À la veille du combat royal entre Sa Thiès et Modou Lô, les quartiers de Guédiawaye et des Parcelles Assainies vivent déjà au rythme de l’événement. Autour des maisons familiales des deux lutteurs, se mettent en place des dispositifs de protection, des expressions de soutien de toute sorte tandis que les supporters affluent de tout le pays – et même de Gambie – pour se préparer au rendez-vous du 5 avril.
A Guédiawaye, Golf Sud, le chemin qui mène à la maison familiale de Balla Gaye 2 et de son cadet Sa Thiès est balisée par les fans. Sur place, des barrières ont poussé comme des piquets de forces mystiques. Une dizaine de proches veillent, assis, debout, appuyés sur les grilles, les yeux qui balayent la rue. Ici, on craint l’intrus, le faux supporter, celui qui viendrait « enterrer » la préparation à coup de manœuvres invisibles.
Dans ce coin de Guédiawaye, la veille du combat ne se résume pas à des débats techniques sur la lutte. Les barrières ne bloquent pas que les voitures, elles filtrent aussi les mauvaises intentions.
Les premiers contacts sont froids, les regards lourds. Zacharia, qui semble être le maître des lieux, coupe court dès qu’on prononce les mots « combat royal ». Il esquive, renvoie à plus tard, à un autre jour – surtout pas à la veille, surtout pas aujourd’hui.
À quelques pas, Saada, casquette vissée sur la tête, accepte de parler, mais impose ses règles : pas de caméra, pas de photo. « Je ne veux pas que mon visage apparaisse quelque part, parce que je ne veux que les fans de Modou Lô me reconnaissent, lâche-t-il en baissant la voix. Il se pourrait que j’aille aux Parcelles faire des choses mystiques à la demande du marabout. »
C’est risqué ? Il sourit, à moitié sérieux, à moitié déjà ailleurs. « Oui, si je me fais attraper, je vais passer un très mauvais quart d’heure. Mais je suis prêt à tout pour la victoire de mon lutteur. »
Non loin, l’atmosphère change d’angle. Sur un mur brûlé par le soleil, le pinceau de Diamant Mbaye trace une autre forme de soutien. L’artiste peintre est en train de finir une fresque à la gloire de Sa Thiès. Le visage du lutteur, épaules larges, regard concentré, émerge des couleurs sous les yeux d’une poignée de jeunes fans collés au trottoir. « Moi, c’est comme ça que je combats, explique Diamant sans lâcher son mur. Quand SA Thiès sortira demain, il saura que le quartier est déjà derrière lui. »
A deux pas, Zacharia – un peu plus détendu que tout à l’heure – finit par se livrer. Chorégraphe attitré de Sa Thiès, il a plus que des pas de danse en partage avec le lutteur.
« C’est ma famille, dit-il calmement. Je les ai connus quand j’avais 9 ans. J’étais tellement attaché à eux que, lorsqu’ils ont déménagé, mes parents ont accepté que je les suive et que je vive avec eux. »
Quatorze ans après le sacre de Balla Gaye 2, il rêve d’une répétition, avec le petit frère cette fois au centre de l’arène. « La couronne est déjà passée par Guédiawaye. Elle connaît le chemin pour revenir. »
Un quart d’heure plus loin, de l’autre côté de la ville, l’ambiance est d’un autre ton.
Parcelles Assainies, unité 10, fief de Modou Lô. La tension, ici, semble avoir déjà vécu ses grandes heures. Peut-être la force de l’habitude des grands soirs, celle d’un quartier qui s’est accoutumé aux combats royaux. Pas de barrières dressées devant la maison familiale, mais des regards qui fouillent chaque visage nouveau dans la ruelle.
À l’entrée de l’impasse qui mène chez le « Roc des Parcelles », un gros sac blanc attire l’attention. Dessus, des couronnes en plastique brillent au soleil. Ndeye Fatou, couronne sur la tête, veille sur sa marchandise. Elle vend ses couronnes entre 1 000 et 2 000 francs (1.5 et 3 euros), et chaque combat royal est pour elle un jour de marché spécial.
« À chaque combat royal depuis que Modou est roi, je fais des affaires, assure-t-elle en réajustant une couronne dorée. Je prie pour que ça continue, donc je prie pour que mon lutteur gagne. S’il descend du trône, mon commerce aussi va descendre… »
Un peu plus loin, derrière un petit attroupement, des basses résonnent. Ici aussi, le soutien a sa bande-son, mais les mots claquent autrement. Pas de chorégraphie de groupe pour le moment, plutôt un micro imaginaire et des punchlines ciselées.
El Hadji Diouf, qui se présente comme le freestyler attitré de Modou Lô, slalome entre les rimes avec la facilité d’un habitué de la foule.« Modou Lô, c’est l’homme qui lutte même en tenant compte de la vitesse du vent, lance-t-il, sourire en coin. Le lutteur ordonné et coordonné qui a internationalisé la lutte sénégalaise aujourd’hui. »
À quelques mètres de la maison familiale, Modou Diouf, alias Rassoul X Lô, se présente comme « membre du staff du roi ». Son téléphone n’arrête pas de vibrer.
« Depuis ce samedi matin, explique-t-il, des supporters viennent de toutes les régions du Sénégal. Il y a même des gens de Gambie qui débarquent. Ils viennent ici d’abord, aux Parcelles, pour se réunir, prendre les consignes, se préparer pour demain (Dimanche 5 avril). »
A Guédiawaye comme aux Parcelles, le combat royal a déjà commencé.
A Guédiawaye, Golf Sud, le chemin qui mène à la maison familiale de Balla Gaye 2 et de son cadet Sa Thiès est balisée par les fans. Sur place, des barrières ont poussé comme des piquets de forces mystiques. Une dizaine de proches veillent, assis, debout, appuyés sur les grilles, les yeux qui balayent la rue. Ici, on craint l’intrus, le faux supporter, celui qui viendrait « enterrer » la préparation à coup de manœuvres invisibles.
Dans ce coin de Guédiawaye, la veille du combat ne se résume pas à des débats techniques sur la lutte. Les barrières ne bloquent pas que les voitures, elles filtrent aussi les mauvaises intentions.
Les premiers contacts sont froids, les regards lourds. Zacharia, qui semble être le maître des lieux, coupe court dès qu’on prononce les mots « combat royal ». Il esquive, renvoie à plus tard, à un autre jour – surtout pas à la veille, surtout pas aujourd’hui.
À quelques pas, Saada, casquette vissée sur la tête, accepte de parler, mais impose ses règles : pas de caméra, pas de photo. « Je ne veux pas que mon visage apparaisse quelque part, parce que je ne veux que les fans de Modou Lô me reconnaissent, lâche-t-il en baissant la voix. Il se pourrait que j’aille aux Parcelles faire des choses mystiques à la demande du marabout. »
C’est risqué ? Il sourit, à moitié sérieux, à moitié déjà ailleurs. « Oui, si je me fais attraper, je vais passer un très mauvais quart d’heure. Mais je suis prêt à tout pour la victoire de mon lutteur. »
Non loin, l’atmosphère change d’angle. Sur un mur brûlé par le soleil, le pinceau de Diamant Mbaye trace une autre forme de soutien. L’artiste peintre est en train de finir une fresque à la gloire de Sa Thiès. Le visage du lutteur, épaules larges, regard concentré, émerge des couleurs sous les yeux d’une poignée de jeunes fans collés au trottoir. « Moi, c’est comme ça que je combats, explique Diamant sans lâcher son mur. Quand SA Thiès sortira demain, il saura que le quartier est déjà derrière lui. »
A deux pas, Zacharia – un peu plus détendu que tout à l’heure – finit par se livrer. Chorégraphe attitré de Sa Thiès, il a plus que des pas de danse en partage avec le lutteur.
« C’est ma famille, dit-il calmement. Je les ai connus quand j’avais 9 ans. J’étais tellement attaché à eux que, lorsqu’ils ont déménagé, mes parents ont accepté que je les suive et que je vive avec eux. »
Quatorze ans après le sacre de Balla Gaye 2, il rêve d’une répétition, avec le petit frère cette fois au centre de l’arène. « La couronne est déjà passée par Guédiawaye. Elle connaît le chemin pour revenir. »
Un quart d’heure plus loin, de l’autre côté de la ville, l’ambiance est d’un autre ton.
Parcelles Assainies, unité 10, fief de Modou Lô. La tension, ici, semble avoir déjà vécu ses grandes heures. Peut-être la force de l’habitude des grands soirs, celle d’un quartier qui s’est accoutumé aux combats royaux. Pas de barrières dressées devant la maison familiale, mais des regards qui fouillent chaque visage nouveau dans la ruelle.
À l’entrée de l’impasse qui mène chez le « Roc des Parcelles », un gros sac blanc attire l’attention. Dessus, des couronnes en plastique brillent au soleil. Ndeye Fatou, couronne sur la tête, veille sur sa marchandise. Elle vend ses couronnes entre 1 000 et 2 000 francs (1.5 et 3 euros), et chaque combat royal est pour elle un jour de marché spécial.
« À chaque combat royal depuis que Modou est roi, je fais des affaires, assure-t-elle en réajustant une couronne dorée. Je prie pour que ça continue, donc je prie pour que mon lutteur gagne. S’il descend du trône, mon commerce aussi va descendre… »
Un peu plus loin, derrière un petit attroupement, des basses résonnent. Ici aussi, le soutien a sa bande-son, mais les mots claquent autrement. Pas de chorégraphie de groupe pour le moment, plutôt un micro imaginaire et des punchlines ciselées.
El Hadji Diouf, qui se présente comme le freestyler attitré de Modou Lô, slalome entre les rimes avec la facilité d’un habitué de la foule.« Modou Lô, c’est l’homme qui lutte même en tenant compte de la vitesse du vent, lance-t-il, sourire en coin. Le lutteur ordonné et coordonné qui a internationalisé la lutte sénégalaise aujourd’hui. »
À quelques mètres de la maison familiale, Modou Diouf, alias Rassoul X Lô, se présente comme « membre du staff du roi ». Son téléphone n’arrête pas de vibrer.
« Depuis ce samedi matin, explique-t-il, des supporters viennent de toutes les régions du Sénégal. Il y a même des gens de Gambie qui débarquent. Ils viennent ici d’abord, aux Parcelles, pour se réunir, prendre les consignes, se préparer pour demain (Dimanche 5 avril). »
A Guédiawaye comme aux Parcelles, le combat royal a déjà commencé.

