Avec son troisième album, Angèle délaisse les contours familiers de sa pop pour embrasser pleinement les musiques électroniques. Un projet convaincant et remarquablement produit, traversé par des récits sentimentaux et dont le fil rouge se résume au titre : Instinct.
Cinq ans après Nonante-cinq, Angèle revient avec Instinct, son troisième album, dont la sortie sera accompagnée de cinq dates à l’Accor Arena à Paris. Un retour précédé par « What You Want », en février, fruit d’une collaboration avec Justice, puis « Dis-le », « Une seule vie » et « Love Triangle », enregistré avec Caroline Polachek et SebastiAn. Ce casting annonçait le désir de la chanteuse belge de pousser les portes d’une musique plus club, quitte à bousculer les habitudes de son public.
Depuis ses premières parties de Damso ou Ibeyi et ses performances sur Skyrock aux côtés de son frère Roméo Elvis, Angèle a connu une ascension fulgurante. Avec Brol, en 2018, et ses tubes « La Loi de Murphy », « Tout oublier » ou « Balance ton quoi », elle s’impose à seulement 22 ans comme l’une des figures incontournables de la pop francophone.
Certifié double Disque de diamant en France, l’album ouvre la voie à un succès confirmé par Nonante-cinq (2021). La tournée internationale qui suit la mène jusqu’à Londres ou à Coachella. Entre-temps, les récompenses s’accumulent (Victoires de la Musique, NRJ Music Awards), tandis que son duo avec Dua Lipa sur « Fever » (2020) contribue à asseoir sa notoriété au-delà des frontières francophones. En 2024, elle livre une interprétation remarquée du tube du regretté Kavinsky « Nightcall » à ses côtés, lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Paris.
Mais la trajectoire d’Angèle ne se résume pas au succès commercial. Avec des titres comme « Ta reine », la chanteuse s’est aussi imposée comme une voix de la pop féministe et LGBT+. Un engagement qui a ouvert la voie à de nombreuses jeunes femmes dans la pop, mais l’a exposé aux revers de la célébrité, de la révélation forcée de sa bisexualité par un magazine people en 2019 aux accusations autour de son frère ayant reconnu des faits d’agression sexuelle. « C’était tellement violent et désolant de réaliser à quel point certains jubilaient de pouvoir me coincer. Moi, la féministe qui avait ouvert sa gueule. Comme si j’étais responsable », racontait-elle à l’époque.
C’est dans la continuité de ce parcours, entre exposition médiatique, pression et volonté de garder la maîtrise de sa trajectoire, que s’inscrit aussi Instinct. Dans l’émission Small Talk de Konbini, Angèle explique avoir davantage voulu se fier à son intuition, sans se laisser paralyser par le doute. Une boussole qui traverse les treize titres du disque, entre interrogations sur le temps qui passe, rapport au père et relations amoureuses. Musicalement, cette liberté prend la forme d’un virage électronique assumé.
Rupture et libération
Dès l’introduction, Angèle pose le décor. Un piano mélancolique, des bruits de rue, des nappes synthétiques, et une atmosphère trouble. « Dis-le » donne le véritable coup d'envoi. Sur une rythmique jersey (nouvelle tendance musicale dans le rap français, NDLR), un kick massif et des effets vocaux qui malmènent sa voix, Angèle se lance dans une course effrénée.
La riche production ne se contente pas de plaquer une pulsation électronique sur une chanson pop, mais impose son propre mouvement, jusqu'à une conclusion où piano et contrebasse laissent place à l’apaisement. S’en suit « Au revoir », à mi-chemin entre anglais et français comme une bonne partie du disque, qui s’aborde comme une chanson de rupture synthpop particulièrement dynamique.
Sur « Une seule vie », Angèle retrouve par bribes les accents de la chanson française, mais les plonge dans une production électronique ample. Sa virtuosité vocale, déjà familière, s'y fond sans jamais chercher à rivaliser avec les arrangements. Même constat sur « Trop », coproduit avec Soulwax, historique groupe belge de rock électronique.
Dans une esthétique rappelant le début des années 2010, la voix basse et presque nonchalante de la chanteuse se marie à une véritable énergie club. Le morceau est aussi efficace que subtil, et confirme qu’Angèle a trouvé un terrain de jeu où son timbre et son sens de la mélodie s'accordent idéalement avec des arrangements plus aventureux.
« On verra », ballade piano-voix plus classique, se prolonge dans une conclusion distordue. Ces accidents sonores, ces variations de texture et cette façon de laisser les morceaux bifurquer empêchent Instinct de se réduire à un album de variété repeint aux couleurs du dancefloor.
Angèle embrasse véritablement l'électro, sans prétention malgré l'ampleur des productions. L'ambition n'est pas toujours aussi convaincante. « What You Want », enregistré avec le duo Justice, s'inscrit dans cette dynamique, mais sa formule apparaît plus prévisible.
La seconde moitié du disque s'avère moins inspirée, à l’image du relativement plat « Je sais » consacré au rapport au père et aux non-dits familiaux. « Je compte » peine également à retrouver l'énergie des premiers titres, mais noie une fois de plus sa variété dans des déséquilibres réjouissants.
« Love Triangle », la collaboration avec Caroline Polachek et SebastiAn promet davantage : les voix des deux chanteuses dialoguent avec des lignes de synthétiseur acid et un kick puissant, dans une atmosphère sensuelle, hypnotisante.
« F4CK 4EVER » retrouve une veine French Touch plus dansante et franchement réussie. Enfin, « NYC Blues » referme l'album dans une douceur presque désuète, portée par des harmonies vocales et une sorte de mellotron. Du côté des textes, Angèle navigue toujours entre problématiques sociétales et introspection classique : l’amour, la misogynie, les relations, les ruptures…
Avec Instinct, Angèle déplace le centre de gravité de sa pop, plus physique, plus dense, pleinement tournée vers les musiques électroniques. Un virage convaincant, qui n’apparaît pas comme un simple exercice de style.
Si les textes finissent parfois par tourner en rond, la richesse des productions et la cohérence de l'ensemble dessinent une identité sonore affirmée. L'instinct est là, indéniablement et avec lui, une Angèle qui semble avoir trouvé un nouvel espace pour faire évoluer sa pop.
Cinq ans après Nonante-cinq, Angèle revient avec Instinct, son troisième album, dont la sortie sera accompagnée de cinq dates à l’Accor Arena à Paris. Un retour précédé par « What You Want », en février, fruit d’une collaboration avec Justice, puis « Dis-le », « Une seule vie » et « Love Triangle », enregistré avec Caroline Polachek et SebastiAn. Ce casting annonçait le désir de la chanteuse belge de pousser les portes d’une musique plus club, quitte à bousculer les habitudes de son public.
Depuis ses premières parties de Damso ou Ibeyi et ses performances sur Skyrock aux côtés de son frère Roméo Elvis, Angèle a connu une ascension fulgurante. Avec Brol, en 2018, et ses tubes « La Loi de Murphy », « Tout oublier » ou « Balance ton quoi », elle s’impose à seulement 22 ans comme l’une des figures incontournables de la pop francophone.
Certifié double Disque de diamant en France, l’album ouvre la voie à un succès confirmé par Nonante-cinq (2021). La tournée internationale qui suit la mène jusqu’à Londres ou à Coachella. Entre-temps, les récompenses s’accumulent (Victoires de la Musique, NRJ Music Awards), tandis que son duo avec Dua Lipa sur « Fever » (2020) contribue à asseoir sa notoriété au-delà des frontières francophones. En 2024, elle livre une interprétation remarquée du tube du regretté Kavinsky « Nightcall » à ses côtés, lors de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Paris.
Mais la trajectoire d’Angèle ne se résume pas au succès commercial. Avec des titres comme « Ta reine », la chanteuse s’est aussi imposée comme une voix de la pop féministe et LGBT+. Un engagement qui a ouvert la voie à de nombreuses jeunes femmes dans la pop, mais l’a exposé aux revers de la célébrité, de la révélation forcée de sa bisexualité par un magazine people en 2019 aux accusations autour de son frère ayant reconnu des faits d’agression sexuelle. « C’était tellement violent et désolant de réaliser à quel point certains jubilaient de pouvoir me coincer. Moi, la féministe qui avait ouvert sa gueule. Comme si j’étais responsable », racontait-elle à l’époque.
C’est dans la continuité de ce parcours, entre exposition médiatique, pression et volonté de garder la maîtrise de sa trajectoire, que s’inscrit aussi Instinct. Dans l’émission Small Talk de Konbini, Angèle explique avoir davantage voulu se fier à son intuition, sans se laisser paralyser par le doute. Une boussole qui traverse les treize titres du disque, entre interrogations sur le temps qui passe, rapport au père et relations amoureuses. Musicalement, cette liberté prend la forme d’un virage électronique assumé.
Rupture et libération
Dès l’introduction, Angèle pose le décor. Un piano mélancolique, des bruits de rue, des nappes synthétiques, et une atmosphère trouble. « Dis-le » donne le véritable coup d'envoi. Sur une rythmique jersey (nouvelle tendance musicale dans le rap français, NDLR), un kick massif et des effets vocaux qui malmènent sa voix, Angèle se lance dans une course effrénée.
La riche production ne se contente pas de plaquer une pulsation électronique sur une chanson pop, mais impose son propre mouvement, jusqu'à une conclusion où piano et contrebasse laissent place à l’apaisement. S’en suit « Au revoir », à mi-chemin entre anglais et français comme une bonne partie du disque, qui s’aborde comme une chanson de rupture synthpop particulièrement dynamique.
Sur « Une seule vie », Angèle retrouve par bribes les accents de la chanson française, mais les plonge dans une production électronique ample. Sa virtuosité vocale, déjà familière, s'y fond sans jamais chercher à rivaliser avec les arrangements. Même constat sur « Trop », coproduit avec Soulwax, historique groupe belge de rock électronique.
Dans une esthétique rappelant le début des années 2010, la voix basse et presque nonchalante de la chanteuse se marie à une véritable énergie club. Le morceau est aussi efficace que subtil, et confirme qu’Angèle a trouvé un terrain de jeu où son timbre et son sens de la mélodie s'accordent idéalement avec des arrangements plus aventureux.
« On verra », ballade piano-voix plus classique, se prolonge dans une conclusion distordue. Ces accidents sonores, ces variations de texture et cette façon de laisser les morceaux bifurquer empêchent Instinct de se réduire à un album de variété repeint aux couleurs du dancefloor.
Angèle embrasse véritablement l'électro, sans prétention malgré l'ampleur des productions. L'ambition n'est pas toujours aussi convaincante. « What You Want », enregistré avec le duo Justice, s'inscrit dans cette dynamique, mais sa formule apparaît plus prévisible.
La seconde moitié du disque s'avère moins inspirée, à l’image du relativement plat « Je sais » consacré au rapport au père et aux non-dits familiaux. « Je compte » peine également à retrouver l'énergie des premiers titres, mais noie une fois de plus sa variété dans des déséquilibres réjouissants.
« Love Triangle », la collaboration avec Caroline Polachek et SebastiAn promet davantage : les voix des deux chanteuses dialoguent avec des lignes de synthétiseur acid et un kick puissant, dans une atmosphère sensuelle, hypnotisante.
« F4CK 4EVER » retrouve une veine French Touch plus dansante et franchement réussie. Enfin, « NYC Blues » referme l'album dans une douceur presque désuète, portée par des harmonies vocales et une sorte de mellotron. Du côté des textes, Angèle navigue toujours entre problématiques sociétales et introspection classique : l’amour, la misogynie, les relations, les ruptures…
Avec Instinct, Angèle déplace le centre de gravité de sa pop, plus physique, plus dense, pleinement tournée vers les musiques électroniques. Un virage convaincant, qui n’apparaît pas comme un simple exercice de style.
Si les textes finissent parfois par tourner en rond, la richesse des productions et la cohérence de l'ensemble dessinent une identité sonore affirmée. L'instinct est là, indéniablement et avec lui, une Angèle qui semble avoir trouvé un nouvel espace pour faire évoluer sa pop.

