Le démantèlement du site historique de « Mangoukouro », à Ziguinchor, continue de susciter des interrogations, notamment sur le traitement médiatique de cette opération sécuritaire. Les 28 personnes interpellées le mardi 27 octobre 2026, dont neuf femmes, ont toutes recouvré la liberté. Pourtant, certains journalistes, blogueurs et administrateurs de pages sur les réseaux sociaux ont présenté les personnes arrêtées comme des rebelles, sans établir leur implication individuelle dans des activités armées. Face à ces amalgames, le journaliste Ibrahima Gassama, spécialiste de la crise casamançaise, est revenu, au micro de la RTS, sur l'histoire de Mangoukouro, son rôle au sein du MFDC et les raisons de sa longue existence au cœur de Ziguinchor. Une mise au point qui rappelle la nécessité de traiter les questions liées à la Casamance avec rigueur, mesure et responsabilité.
L'affaire du démantèlement de « Mangoukouro », dans le quartier Soucoupapaye, à Ziguinchor, constitue un nouvel épisode sensible dans l'histoire du conflit casamançais. Mais au-delà de l'opération menée par les Forces de défense et de sécurité (FDS), c'est surtout le traitement de l'information qui interpelle. Le mardi 27 octobre, 28 personnes, dont neuf femmes, ont été interpellées lors d'une intervention des forces de sécurité sur ce site historiquement associé au Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC).
Quelques jours plus tard, toutes les personnes arrêtées ont été remises en liberté. Cette évolution contraste avec certains commentaires diffusés sur les réseaux sociaux, où les interpellés ont parfois été présentés indistinctement comme des rebelles. Or, une interpellation ne constitue pas une preuve de culpabilité, encore moins une confirmation d'appartenance à une organisation armée. Selon des témoignages locaux, certaines personnes concernées auraient été de simples passants ou des riverains présents à proximité du site. Ces affirmations nécessitent toutefois une vérification individuelle.
Une information parfois traitée sans discernement
Dès l'annonce de l'opération, certaines publications sur Facebook et d'autres plateformes numériques ont relayé des accusations sans apporter d'éléments permettant d'établir le statut exact des personnes arrêtées. Ces récits ont ensuite été repris par plusieurs sites d'information, contribuant à entretenir la confusion autour de l'affaire., La situation soulève une question de responsabilité journalistique : comment peut-on présenter indistinctement 28 personnes comme des rebelles alors que leur implication individuelle dans des activités armées n'a pas été démontrée ?
Dans une région qui a connu plusieurs décennies de conflit, de déplacements de populations et de difficultés économiques, de tels raccourcis peuvent avoir des conséquences importantes. Ils risquent notamment de renforcer les préjugés sur la Casamance, une région dont les habitants aspirent à la sécurité, à la paix et au développement. La recherche de visibilité sur les réseaux sociaux ne saurait justifier la diffusion d'informations non vérifiées. Et lorsqu'une accusation concerne la rébellion armée, les exigences de prudence doivent être encore plus élevées.
Le tres sérieux journaliste Ibrahima Gassama rappelle la véritable histoire de Mangoukouro
L'affaire du démantèlement de « Mangoukouro », dans le quartier Soucoupapaye, à Ziguinchor, constitue un nouvel épisode sensible dans l'histoire du conflit casamançais. Mais au-delà de l'opération menée par les Forces de défense et de sécurité (FDS), c'est surtout le traitement de l'information qui interpelle. Le mardi 27 octobre, 28 personnes, dont neuf femmes, ont été interpellées lors d'une intervention des forces de sécurité sur ce site historiquement associé au Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC).
Quelques jours plus tard, toutes les personnes arrêtées ont été remises en liberté. Cette évolution contraste avec certains commentaires diffusés sur les réseaux sociaux, où les interpellés ont parfois été présentés indistinctement comme des rebelles. Or, une interpellation ne constitue pas une preuve de culpabilité, encore moins une confirmation d'appartenance à une organisation armée. Selon des témoignages locaux, certaines personnes concernées auraient été de simples passants ou des riverains présents à proximité du site. Ces affirmations nécessitent toutefois une vérification individuelle.
Une information parfois traitée sans discernement
Dès l'annonce de l'opération, certaines publications sur Facebook et d'autres plateformes numériques ont relayé des accusations sans apporter d'éléments permettant d'établir le statut exact des personnes arrêtées. Ces récits ont ensuite été repris par plusieurs sites d'information, contribuant à entretenir la confusion autour de l'affaire., La situation soulève une question de responsabilité journalistique : comment peut-on présenter indistinctement 28 personnes comme des rebelles alors que leur implication individuelle dans des activités armées n'a pas été démontrée ?
Dans une région qui a connu plusieurs décennies de conflit, de déplacements de populations et de difficultés économiques, de tels raccourcis peuvent avoir des conséquences importantes. Ils risquent notamment de renforcer les préjugés sur la Casamance, une région dont les habitants aspirent à la sécurité, à la paix et au développement. La recherche de visibilité sur les réseaux sociaux ne saurait justifier la diffusion d'informations non vérifiées. Et lorsqu'une accusation concerne la rébellion armée, les exigences de prudence doivent être encore plus élevées.
Le tres sérieux journaliste Ibrahima Gassama rappelle la véritable histoire de Mangoukouro
Pour apporter un éclairage sur cette affaire, une équipe de la Radiodiffusion télévision sénégalaise (RTS) est retournée sur les lieux et a interrogé Ibrahima Gassama, journaliste reconnu pour sa connaissance de l'histoire du conflit armé en Casamance.
Son intervention permet de comprendre que Mangoukouro n'a pas toujours été identifié comme un site politique du MFDC. « Mangoukouro, en langue mandingue, veut dire l'endroit où l'on trouvait beaucoup de manguiers. Et il y avait d'autres espèces d'arbres et cela permettait aux gens de se reposer », explique-t-il.
Le journaliste rappelle que cet espace possédait également une dimension traditionnelle et spirituelle. « Mais l'endroit était également un bois sacré. Et c'est de là, d'ailleurs, que sont partis les manifestants qui voulaient organiser la marche de 1982 », souligne-t-il.
Selon ses explications, les participants à cette mobilisation historique avaient passé la nuit sur les lieux avant leur procession. « Ils ont séjourné nuitamment à cet endroit-là et ils ont été préparés avec des libations, des cérémonies de bains mystiques qui leur ont permis, le lendemain, d'aller faire la procession », raconte Ibrahima Gassama.
Ce rappel historique apporte une dimension supplémentaire à la compréhension de Mangoukouro, dont l'existence dépasse sa seule association avec les activités politiques du MFDC.
De l'abbé Diamacoune Senghor à Abdou Elinkine Diatta
Ibrahima Gassama revient également sur la présence de l'abbé Augustin Diamacoune Senghor, figure historique du mouvement indépendantiste casamançais. « Théoriquement, les gens en ont fait un siège du MFDC parce que c'est là que logeait le principal leader, qui est l'abbé Augustin Diamacoune Senghor, avec son entourage, son frère Bertrand, puis certains jeunes qu'il avait sous ses ailes », explique-t-il. Parmi ces jeunes figurait Abdou Elinkine Diatta, qui avait évolué au sein du mouvement avant de devenir l'un de ses responsables. « Quand Diamacoune est décédé, Abdou Elinkine s'est autoproclamé secrétaire général du MFDC », poursuit le journaliste.
Sous l'impulsion de ce dernier, Mangoukouro est progressivement devenu un espace de rencontres et de manifestations publiques liées à sa faction. Mais le lieu n'était pas uniquement associé à des activités politiques. « On y tenait des réunions du MFDC, on y faisait des déclarations, des points de presse, mais l'endroit est surtout connu pour la commémoration des anniversaires », précise Ibrahima Gassama. Il rappelle notamment que des manifestations culturelles étaient organisées à l'occasion des anniversaires du décès de l'abbé Diamacoune Senghor.
Abdou Elinkine Diatta, également musicien, avait créé un groupe appelé Sindola. « Il a créé un groupe qu'il a appelé Sindola, qui veut dire Andiola chez nous, parce que, pour lui, c'est par la culture et la non-violence qu'il faut aller », explique le journaliste. « La seule appartenance au MFDC ne suffit pas à inquiéter quelqu'un tant que tu n'es pas armé » L'une des questions soulevées par le démantèlement concerne la présence, pendant plusieurs décennies, d'un site associé à une faction du MFDC dans la commune de Ziguinchor.
Sur ce point, Ibrahima Gassama apporte une explication importante. « À un moment donné, on a dit que la seule appartenance au MFDC ne suffit pas à inquiéter quelqu'un tant que tu n'es pas armé », rappelle-t-il.
Cette distinction entre engagement politique et activité armée permet, selon son analyse, de comprendre pourquoi certaines activités du site ont longtemps été tolérées. Il évoque ensuite les récentes déclarations de Hamidou Djiba, présenté comme le successeur d'Abdou Elinkine Diatta, ainsi qu'une vidéo devenue virale qui aurait conduit à son interpellation par la Section de recherches de la gendarmerie.
Pour Ibrahima Gassama, c'est dans ce contexte qu'il faut situer la décision des autorités de procéder au démantèlement. « L'État a pensé que, dans le cadre de la sécurisation et de la préservation de l'intégrité nationale, l'armée nationale est descendue sur les lieux », explique-t-il.
Le journaliste apporte toutefois une précision essentielle sur la désignation de Mangoukouro. « Beaucoup ont qualifié [le lieu] de siège officiel du MFDC, mais on dira, pour être exact, siège de la faction Mangoukouro du MFDC », indique-t-il. Une nuance fondamentale pour comprendre les divisions internes du mouvement et éviter de présenter cette faction comme représentant l'ensemble du MFDC.
La libération des interpellés et le professionnalisme des FDS
Son intervention permet de comprendre que Mangoukouro n'a pas toujours été identifié comme un site politique du MFDC. « Mangoukouro, en langue mandingue, veut dire l'endroit où l'on trouvait beaucoup de manguiers. Et il y avait d'autres espèces d'arbres et cela permettait aux gens de se reposer », explique-t-il.
Le journaliste rappelle que cet espace possédait également une dimension traditionnelle et spirituelle. « Mais l'endroit était également un bois sacré. Et c'est de là, d'ailleurs, que sont partis les manifestants qui voulaient organiser la marche de 1982 », souligne-t-il.
Selon ses explications, les participants à cette mobilisation historique avaient passé la nuit sur les lieux avant leur procession. « Ils ont séjourné nuitamment à cet endroit-là et ils ont été préparés avec des libations, des cérémonies de bains mystiques qui leur ont permis, le lendemain, d'aller faire la procession », raconte Ibrahima Gassama.
Ce rappel historique apporte une dimension supplémentaire à la compréhension de Mangoukouro, dont l'existence dépasse sa seule association avec les activités politiques du MFDC.
De l'abbé Diamacoune Senghor à Abdou Elinkine Diatta
Ibrahima Gassama revient également sur la présence de l'abbé Augustin Diamacoune Senghor, figure historique du mouvement indépendantiste casamançais. « Théoriquement, les gens en ont fait un siège du MFDC parce que c'est là que logeait le principal leader, qui est l'abbé Augustin Diamacoune Senghor, avec son entourage, son frère Bertrand, puis certains jeunes qu'il avait sous ses ailes », explique-t-il. Parmi ces jeunes figurait Abdou Elinkine Diatta, qui avait évolué au sein du mouvement avant de devenir l'un de ses responsables. « Quand Diamacoune est décédé, Abdou Elinkine s'est autoproclamé secrétaire général du MFDC », poursuit le journaliste.
Sous l'impulsion de ce dernier, Mangoukouro est progressivement devenu un espace de rencontres et de manifestations publiques liées à sa faction. Mais le lieu n'était pas uniquement associé à des activités politiques. « On y tenait des réunions du MFDC, on y faisait des déclarations, des points de presse, mais l'endroit est surtout connu pour la commémoration des anniversaires », précise Ibrahima Gassama. Il rappelle notamment que des manifestations culturelles étaient organisées à l'occasion des anniversaires du décès de l'abbé Diamacoune Senghor.
Abdou Elinkine Diatta, également musicien, avait créé un groupe appelé Sindola. « Il a créé un groupe qu'il a appelé Sindola, qui veut dire Andiola chez nous, parce que, pour lui, c'est par la culture et la non-violence qu'il faut aller », explique le journaliste. « La seule appartenance au MFDC ne suffit pas à inquiéter quelqu'un tant que tu n'es pas armé » L'une des questions soulevées par le démantèlement concerne la présence, pendant plusieurs décennies, d'un site associé à une faction du MFDC dans la commune de Ziguinchor.
Sur ce point, Ibrahima Gassama apporte une explication importante. « À un moment donné, on a dit que la seule appartenance au MFDC ne suffit pas à inquiéter quelqu'un tant que tu n'es pas armé », rappelle-t-il.
Cette distinction entre engagement politique et activité armée permet, selon son analyse, de comprendre pourquoi certaines activités du site ont longtemps été tolérées. Il évoque ensuite les récentes déclarations de Hamidou Djiba, présenté comme le successeur d'Abdou Elinkine Diatta, ainsi qu'une vidéo devenue virale qui aurait conduit à son interpellation par la Section de recherches de la gendarmerie.
Pour Ibrahima Gassama, c'est dans ce contexte qu'il faut situer la décision des autorités de procéder au démantèlement. « L'État a pensé que, dans le cadre de la sécurisation et de la préservation de l'intégrité nationale, l'armée nationale est descendue sur les lieux », explique-t-il.
Le journaliste apporte toutefois une précision essentielle sur la désignation de Mangoukouro. « Beaucoup ont qualifié [le lieu] de siège officiel du MFDC, mais on dira, pour être exact, siège de la faction Mangoukouro du MFDC », indique-t-il. Une nuance fondamentale pour comprendre les divisions internes du mouvement et éviter de présenter cette faction comme représentant l'ensemble du MFDC.
La libération des interpellés et le professionnalisme des FDS
L'intervention des forces de sécurité et la libération des 28 personnes doivent également être appréciées avec discernement. Les FDS disposent d'une connaissance du terrain acquise au fil des décennies de présence et d'opérations dans la région. Leur action s'inscrit dans une mission de préservation de la sécurité et de l'intégrité territoriale. La remise en liberté de l'ensemble des personnes interpellées constitue un élément important du dossier. Elle rappelle que les investigations doivent permettre de distinguer les situations individuelles plutôt que de procéder à des accusations collectives.
Elle ne suffit toutefois pas, à elle seule, à établir les motifs précis des décisions prises par les autorités ni à conclure que toutes les personnes concernées étaient totalement étrangères aux activités du site.
Le gouvernement appelé à lutter contre les fausses informations sur la Casamance
Cette affaire devrait également interpeller le gouvernement du président Bassirou Diomaye Faye sur les conséquences de la désinformation concernant la Casamance.
La région a payé un lourd tribut au conflit armé. Des milliers de familles ont connu les déplacements, la perte de leurs biens, l'abandon de leurs villages et des difficultés durables d'accès aux services essentiels.
Alors que les efforts de paix et de reconstruction se poursuivent, une information imprécise ou sensationnaliste risque de raviver des incompréhensions et de porter atteinte à l'image de la région surtout en cette période touristique.
Il importe donc que les autorités encouragent la vérification des informations, favorisent l'accès des journalistes à des sources fiables et rappellent les obligations légales liées à la diffusion d'accusations infondées, dans le respect de la liberté de la presse.
Dans cette affaire, la fermeté de l'État doit pouvoir s'accompagner de mesure, de pédagogie et d'un souci permanent de préserver la cohésion nationale. La Casamance ne peut être indéfiniment présentée à travers le seul prisme de la rébellion. Son potentiel agricole, touristique, culturel et économique mérite également d'occuper une place centrale dans le débat public.
Pour une région dont les populations aspirent à une paix durable, chaque événement sécuritaire doit être traité avec responsabilité. La défense de l'intégrité territoriale du Sénégal et la protection des droits des citoyens ne sont pas contradictoires. Elles doivent avancer ensemble. La Casamance a besoin de paix, de sécurité, d'investissements et d'une information juste. Elle ne doit pas devenir le terrain de raccourcis médiatiques où des citoyens sont publiquement assimilés à des rebelles avant même que les faits soient établis.
Par Khalil DIEME
Elle ne suffit toutefois pas, à elle seule, à établir les motifs précis des décisions prises par les autorités ni à conclure que toutes les personnes concernées étaient totalement étrangères aux activités du site.
Le gouvernement appelé à lutter contre les fausses informations sur la Casamance
Cette affaire devrait également interpeller le gouvernement du président Bassirou Diomaye Faye sur les conséquences de la désinformation concernant la Casamance.
La région a payé un lourd tribut au conflit armé. Des milliers de familles ont connu les déplacements, la perte de leurs biens, l'abandon de leurs villages et des difficultés durables d'accès aux services essentiels.
Alors que les efforts de paix et de reconstruction se poursuivent, une information imprécise ou sensationnaliste risque de raviver des incompréhensions et de porter atteinte à l'image de la région surtout en cette période touristique.
Il importe donc que les autorités encouragent la vérification des informations, favorisent l'accès des journalistes à des sources fiables et rappellent les obligations légales liées à la diffusion d'accusations infondées, dans le respect de la liberté de la presse.
Dans cette affaire, la fermeté de l'État doit pouvoir s'accompagner de mesure, de pédagogie et d'un souci permanent de préserver la cohésion nationale. La Casamance ne peut être indéfiniment présentée à travers le seul prisme de la rébellion. Son potentiel agricole, touristique, culturel et économique mérite également d'occuper une place centrale dans le débat public.
Pour une région dont les populations aspirent à une paix durable, chaque événement sécuritaire doit être traité avec responsabilité. La défense de l'intégrité territoriale du Sénégal et la protection des droits des citoyens ne sont pas contradictoires. Elles doivent avancer ensemble. La Casamance a besoin de paix, de sécurité, d'investissements et d'une information juste. Elle ne doit pas devenir le terrain de raccourcis médiatiques où des citoyens sont publiquement assimilés à des rebelles avant même que les faits soient établis.
Par Khalil DIEME


