En promettant une fin rapide du conflit avec l’Iran, Donald Trump rejette désormais une partie de la responsabilité sur les alliés européens. Le président américain accuse la France et le Royaume-Uni de ne pas avoir soutenu Washington dans le détroit d’Ormuz. Mais cette stratégie suffira-t-elle à faire oublier ses propres erreurs?
Dans la nuit du 1er au 2 avril 2026, Donald Trump a affirmé lors d'une allocution que la guerre contre l’Iran pourrait s’achever "dans deux à trois semaines", assurant que les objectifs militaires étaient presque atteints. Mais derrière cette annonce, peu de précisions: aucune feuille de route claire, et des messages parfois contradictoires entre volonté d’en finir rapidement et menace de nouvelles frappes. Le coût politique pourrait être élevé: une majorité d’Américains s’oppose au conflit et la popularité du président recule.
D’autant que l’Iran bloque le détroit d’Ormuz en réponse aux frappes américaines, perturbant les flux mondiaux de pétrole. "Allez au détroit, emparez-vous-en, protégez-le, servez-vous-en", a déclaré Donald Trump le 2 avril, tout en reprochant à plusieurs alliés de l’OTAN de ne pas être venus en aide aux États-Unis.
Une question reste en suspens. Cette promesse de sortie rapide est-elle une stratégie… ou un pari risqué à quelques mois des élections de mi-mandat? Pour en parler, Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS et directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis est l’invité du nouvel épisode du Titre à la Une.
L'allocution solennelle de Donald Trump s'est faite dans un registre plutôt sobre, à qui s'adressait-il avec cette prise de parole?
Il faut garder à l'esprit que Donald Trump a une obsession: son électorat de base, la "nation MAGA" (Make America Great Again, NDLR), celle qui l'a suivi le 6 janvier 2021 lors de l'assaut sur le Congrès et qui, depuis, lui pardonne tous ses excès. Il s'adressait essentiellement à cet électorat qui aujourd'hui se fragilise. La nation MAGA est fébrile. Trump avait été un président élu sur une promesse très claire: il n'entraînerait pas le pays dans des guerres à rallonge, comme en Irak ou en Afghanistan, où des soldats américains seraient tués. Il semble ne pas avoir tenu parole. Il y a une fébrilité au sein de cette base dont il aura besoin en novembre pour les élections de mi-mandat, mais dont il pourrait également avoir besoin dans des circonstances similaires à celles du 6 janvier 2021. Son discours visait à le convaincre de la justesse de cette "guerre existentielle" pour les États-Unis et de la menace nucléaire qui planait sur le pays. Au-delà de cette base qu'il souhaitait rassurer, il s'adressait aux républicains en général, beaucoup moins aux Américains dans l'ensemble et encore moins au reste du monde.
Le régime iranien tient encore debout. Sa base MAGA a-t-elle conscience de cela?
Sa base n'en a absolument pas conscience, mais Donald Trump essaie aussi de se convaincre lui-même. Il s'agit de la guerre de Donald Trump. Il s'est piégé lui-même en Iran, s'embarquant dans cette affaire contre l'avis de son vice-président J. D. Vance, de Susie Wiles, la secrétaire générale de la Maison-Blanche, de la plupart des sénateurs républicains et des généraux du Pentagone. Trump voulait arriver face au peuple américain le 4 juillet prochain, pour le 250ème anniversaire des États-Unis, avec un accord sur le nucléaire iranien qui n'aurait pas pu être meilleur que celui de 2015 qu'il a lui-même jeté à la poubelle. Pour cela, il a mis une pression immense, déployé une flotte inédite depuis 2003 et a été poussé par Benjamin Netanyahu à aller plus loin. Humilié à domicile par la Cour suprême concernant sa politique de taxation, Trump s'est lancé dans cette guerre sans stratégie. Il ne parlait plus dans son discours de faire tomber le régime, mais de dirigeants plus modérés. Les États-Unis ne sont peut-être pas en train de perdre la guerre, mais ils ne sont pas en train de la gagner, et Donald Trump le sait très bien.
On a un président qui essaye de se convaincre en disant lui-même: "J'ai toutes les cartes en main". Maîtrise-t-il ce qui se passe?
Donald Trump essaye de trouver à tout prix une sortie de secours, car il s'est lui-même piégé avec ce conflit. Sa base et ses plus proches associés s'effritent. Le Donald Trump de 2024-2026 n'a rien à voir avec celui du premier mandat: ce coup-ci, il n'a pas été élu seul, mais avec l'aide de l'extrême droite américaine ultra, arrivée au pouvoir avec lui. Ses principaux représentants sont Susie Wiles, secrétaire générale à la Maison-Blanche, et J. D. Vance, vice-président. Il est en train de s'isoler au sein de sa propre administration. Cette guerre n'est pas en train d'être gagnée et n'a aucun objectif. Les bombardements coûtent une fortune, polarisent l'opinion, font chuter Trump dans les sondages et n'arrivent pas à faire plier le régime. Envoyer des troupes au sol en Iran nécessiterait 200.000 à 300.000 hommes, comme en Irak, et le nombre de morts américains serait exponentiel. Trump n'a pas beaucoup de possibilités; il essaye donc de pousser les Iraniens au compromis, étant lui-même prêt à beaucoup de concessions.
Les États-Unis peuvent-ils vraiment fermer les yeux sur la situation au détroit d'Ormuz pour sortir la tête haute?
Les États-Unis ont besoin du détroit d'Ormuz, mais ils n'arrivent pas à le libérer. Pour reprendre la rhétorique trumpienne, il faut faire porter cela à quelqu'un d'autre et trouver un bouc émissaire. Donald Trump cherche une sortie de secours car il n'obtiendra pas ce qu'il souhaite avec l'Iran. Il doit convaincre les Américains que le pays n'a pas besoin de cela car il possède ses propres ressources de pétrole. Il affirme que si tout va mal, c'est à cause des "lâches européens" membres de l'OTAN, qui supplient les États-Unis quand ils ont peur mais ne sont pas prêts à aider.
Le but est donc de faire bouger les Européens pour qu'ils réussissent là où Donald Trump a échoué?
Pas vraiment, car les Européens ne bougeront pas. Il essaye plutôt de convaincre l'opinion américaine que s'il y a un retrait après sa prétendue victoire sur le régime iranien, et que le détroit d'Ormuz n'est pas libéré, ce sera la faute des Européens et des Français ou des Anglais. Il prépare le peuple américain à un retrait pur et simple et à admettre que les objectifs n'ont pas été atteints. Si ces objectifs ne sont pas atteints, ce n'est pas la faute de Donald Trump, mais celle des alliés qui n'auront pas répondu présent.
La politique menée par Donald Trump est-elle vraiment au service de ses alliés dans la région du Golfe?
Ce n'est pas vraiment une politique au service de ses alliés, mais il a besoin d'eux pour préserver les accords d'Abraham de 2020 et sécuriser la position d'Israël, qui sera fragilisé à l'issue de cette guerre. Il doit cajoler ses alliés pour garder un accès aux ressources naturelles et prévenir un risque de déstabilisation générale. Il a l'OTAN dans le collimateur depuis longtemps, comme la plupart des institutions multilatérales. Il ne se comporte pas avec ses alliés du Golfe comme avec ses alliés historiques européens.
Dans un entretien au "Daily Telegraph", Donald Trump a déclaré envisager sérieusement de se retirer de l'OTAN. Est-ce à prendre au sérieux? Oui, bien évidemment. Cette administration a plusieurs objectifs: à l'intérieur, mettre en place un régime semi-autoritaire sur le modèle de Viktor Orbán et mener une révolution culturelle. À l'international, cela revient à mettre à bas le système instauré à partir de 1945 pour revenir au bilatéralisme et à la loi du plus fort, comme au XIXe siècle.
Exactement, une ère bismarckienne où règne le bilatéralisme et où l'on fait fi des traités internationaux et des alliances historiques. L'ONU est la première institution dans le collimateur et Trump pourrait la quitter sur un coup d'éclat. L'OTAN est un peu différente car elle rapporte de l'argent à l'industrie militaire américaine. De plus, il ne peut pas quitter l'OTAN sans l'approbation du Congrès. Toutefois, en cas de contestation électorale en novembre 2026, le Congrès pourrait être contourné. Beaucoup de républicains autrefois favorables à l'OTAN, comme Marco Rubio, ont fait machine arrière et estiment désormais que les États-Unis devraient s'en débarrasser.
Coûts financiers, défis techniques... Pourquoi personne n'est retourné sur la Lune depuis plus de 50 ans?
C'est une stratégie de relation bilatérale. C'est grossier, bête, méchant et humiliant, mais rien de surprenant chez un président qui prône le masculinisme et le virilisme outrancier. Il y a une stratégie de déstabilisation et d'humiliation lorsque Trump tient ce genre de propos.
Dans la nuit du 1er au 2 avril 2026, Donald Trump a affirmé lors d'une allocution que la guerre contre l’Iran pourrait s’achever "dans deux à trois semaines", assurant que les objectifs militaires étaient presque atteints. Mais derrière cette annonce, peu de précisions: aucune feuille de route claire, et des messages parfois contradictoires entre volonté d’en finir rapidement et menace de nouvelles frappes. Le coût politique pourrait être élevé: une majorité d’Américains s’oppose au conflit et la popularité du président recule.
D’autant que l’Iran bloque le détroit d’Ormuz en réponse aux frappes américaines, perturbant les flux mondiaux de pétrole. "Allez au détroit, emparez-vous-en, protégez-le, servez-vous-en", a déclaré Donald Trump le 2 avril, tout en reprochant à plusieurs alliés de l’OTAN de ne pas être venus en aide aux États-Unis.
Une question reste en suspens. Cette promesse de sortie rapide est-elle une stratégie… ou un pari risqué à quelques mois des élections de mi-mandat? Pour en parler, Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS et directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis est l’invité du nouvel épisode du Titre à la Une.
L'allocution solennelle de Donald Trump s'est faite dans un registre plutôt sobre, à qui s'adressait-il avec cette prise de parole?
Il faut garder à l'esprit que Donald Trump a une obsession: son électorat de base, la "nation MAGA" (Make America Great Again, NDLR), celle qui l'a suivi le 6 janvier 2021 lors de l'assaut sur le Congrès et qui, depuis, lui pardonne tous ses excès. Il s'adressait essentiellement à cet électorat qui aujourd'hui se fragilise. La nation MAGA est fébrile. Trump avait été un président élu sur une promesse très claire: il n'entraînerait pas le pays dans des guerres à rallonge, comme en Irak ou en Afghanistan, où des soldats américains seraient tués. Il semble ne pas avoir tenu parole. Il y a une fébrilité au sein de cette base dont il aura besoin en novembre pour les élections de mi-mandat, mais dont il pourrait également avoir besoin dans des circonstances similaires à celles du 6 janvier 2021. Son discours visait à le convaincre de la justesse de cette "guerre existentielle" pour les États-Unis et de la menace nucléaire qui planait sur le pays. Au-delà de cette base qu'il souhaitait rassurer, il s'adressait aux républicains en général, beaucoup moins aux Américains dans l'ensemble et encore moins au reste du monde.
Le régime iranien tient encore debout. Sa base MAGA a-t-elle conscience de cela?
Sa base n'en a absolument pas conscience, mais Donald Trump essaie aussi de se convaincre lui-même. Il s'agit de la guerre de Donald Trump. Il s'est piégé lui-même en Iran, s'embarquant dans cette affaire contre l'avis de son vice-président J. D. Vance, de Susie Wiles, la secrétaire générale de la Maison-Blanche, de la plupart des sénateurs républicains et des généraux du Pentagone. Trump voulait arriver face au peuple américain le 4 juillet prochain, pour le 250ème anniversaire des États-Unis, avec un accord sur le nucléaire iranien qui n'aurait pas pu être meilleur que celui de 2015 qu'il a lui-même jeté à la poubelle. Pour cela, il a mis une pression immense, déployé une flotte inédite depuis 2003 et a été poussé par Benjamin Netanyahu à aller plus loin. Humilié à domicile par la Cour suprême concernant sa politique de taxation, Trump s'est lancé dans cette guerre sans stratégie. Il ne parlait plus dans son discours de faire tomber le régime, mais de dirigeants plus modérés. Les États-Unis ne sont peut-être pas en train de perdre la guerre, mais ils ne sont pas en train de la gagner, et Donald Trump le sait très bien.
On a un président qui essaye de se convaincre en disant lui-même: "J'ai toutes les cartes en main". Maîtrise-t-il ce qui se passe?
Donald Trump essaye de trouver à tout prix une sortie de secours, car il s'est lui-même piégé avec ce conflit. Sa base et ses plus proches associés s'effritent. Le Donald Trump de 2024-2026 n'a rien à voir avec celui du premier mandat: ce coup-ci, il n'a pas été élu seul, mais avec l'aide de l'extrême droite américaine ultra, arrivée au pouvoir avec lui. Ses principaux représentants sont Susie Wiles, secrétaire générale à la Maison-Blanche, et J. D. Vance, vice-président. Il est en train de s'isoler au sein de sa propre administration. Cette guerre n'est pas en train d'être gagnée et n'a aucun objectif. Les bombardements coûtent une fortune, polarisent l'opinion, font chuter Trump dans les sondages et n'arrivent pas à faire plier le régime. Envoyer des troupes au sol en Iran nécessiterait 200.000 à 300.000 hommes, comme en Irak, et le nombre de morts américains serait exponentiel. Trump n'a pas beaucoup de possibilités; il essaye donc de pousser les Iraniens au compromis, étant lui-même prêt à beaucoup de concessions.
Les États-Unis peuvent-ils vraiment fermer les yeux sur la situation au détroit d'Ormuz pour sortir la tête haute?
Les États-Unis ont besoin du détroit d'Ormuz, mais ils n'arrivent pas à le libérer. Pour reprendre la rhétorique trumpienne, il faut faire porter cela à quelqu'un d'autre et trouver un bouc émissaire. Donald Trump cherche une sortie de secours car il n'obtiendra pas ce qu'il souhaite avec l'Iran. Il doit convaincre les Américains que le pays n'a pas besoin de cela car il possède ses propres ressources de pétrole. Il affirme que si tout va mal, c'est à cause des "lâches européens" membres de l'OTAN, qui supplient les États-Unis quand ils ont peur mais ne sont pas prêts à aider.
Le but est donc de faire bouger les Européens pour qu'ils réussissent là où Donald Trump a échoué?
Pas vraiment, car les Européens ne bougeront pas. Il essaye plutôt de convaincre l'opinion américaine que s'il y a un retrait après sa prétendue victoire sur le régime iranien, et que le détroit d'Ormuz n'est pas libéré, ce sera la faute des Européens et des Français ou des Anglais. Il prépare le peuple américain à un retrait pur et simple et à admettre que les objectifs n'ont pas été atteints. Si ces objectifs ne sont pas atteints, ce n'est pas la faute de Donald Trump, mais celle des alliés qui n'auront pas répondu présent.
La politique menée par Donald Trump est-elle vraiment au service de ses alliés dans la région du Golfe?
Ce n'est pas vraiment une politique au service de ses alliés, mais il a besoin d'eux pour préserver les accords d'Abraham de 2020 et sécuriser la position d'Israël, qui sera fragilisé à l'issue de cette guerre. Il doit cajoler ses alliés pour garder un accès aux ressources naturelles et prévenir un risque de déstabilisation générale. Il a l'OTAN dans le collimateur depuis longtemps, comme la plupart des institutions multilatérales. Il ne se comporte pas avec ses alliés du Golfe comme avec ses alliés historiques européens.
Dans un entretien au "Daily Telegraph", Donald Trump a déclaré envisager sérieusement de se retirer de l'OTAN. Est-ce à prendre au sérieux? Oui, bien évidemment. Cette administration a plusieurs objectifs: à l'intérieur, mettre en place un régime semi-autoritaire sur le modèle de Viktor Orbán et mener une révolution culturelle. À l'international, cela revient à mettre à bas le système instauré à partir de 1945 pour revenir au bilatéralisme et à la loi du plus fort, comme au XIXe siècle.
Exactement, une ère bismarckienne où règne le bilatéralisme et où l'on fait fi des traités internationaux et des alliances historiques. L'ONU est la première institution dans le collimateur et Trump pourrait la quitter sur un coup d'éclat. L'OTAN est un peu différente car elle rapporte de l'argent à l'industrie militaire américaine. De plus, il ne peut pas quitter l'OTAN sans l'approbation du Congrès. Toutefois, en cas de contestation électorale en novembre 2026, le Congrès pourrait être contourné. Beaucoup de républicains autrefois favorables à l'OTAN, comme Marco Rubio, ont fait machine arrière et estiment désormais que les États-Unis devraient s'en débarrasser.
Coûts financiers, défis techniques... Pourquoi personne n'est retourné sur la Lune depuis plus de 50 ans?
C'est une stratégie de relation bilatérale. C'est grossier, bête, méchant et humiliant, mais rien de surprenant chez un président qui prône le masculinisme et le virilisme outrancier. Il y a une stratégie de déstabilisation et d'humiliation lorsque Trump tient ce genre de propos.

