Alliance de l’opposition au Sénégal : cette fois, c’est la bonne ?

Mercredi 11 Mai 2022

Les coalitions Wallu Sénégal et Yewwi Askan Wi tentent – de nouveau – de s’allier pour contrer Macky Sall aux législatives du 31 juillet.


À peine formée, voilà que l’alliance entre les deux principales coalitions de l’opposition vient de connaître son premier accroc. Le 9 mai, les dossiers de candidature de Wallu Sénégal ont été recalés par la Direction générale des élections (DGE) pour défaut de parrainages. Il reste environ 24 heures à la coalition d’Abdoulaye Wade pour mettre ses listes en conformité. Yewwi Askan Wi (YAW) a pour sa part validé sans encombre celles déposées devant l’administration en vue du scrutin législatif du 31 juillet. Quant au magnat des médias Bougane Gueye Dany, au député Mamadou Diop Decroix ou à l’activiste Fadel Barro, ils ont eux été définitivement recalés.


Défendant ses nouveaux alliés, le mandataire national de la coalition YAW s’est empressé de crier au complot. « Si Macky Sall veut qu’il y ait des élections au Sénégal, il n’a qu’à arrêter son sabotage, déclare à JA le député Déthié Fall. Comment imaginer que la coalition du PDS ne dispose pas de parrainages suffisants ? » L’un des leaders de Wallu Sénégal tempère, admettant des erreurs possibles lors du dépôt des listes. « Nous avons un stock de soutiens largement suffisant pour présenter de nouveaux parrains d’ici à demain », assure-t-il.

Si Déthié Fall est si prompt à montrer les dents face à Macky Sall, c’est parce qu’il est galvanisé par l’accord scellé entre les deux coalitions – il s’agit selon lui de « l’accord du siècle ». Du siècle, peut-être pas, mais l’alliance entre les principales figures de l’opposition est pour le moins inédite. Encore faut-il qu’elle tienne.



Contrer les luttes d’égo
Que ce soit lors des législatives de 2017 ou des locales de janvier dernier, les tentatives d’alliance avec Abdoulaye Wade et ses alliés ont à chaque fois volé en éclat, incapables de résister aux luttes d’égo et aux querelles d’investitures. Cette fois, l’opposition pense avoir trouvé la parade : seules les listes départementales seront concernées par ledit accord. Au niveau national, YAW et Wallu Sénégal déposeront deux listes distinctes avec, comme têtes de liste respectives, le député-maire de Ziguinchor, Ousmane Sonko, et l’ancien président, Abdoulaye Wade.




« Pourquoi nous disputer sur les investitures nationales ? Nous savions que nous n’allions pas nous entendre. Nous avons donc décidé de nous concentrer sur les départements », explique Déthié Fall. Le calcul est simple : sur l’ensemble des 165 députés qui seront élus le 31 juillet, 112 le seront au niveau départemental, lors d’un scrutin majoritaire à un tour. « Le but n’est donc pas d’obtenir plus de 50 % des voix, ajoute Déthié Fall. Juste d’être devant Macky Sall. »

La coalition YAW sera donc tête de liste dans 34 des 54 départements du pays, et Wallu Sénégal dans les 20 restants. Une répartition décidée sur la base des résultats obtenus à l’issue des locales, qui ont consacré la montée en puissance de YAW, portée par la popularité d’Ousmane Sonko et de Barthélémy Dias et par les soutiens – encore nombreux – de l’ancien socialiste, Khalifa Sall.




Si le département de Dakar a fait l’objet d’une clause spéciale, YAW a lâché du lest sur des départements qu’elle avait pourtant remportés en janvier, comme celui de Mbacké, terre mouride et fief d’Abdoulaye Wade. L’alliance entre les deux formations permettrait donc de cumuler suffisamment de voix pour remporter un maximum de sièges de députés à l’Assemblée – et, espère l’opposition, imposer une cohabitation à Macky Sall.



Départs en série au PDS
Mais comme toujours, les investitures entraînent leurs lots de déceptions et de frustrations. C’est du côté du Parti démocratique sénégalais (PDS) d’Abdoulaye Wade que la rancœur est la plus tenace. Les cadres sont partis en si grand nombre ces dernières années que plus personne ne sait vraiment qui dirige la formation libérale.

Ce 10 mai, c’est l’un des derniers membres historiques du parti, ex-responsable de la communication, qui en claquait la porte. « Je tourne la page du PDS qui m’a humilié », a déclaré Mayoro Faye après avoir été investi en 19e position sur la liste nationale. Une humiliation qu’il attribue à Karim Wade, le fils du patron comme toujours au cœur des récriminations. « Il n’a pas levé le petit doigt malgré tout ce que j’ai fait pour lui et pour le parti », a lâché Mayoro Faye.



Le député Serigne Cheikh Mbacké Bara Dolly lui a emboîté le pas. « Ca a été un choix douloureux. Mais dans sa circonscription, les militants de YAW ne voulaient pas de lui et lui ont préféré son frère », explique un membre de la nouvelle alliance qui se veut néanmoins optimiste : « Ils sont mécontents, on les comprend, mais ils resteront dans le combat. » Les derniers mohicans du PDS ont quant à eux fait le choix du silence. « Je ne peux pas vous parler pour l’instant. Je suis en train de réfléchir à ce que je vais faire », glisse ainsi un cadre, qui n’exclut pas de claquer la porte à son tour.



Il n’y a plus guère qu’Abdoulaye Wade pour faire tenir le parti qu’il a créé il y a bientôt 50 ans. Pourrait-il, s’il était élu, devenir le premier député centenaire de l’histoire du Sénégal ? Malgré ses 95 ans et sa retraite versaillaise – « il va revenir pour la campagne », assure l’un de ses alliés – c’est bien Gorgui qui a été désigné pour mener la liste nationale de la coalition. Sans que cela ne suscite de débat. « Les militants continuent de croire en lui. Aux locales comme aux législatives, c’est lui qui mobilise », glisse l’un des leaders de Wallu Sénégal.


« Tant que Wade sera là, le parti conservera la majorité de ses militants, renchérit un cadre de YAW. Nous avons nos leaders, ils ont leur base. » Ousmane Sonko pour la liste nationale et Barthélémy Dias pour la liste départementale de Dakar porteront donc les couleurs de YAW le 31 juillet. Et tant pis pour les déçus.

La plateforme Avenir Senegaal Bi Nu Begg, menée par les membres de la société civile Cheikh Tidiane Dieye et Fatou Blondin Diop, a ainsi fait savoir sa « totale désapprobation face au procédé inique et injuste utilisé lors de la constitution des listes », regrettant que la « compétence et l’engagement » soient « sacrifiés sur l’autel du copinage et des intérêts partisans ». Le même jour, sept partis membres de YAW ont à leur tour dénoncé une procédure « antidémocratique, non transparente et teintée d’ostracisme » sur la question des investitures, évoquant un « esprit stalinien » qui a « trahi les fondements de l’organisation ». Sans toutefois remettre en cause leur place dans la coalition.



Jeune Afrique
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