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Les Politico-militaires Tchadiens au Sénégal : Dakar tente de sauver Doha et Ndjamena ! (Par Mamadou Mouth BANE)

Vendredi 26 Août 2022

La médiation du Qatar dans la crise tchadienne n’a pas réussi à réunir les groupes politico militaires les plus radicaux au Tchad. Le 20 Août dernier, a démarré le dialogue à Ndjamena après le pré dialogue organisé à Doha. Face à la division qui menace la réussite de cette mission, le président de la République du Sénégal, président de l’Union africaine, Macky SALL a décidé de recevoir les rebelles à Dakar pour les amener à signer l’accord jugé «vide » par le principal opposant Mahamat Mahdi Ali leader du Front pour l’Alternance et la Concorde au Tchad (FACT).


C’est le 13 Mars 2022 que le pré dialogue a été lancé à Doha. Plusieurs groupes politico militaires avaient effectué le déplacement. La rencontre avait été financée par le Qatar qui avait mobilisé tous les moyens. Les délégations ont été accueillies et logées dans des hôtels aux frais du royaume. On se rappelle la première journée avait été émaillée d’incidents du fait d’un malentendu sur la démarche et les acteurs impliqués. Les représentants du Front pour l’Alternance de la Concorde au Tchad (FACT) avaient rejeté la posture des envoyés spéciaux du Gouvernement du Tchad qui voulaient diriger les travaux à la place du Qatar médiateur reconnu. S’en était suivie une suspension des travaux. Les jours, semaines et les mois qui avaient suivi, n’avaient pas permis de rapprocher les positions. Des membres de groupes politico militaires, hébergés dans des hôtels avaient fustigé leur condition de vie à Doha. Certains espéraient recevoir des soutiens financiers. Leur déception avait été longue. Au Qatar, un accord avait été signé par un groupe qui avait accepté de participer au dialogue à Ndjamena. Mais l’essentiel des groupes rebelles avait refusé de signer le document.


 
C’est dans ces conditions que le dialogue a été lancé le 20 Août 2022 à Ndjamena après la participation d’une partie des groupes rebelles. D’ailleurs, le sommet prévu à Dakar confirme l’échec de Doha.
 


Pour mieux comprendre l’implication du Qatar, il faut rappeler que c’est le président togolais Faure Eyadéma qui avait pris le dossier en main dès le départ. Les membres du FACT qui avaient accepté de dialoguer en terre africaine, avaient exigé la tenue d’une concertation préalable pour préparer le pré dialogue avant le dialogue. C’est ainsi que le Qatar avait saisi la balle au rebond en récupérant le dossier des mains de Faure. Par la suite, la décision d’organiser le pré dialogue à Doha avait été retenue. Ce n’est pas la première fois que le Qatar s’implique dans des affaires politiques dans le Sahel. On se rappelle les dossiers de Oul Taya en Mauritanie, Karim WADE au Sénégal, en Libye, au Tchad, etc.
 
 
Au début des assauts, le président Déby accusait le FACT de mercenariat,  de terrorisme et d’islamistes. Or, il est clair que Mahdi Ali et ses hommes militent pour le retour de la paix au Tchad. Toutefois, ils n’entendent pas renoncer à leur bataille pour un retour à l’ordre constitutionnel sans concession.
 
 
En outre, le mauritanien Moustapha Chafi s’est beaucoup impliqué pour l’implication du Qatar dans la gestion du dossier tchadien. D’ailleurs, très souvent, Chafi, également très proche du président Macky SALL, fait des va-et-vient entre Dakar et Doha. A l’hôtel Radisson de Dakar où il loge, il reçoit plusieurs personnalités sénégalaises et africaines. Très proche du Prince du Qatar, Chafi est en contact direct avec plusieurs leaders politico militaires tchadiens qu’il cherche à convaincre à adhérer à l’accord parrainé par Doha. Le 05 Août dernier, Chafi a reçu en audience à Niamey Mahamat Ali Youssouf leader de l’UMDD qu’il a tenté de convaincre à signer l’accord de Doha. Ce dernier est resté campé sur sa position exigeant des réponses de la part de la junte à leurs propositions.
 
Paris n’est pas non plus neutre dans la gestion de ce dossier. Car, la France et le Qatar semblent défendre les mêmes intérêts au Tchad. D’abord, l’armée tchadienne est considérée comme le gendarme du Sahel dans la lutte contre le terrorisme. Et les soldats tchadiens étaient considérés comme des supplétifs de l’armée française. Dans sa stratégie militaire au Mali, l’armée française s’occupe de la bataille aérienne, du renseignement technique, de la surveillance et contrôle aériens et laisse à l’armée tchadienne les combats au sol.
 
L’important rôle que Déby avait toujours joué aux côtés de la France dans la défense des intérêts stratégiques français au Sahel, expliquait le soutien aveugle de Paris pour son régime totalitaire. Aujourd’hui, les Français misent sur la continuité du «système Déby» à travers son clan, en tête son fils Mahamat Kaka l’actuel président. Paris mise sur le jeune Kaka pour contrôler le Sahel à partir de ses bases à Ndjaména et à Niamey, après avoir perdu le Mali au profit de la Russie. Il est également question de barrer la route à Moscou qui a déjà des bases solides en Centrafrique et quelque part en Libye. Ces deux pays limitent le Tchad au Nord et au Sud. Ndjamena est aussi hautement importante dans la stratégie de lutte contre la migration clandestine vers l’Europe. Dans cette partie de l’Afrique, le Niger et le Tchad seuls sont restés dans le giron français. Le Mali s’est démarqué, le Nigéria est dans la sphère anglophone alors que le Cameroun demeure un enjeu de second degré dans le plan français de lutte contre le terrorisme. A travers Ndjamena et Niamey aussi, Paris tente de ressusciter le G5 Sahel affaibli par les coups d’Etat au Mali, au Burkina Faso et au Tchad. Pour Paris, il est maintenant question de voir la possibilité d’intégrer Dakar, Abidjan dans le G5 Sahel, en attendant de s’ouvrir avec Rabat et/ou Alger…
 
De l’autre côté, l’or tchadien et d’autres ressources découvertes dans le Tibesti et à Miski ne laissent pas indifférents ces facilitateurs au dialogue tchadien. En plus, le Qatar n’a pas financé ce dialogue pour rien. Chacun défend ses intérêts. Un fait inédit a été remarqué dans la gestion de ce dossier. Le diplomate qatari qui avait le dossier tchadien en main a été remercié dès le lendemain de la dernière visite de l’Emir du Qatar à Paris. Et pourtant, il avait d’excellentes relations avec l’ensemble des leaders rebelles. Son approche était bien appréciée par l’ensemble des acteurs. Malheureusement, il sera éjecté puis remplacé sans explication.  Ce qui avait brisé l’élan de certains acteurs militaires qui soupçonnent la France d’instrumentaliser le Qatar dans ce dossier.
 
 
 
Toutefois, il faut dire que le dialogue à Doha n’a pas répondu aux attentes. Car 18 mouvements politico militaires n’ont pas signé l’Accord. Et ce ne sont pas les moindres. Mahamat Mahdi Ali a soutenu que «l'accord de Doha est une coquille vide ». Car, il s’agit d’un texte rédigé par la junte qui n’a pas pris en compte les exigences des groupes militaires. Les rebelles ont exigé les points suivants : un cessez-le-feu, la libération des prisonniers de guerre, des poursuites contre les criminels de guerre, l’expression des libertés individuelles et collectives.
 
La junte tchadienne a voulu jouer sur le nombre en évitant 1400 délégués au dialogue dont plus de 1000 délégués sont favorables au pouvoir de Kaka. La majeure partie des signataires de l’accord de Doha ont été sponsorisés par la junte. Ce qui a été radicalement dénoncé par les récalcitrants.
 
A propos de la libération des prisonniers de guerre, il faut dire qu’en Mai 2021, le FACT avait libéré tous les prisonniers proches du régime. De son côté, la junte refuse de libérer les prisonniers de guerre des groupes rebelles. Pire encore, certains sont torturés à mort. Plusieurs prisonniers rebelles ont été exécutés par la junte. Voilà pourquoi, ils évitent la question sur la libération des détenus de guerre. Les politico militaires qui soupçonnent une exécution sommaire de leurs partisans par la junte, insistent sur la nécessité de traiter d’abord le sujet sur les prisonniers dont certains n’ont pas fait signe de vie depuis leur arrestation.
 
Les groupes politico militaires soupçonnent un plan de succession mis en place par le clan Déby pour conserver le pouvoir. Voilà les raisons qui ont amené le FACT à exiger la non-participation des membres de la junte à la prochaine élection présidentielle. Cela permettra d’envoyer l’ensemble des militaires dans les casernes. Car selon le leader du FACT, le Tchad a besoin d’un président de la République civil. La junte est jugée illégale pour conduire et définir les conditions  d’un dialogue national par des groupes rebelles.
 
A la veille de l’ouverture du dialogue, deux chefs rebelles ont regagné N’Djamena. Le Président de l’UFR, M. Timan Erdimi et le leader de l’UFDD, M. Mahamat Nouri, signataires de l’Accord de paix de Doha, rentrent ainsi au pays en vue de participer au Dialogue National Inclusif et Souverain. Mais ces chefs rebelles essoufflés peuvent-ils réellement peser sur la balance pour un retour de la paix en l’absence de la jeune génération très engagée contre la junte qui cherche à prolonger la transition pour de longues années encore ?
 
Le déroulement du dialogue au Tchad laisse penser à un échec futur. Car, déjà, les participants ont remarqué le comportement de Moussa FAKI qui a tenu un discours très critiqué à l’égard de la junte. D’ailleurs, c’est après ses mots que son frère médecin de la famille Deby a été limogé en réponse à son affront. Mieux encore, Faki est soupçonné par la junte d’avoir une ambition présidentielle. C’est l’une des raisons qui avaient amené la junte à rejeter la nomination du Sénégalais Ibrahima FALL comme médiateur de cette crise. Ses relations supposées avec Faki ont poussé les autorités tchadiennes à refuser sa nomination. Aujourd’hui, c’est dans le pays d’Ibrahima FALL où devra se tenir le second tour du dialogue tchadien. Selon des sources concordantes, le président Macky SALL a accepté d’accueillir les représentants des groupes politico militaires à Dakar.
 
Le Président de la République du Sénégal, Macky Sall, par ailleurs président en exercice de l’Union Africaine était à N’Djamena le lundi 15 Août 2022. Cette visite a été préparée par l’architecte Pierre Goudiaby ATEPA qui a rencontré à Doha les représentants du FACT selon notre source.

Par ailleurs, après le refus de certains groupes de signer l’accord de Doha, le président de l’UA doit entrer en jeu pour rapprocher les positions. Seulement, il s’agit là d’une mission extrêmement difficile du fait de la position radicale des groupes politico militaires qui affichent une fermeté vis-à-vis de la junte. Il est évident que le plus influent demeure Mahamat Mahdi inflexible dans ses positions face à une junte qui aspire à se maintenir au pouvoir avec le soutien de pays amis dont la France. Macky SALL réussira-t-il là où d’autres chefs d’Etat ont échoué ?
 
Mamadou Mouth BANE
 
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