Menu

Le lieutenant-colonel Zoungrana, enfant terrible de l’armée burkinabè

Mardi 3 Janvier 2023

Une fois de plus, le voilà mêlé à une tentative de coup d’État. À peine remis en liberté provisoire, le 15 décembre, après onze mois de détention pour avoir fomenté un putsch contre le régime de l’ex-président Kaboré, le lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana a été de nouveau interpellé le 27 décembre puis renvoyé, deux jours plus tard, en détention à la Maison d’arrêt et de correction des armées (Maca) de Ouagadougou.


Selon un communiqué du parquet militaire, l’officier « était en train de préparer », avec d’autres militaires et des civils, « une déstabilisation des institutions de l’État ». « Ce groupe, poursuit le texte, projetait de lancer des attaques simultanées sur la Radio-Télévision du Burkina [RTB], la Maca […] et la résidence du chef de l’État », le capitaine Ibrahim Traoré. D’après l’accusation, l’objectif de Zoungrana était de renverser le président de transition et de prendre sa place à la tête du pays – ce que démentent formellement l’intéressé et ses avocats.

Un vrai guerrier
Juste avant d’être arrêté par la gendarmerie à sa résidence de Pabré, dans les faubourgs de Ouagadougou, l’officier avait pris soin de diffuser une courte vidéo pour donner sa version des faits. Il y affirmait avoir été victime de tentatives d’empoisonnement et d’assassinat. « Si tu es gênant, on te liquide physiquement, on te jette en prison ou on te pousse à l’exil », concluait-il.


Gênant, le lieutenant-colonel Zoungrana l’est assurément aux yeux d’une partie de ses frères d’armes. « Ils le craignent parce qu’il est ce que beaucoup d’entre eux ne sont pas : un vrai guerrier, qui aime se battre et n’a pas peur d’aller au combat », estime une source qui connaît bien l’armée. Membre de la promotion 1993 du Prytanée militaire de Kadiogo (PMK), Zoungrana suit, après l’obtention de son baccalauréat, en 2000, une formation d’officier au Togo et intègre le Centre national d’entraînement commando de Pô. Sa réputation de tête brûlée, de « gars un peu chaud », comme le décrit l’un de ses aînés, est alors déjà faite. « Il voulait intégrer le RSP [l’ancien Régiment de sécurité présidentielle], mais le général Gilbert Diendéré n’en voulait pas car il le trouvait trop bouillonnant », se rappelle un militaire.

Écrivain à ses heures perdues
Le jeune officier n’en est pas moins valeureux. Il est nommé commandant au 25e régiment parachutiste commando (RPC), basé à Bobo-Dioulasso. En 2015, son rôle durant la tentative de putsch du général Diendéré est trouble. « Il jouait une sorte de double jeu. Il faisait mine d’être à nos côtés mais il penchait dans le camp des putschistes », se rappelle l’un des « Boys », ces officiers loyalistes qui ont permis de faire échouer ce que l’histoire retiendra comme le « coup d’État le plus bête du monde ».

Dans les années qui suivent, Zoungrana est mis sur la touche. Il effectue des missions au sein de la Minusma, la mission des Nations unies au Mali, et suit une formation à l’école de guerre de Yaoundé, où il obtient un master en stratégie, défense et sécurité. S’il est réputé pour son appétence au combat, le fougueux officier aime aussi cultiver l’image d’un militaire à la tête bien faite, qui se plaît à écrire des romans pendant son temps libre. Auteur de plusieurs ouvrages, il a ainsi sa propre maison d’édition et fréquentait, un temps, la Foire internationale du livre de Ouagadougou (Filo).

Chef des « Mambas verts »
En 2019, il est nommé chef de corps du 12e régiment d’infanterie commando (RIC) à Ouahigouya, dans le nord du pays, contre l’avis d’une partie de la hiérarchie militaire. Zoungrana est alors considéré comme un proche de Chériff Sy, qui a été nommé ministre de la Défense. Sur place, dans cette zone « rouge » contrôlée par les groupes jihadistes, il constitue et dirige une nouvelle unité d’élite antiterroriste d’environ 150 hommes, les « Mambas verts » – lesquels lui sont toujours restés fidèles. Avec eux, il opère de façon autonome, échappant parfois au contrôle du centre opérationnel. « Il faisait un peu ce qu’il voulait là-bas, y compris sur le plan financier », affirme un gradé. Dans la région, il supervise aussi le recrutement et la formation de dizaines de volontaires pour la défense de la patrie (VDP), sur lesquels il s’appuie pour combattre les groupes jihadistes.


Mi-décembre 2021, il fait partie d’un plan de renouvellement de la hiérarchie militaire et est relevé de son poste comme douze autres chefs de corps. Zoungrana attend sa nouvelle affectation mais, en coulisses, il réfléchit surtout à un autre projet : renverser le régime de Roch Marc Christian Kaboré. Depuis l’attaque d’Inata, qui a coûté la vie à 53 gendarmes un mois plus tôt, l’armée est une Cocotte-Minute qui menace d’exploser à tout moment. Le lieutenant-colonel de 41 ans le sait parfaitement et compte bien profiter de la situation. « Il a toujours eu des envies de putsch, assure un officier qui le connaît bien. Il considère qu’il a un destin à accomplir, qu’il doit briller et qu’il doit être au-dessus de la mêlée. »

Maintenu en détention par Damiba…
Son projet de renversement est alors bien réel. Mais il n’aboutira jamais : Zoungrana est repéré par les hommes de l’Agence nationale du renseignement (ANR). Le 10 janvier 2022, il est arrêté et accusé de préparer un coup d’État. Dans les jours qui suivent, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, qui réfléchissait lui aussi à prendre le pouvoir par la force, sent la pression s’accroître et décide de passer la vitesse supérieure. Le 24 janvier, il renverse Kaboré sans grande difficulté et prend sa place au palais de Kosyam.

Malgré ce changement de régime, Zoungrana, lui, est maintenu dans sa cellule de la Maison d’arrêt et de correction des armées (Maca). Le nouveau président ne le connaît que trop bien et s’en méfie. « Zoungrana était persuadé que la paternité du coup d’État contre Kaboré lui revenait. Il n’a jamais digéré de se faire voler la vedette », expliquait, quelques mois plus tard, un diplomate en poste à Ouaga. Outre de tentative de déstabilisation, le lieutenant-colonel a ensuite été inculpé pour blanchiment de capitaux, enrichissement et usage de faux en écriture. Des accusations qu’il a toujours démenties. Malgré plusieurs demandes, il n’est jamais remis en liberté provisoire.

« Une série de mesures étaient prévues pour le 15 octobre [date anniversaire de l’anniversaire de Thomas Sankara], dont la libération de Zoungrana », raconte aujourd’hui un proche de Damiba. Sauf que l’ancien président ne tiendra pas jusque-là : le 2 octobre, le voilà à son tour renversé par le capitaine Ibrahim Traoré. Très vite, certains voient la main du lieutenant-colonel derrière ce deuxième coup d’État, mais il n’en est rien : « IB » et ses hommes sont passés à l’action de leur propre chef.

… et remis en prison par Traoré
Une fois au pouvoir, le jeune capitaine de 34 ans se retrouve, comme son prédécesseur, avec l’épineux dossier Zoungrana sur les bras. Le 15 décembre, le lieutenant-colonel est remis en liberté provisoire. Beaucoup s’interrogent sur le rôle que cet officier aguerri pourrait jouer auprès de Traoré. D’autres se demandent si sa libération n’est pas liée au rapprochement en cours entre Ouagadougou et Moscou, l’intéressé étant souvent étiqueté « pro-russe ». « C’est plus de l’opportunisme qu’une vraie conviction, tempère un de ses frères d’armes. Zoungrana s’est converti à l’islam lors d’une de ses missions au Mali – il se fait d’ailleurs appeler Mohamed Arsalane Emmanuel depuis. Comme il a été adoubé par les réseaux wahhabites qui font la propagande de Moscou, certains le considèrent comme pro-russe alors qu’il ne l’est pas plus que ça. »

Tout juste libéré, le chef des « Mambas verts » est de nouveau interpellé, douze jours seulement après sa sortie de la Maca. Encore une fois, il est accusé d’avoir voulu fomenter un coup d’État – complot qu’il aurait mûri alors qu’il était encore en prison.

Authentiques ou non, ces accusations témoignent de la fébrilité du régime. Trois jours après l’arrestation de Zoungrana, ordre a été donné de renforcer le dispositif sécuritaire autour de la primature, où Ibrahim Traoré a installé ses bureaux, et de la RTB, en centre-ville. Signe que, même depuis sa cellule, l’enfant terrible de l’armée burkinabè fait toujours trembler le pouvoir.

Jeune Afrique 

Nouveau commentaire :



AUTRES INFOS

Premier League : Tottenham Hotspur, limoge son entraîneur Thomas Frank

OM : Roberto De Zerbi et le club se séparent après la lourde défaite face au PSG

Casablanca : coup de colère et débordements lors du match de Coupe Davis

Football : Joan Laporta démissionne de la présidence du Barça

Maroc : les retombées économiques spectaculaires de la CAN 2025

Premier League : Ismaila Sarr offre la victoire à Crystal Palace à Brighton

Ziguinchor rend hommage à Mme Fatou Kinneh Jobe, vice-ministre gambienne des Affaires étrangères

Maroc : la FRMF dément toute démission de Walid Regragu

Real Madrid : Brahim Diaz parmi les joueurs susceptibles de partir

Chocs des grands en EPL et Classique parisien : enflammez votre week-end footballistique avec 1xBet !