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"J’ai été mariée de force à 17 ans"

Vendredi 27 Novembre 2020

Peule et musulmane, née d’un père camerounais et d’une mère égyptienne, l’écrivaine Djaïli Amadou Amal expose le mariage forcé, le viol conjugal et la polygamie à travers le destin de trois femmes du Sahel : un roman choral sans concessions, déjà remarqué en Afrique et sorti en France cet automne dans une toute nouvelle édition…



Djaïli Amadou Amal, vous dites avoir été sauvée par la littérature: une façon d’échapper au destin qui était le vôtre et que vous partagez avec de nombreuses femmes peules, mariées contre leur gré?
Lire a été une thérapie – la seule façon de m’évader quand j’étais jeune mariée, et à tous les moments difficiles de ma vie. La création de bibliothèques est, pour mon association Femmes du Sahel, une activité primordiale: nous en créons dans les milieux ruraux, où les enfants passent parfois toute leur jeunesse sans lire un seul livre! Là-bas, tous les petits garçons rêvent de devenir chauffeur de camion et toutes les filles, d’être maman. Ils n’ont pas d’autre image de la réussite, aucune ambition. Leur apporter des livres, c’est leur ouvrir des portes sur d’autres paysages, d’autres métiers, d’autres rêves.



Est-ce que les mentalités sont en train de changer?
Ça ne peut que changer selon la marche du monde, entre autres grâce aux moyens de communication, mais il y a quand même certains aspects où l’on régresse, notamment à cause du terrorisme et du wahhabisme. La condition des femmes au Sahel, et partout en Afrique subsaharienne – Cameroun, Sénégal, Mali, Guinée –, est la même chez les Musulmans que chez les Chrétiens. Ce n’est que par le biais de l’éducation qu’on peut changer les mentalités. L’autonomie financière permet aux femmes de s’affranchir progressivement. J’insiste beaucoup dans mes romans sur le mariage précoce comme étant la violence la plus pernicieuse car il entraîne automatiquement toutes les autres formes de violence, notamment économique, en empêchant les femmes de terminer leurs études, de suivre une formation, de travailler.



Dans le roman, Ramla parvient à garder contact avec le monde grâce à son ordinateur!
Dans le roman, Ramla parvient à garder contact avec le monde grâce à son ordinateur!
Tout le monde aujourd’hui a un téléphone, même dans les milieux ruraux où on manque d’électricité! Les femmes aussi sont connectées, et c’est d’autant plus difficile pour elles de voir ce qui se passe ailleurs tout en étant happées par leur société patriarcale. Les jeunes aspirent à une vie plus moderne mais la tradition demeure: ils se sentent déchirés entre deux cultures diamétralement opposées. Il faudrait pouvoir concilier les deux – être une femme de son temps sans renier ses valeurs et sa culture. C’est pour cette raison que je tiens à aller moi-même à la rencontre des femmes: pour leur montrer que je suis comme elles. J’ai été mariée de force à 17 ans mais j’ai finalement réussi à m’en sortir, à me faire respecter et à élever mes filles autrement, tout en restant dans ma culture. Il faut que d’autres femmes qui travaillent et ont un statut social en parlent également.
La Redaction




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