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Former les élites africaines ou perdre l’Afrique : la grande contradiction française (Par Ibrahima Thiam)

Mercredi 13 Mai 2026

Former les élites africaines ou perdre l’Afrique : la grande contradiction française (Par Ibrahima Thiam)
La France a longtemps incarné une certaine idée de luniversel. Son école, ses universités, sa langue et sa culture ont rayonné bien au-delà de ses frontières grâce à une conviction simple : le savoir devait être un pont entre les peuples, non un privilège réservé à ceux qui peuvent payer. Aujourdhui, cette vision semble fragilisée par la généralisation des frais dinscription fortement majorés pour les étudiants étrangers extra-européens.
 
Derrière cette décision budgétaire se cache en réalité une erreur stratégique profonde. En augmentant considérablement les coûts daccès à luniversité française pour des milliers d’étudiants africains, la France risque daffaiblir un des derniers leviers de son influence positive sur le continent.
 
Je peux en témoigner personnellement. Formé en France, jai eu la chance de bénéficier dun enseignement de qualité qui ma permis de grandir intellectuellement, professionnellement et humainement. Cette formation ne ma pas éloigné de mon pays ; elle ma au contraire donné les outils pour servir à la fois le Sénégal et la France. Comme beaucoup dAfricains passés par les universités françaises, je suis devenu un trait dunion entre deux nations, deux cultures et deux espaces économiques.
 
Les étudiants étrangers ne sont pas une charge pour la France. Ils constituent un investissement davenir. Une fois diplômés, beaucoup deviennent des cadres, des chercheurs, des entrepreneurs, des responsables politiques ou des acteurs économiques influents dans leurs pays respectifs. Ils gardent souvent un lien affectif, culturel et professionnel fort avec la France. Ils en deviennent naturellement des ambassadeurs.
 
Cest là toute la contradiction de la politique actuelle. Dun côté, la France affirme vouloir renforcer sa coopération avec lAfrique et annonce des investissements massifs de plusieurs milliards deuros sur le continent. De lautre, elle ferme progressivement les portes de ses universités à cette jeunesse africaine qui devrait pourtant être le principal relais de cette coopération.
 
Car la véritable influence ne se construit pas uniquement avec des financements ou des contrats économiques. Elle se bâtit aussi dans les amphithéâtres, les bibliothèques, les laboratoires et les rencontres humaines. Chaque étudiant africain formé en France porte ensuite une part de cette histoire commune dans son pays.

En instaurant des frais dinscription qui atteignent plusieurs milliers deuros, la sélection ne se fait plus sur le mérite ou lexcellence académique, mais sur les moyens financiers. Cette orientation envoie un message regrettable à une génération entière : celui dune France qui se replie et qui doute désormais de sa propre vocation universelle.
 
Il ne faut donc pas s’étonner que de nombreux jeunes Africains se tournent aujourdhui vers dautres horizons : le Canada, les États-Unis, la Turquie, la Chine ou les pays du Golfe. Ces pays ont compris que former la jeunesse étrangère constitue un puissant outil dinfluence, de coopération et de partenariat durable.
 
La relation entre la France et lAfrique mérite mieux quune logique comptable. Elle doit reposer sur la confiance, la circulation des savoirs et le respect mutuel. Fermer laccès aux universités françaises à ceux qui souhaitent apprendre, contribuer et bâtir des ponts entre les nations serait une faute historique.
 
Lavenir des relations franco-africaines ne se gagnera pas uniquement dans les sommets diplomatiques ou les investissements financiers. Il se construira surtout dans la capacité à continuer daccueillir, de former et dinspirer une jeunesse qui ne demande qu’à participer à une aventure commune.
 
Ibrahima Thiam, président du parti ACT
 

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