaker de protéines, son sac de sport sur les épaules, est toujours fidèle au poste. Mais il a désormais de la bonne compagnie. Les salles de sport sont devenues accueillantes avec des installations modernes, on se muscle, on y passe du bon temps collectivement.

Bref, c‘est un lieu d'échange, un lieu de rencontre, un lieu social. Le temps où les salles de sport étaient peuplées uniquement d'une faune de poids lourds épilés est bel et bien révolu. En l'espace de quelques années, la population des salles de sport a radicalement changé. A une certaine époque, le fait de voir une femme être soucieuse de son apparence et d'entretenir sa condition physique était la plupart du temps mal perçu. Elles ont réussi à s'affranchir des stéréotypes liés à l'orientation sexuelle et participent peu à peu à la redéfinition de l'offre sportive en affichant sans tabou un désir de séduire par son physique, son goût et ses activités.

D'abord moquées et caricaturées, elles sont devenues des symboles de la modernisation de la société. Si bien que les égéries féminines dévoilent très souvent un physique athlétique sans renoncer à leur féminité. Oui, les fréquentations cachent aussi d'autres desseins. Elégantes dans leur tenue de sport, certaines n'hésitent pas à explorer dans ces centres l'oiseau rare à plumer dans un monde de testostérone. Cette légèreté dans le port vestimentaire en est une explication. Fait-on des rencontres dans les salles de sport ? Ces rencontres sontelles forcément sympathiques ?

"Dans la salle que je fréquente, le propriétaire est sorti pratiquement avec toutes les filles qui portaient d'habitude des bas très sexy avec des strings visibles", certifie une jeune fille, qui constate que certains confondent activités sportives et effeuillage. "Quand il nous apprend quelques techniques de gym comme la chandelle, il se permettait de toucher les seins des jeunes filles pour juste prendre du plaisir. Mais je pense que cela ne déplaisait pas à ces filles qui fricotaient avec le moniteur."

Elle décrit les scènes de sensualité dans ce monde mâle entretenu. C'est un lieu de rencontres, un peu comme les boîtes de nuit. Ici, les gens viennent, se détendent, sortent de leur routine et refoulent leur pulsion comme si de rien n'était. "Dès qu'une belle fille s'inscrit, il la délaisse pour jeter son dévolu sur la nouvelle. Le plus drôle dans cette histoire, c'est que les filles avec qui il a eu des histoires sont jalouses et se regardent en chiens de faïence. Certaines en revanche se moquent de lui. Dans certains cas, des relations sincères se tissent", informe une fille trouvée sur place. On se bouche les oreilles. 

"Il y a de la provocation et de la tentation" 

De teint clair, une autre jeune fille, habillée en rouge et bleue et trouvée dans une salle de "gym", a une belle mine. Sokhna a trouvé le bonheur en faisant du sport. Son corps respire la forme et son cœur est rempli de bonheur. Elle raconte : "Mon mari, je l‘ai connu dans cette salle. Il pratiquait le sport. Au début, c'était mon ami. On se côtoyait et c'est par la suite qu'il est devenu mon petit ami. On est sorti et s'est marié il y a de cela 8 mois. Mon mari est un homme merveilleux. Nous ne sommes sortis que quelques mois, et je suis devenue sa femme. Juste pour dire que ce n'est pas toujours des relations banales. Mais dès fois, c'est Dieu qui le décide ainsi. Moi personnellement, lorsque je m'étais inscrite là-bas, c'était pour rendre mon ventre plat, mais pas pour trouver un mec. C'est Dieu qui l'a mis sur mon chemin et on s'est marié. En gros, c'est ça."

Mais il y a aussi l'attractivité des lieux où sueur et sensualité se juxtaposent sur le tapis. Elle dit : "Il y a peut-être d'autres qui y vont pour d'autres raisons. J'ai même entendu certains hommes dire qu'ils préfèrent la salle de gym qui se trouve ici à Scat-Urbam parce qu'il y a des belles femmes, mais ce n'est pas toujours le cas.

Joint par téléphone, un moniteur raconte : "Il y a des tentations. Mon épouse fréquente ma salle parce qu'on s'est connu ici. Souvent, les provocations ne manquent pas, mais il faut rester professionnel. J'ai connu des couples qui se sont formés dans ma salle. Moi, j'essaie toujours de résister pour éviter de nouer des relations avec une fille." Il partage un agacement de certaines filles qui sont épiées par des hommes. "Certaines filles ont du mal à s'accommoder des regards insistants sur les fesses ou des tentatives de drague à la fin des exercices. On essaie de réglementer certaines tenues pour essayer de tenir le fonctionnement de la salle. Parfois, la fermeté est essentielle." L'attirail exposé par les "sportives" circonstancielles est un aimant.

Teint noir, sourire coquin, portable à la main, Zeyna Bop, habillée en jean et Lacoste, rembarre certaines filles qui provoquent les hommes. Elle accuse : "Les filles qui fréquentent les salles de gym je ne les blâme pas, mais elles doivent revoir leur manière de s'habiller. Faire le sport c'est très bien pour la santé. Cela ne faisait pas partie du quotidien des Sénégalais, mais je trouve que c'est bien. De surcroît, les filles s'habillent très sexy par exemple en short, body avec des seins débordés, ou bien bas transparents. Imaginez, tu vas au sport, tu mets du maquillage. Cela veut dire quoi ? Disons la vérité, ça ne rime pas. Excusez-moi, mais la plupart des filles qui fréquentent les salles de sport, c'est pour séduire les hommes ou se taper un mec, rien de plus. Je peux me tromper, mais à mon humble avis, aucune de nos valeurs ne correspond à ce qu'elles font.

"Je ne suis plus complexée" 

Cette réalité décrite par les habituées des fitness est balayée d'un coup de pied par les dames qui sont juste attirées par le sport. "Quand j'ai commencé la gymnastique, j'ai cessé d'être celle qui attrait des regards moqueurs à cause de mon physique", explique une fille, âgée d'environ 26 ans, qui brille par sa clarté. Cheveux longs, ventre arrondi, Astou Sow fait du vélo et se sent bien dans sa peau. Adolescente, elle était complexée de son corps qui ne séduisait pas les hommes. "J'avais l'impression d'être moche parce que j'étais très obèse. Maintenant, ça va. J'ai perdu beaucoup du poids parce que je fais la gymnastique. En gros, le sport m‘a beaucoup aidée. J'ai commencé à faire du sport en classe de Terminale", avance Mlle Sow. En attendant de trouver le partenaire idéal, elle continue à rendre "svelte" sa silhouette.

Elle n'est pas la seule. "Quand je leur propose d'essayer la musculation, elles ont peur de prendre trop de biceps. Cette aversion est profondément ancrée dans la mentalité des filles", témoigne un prof de sport qui gère une salle à Sipres en face de l'école Keur Aram, près de la mosquée Abbas Sall. Astou Sow renchérit : "Le risque d'acquérir une silhouette de culturiste n'existe pas. Pour cela, il faudrait vraiment forcer la dose." Sans les regards déplacés, le sport semble plus serein. N'est-ce pas ?
Le Quotidien

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