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Cameroun : plusieurs mois après la présidentielle, l’attente du remaniement ministériel se prolonge

Dimanche 17 Mai 2026

L’annonce par Paul Biya, vainqueur officiel de l’élection présidentielle du 12 octobre 2025 (53,66%), d’une nouvelle équipe gouvernementale, depuis la fin de l’année dernière, semble ne plus relever des priorités présidentielles. Une situation inédite, depuis 1992, diversement vécue et interprétée, à l’entame d’un septennat au cours duquel le chef de l’État a promis une place importante aux jeunes et aux femmes.

En matière de rituels politico-médiatiques, le Cameroun tient ses codes : l’édition du journal de 17h de la radio à capitaux publics est traditionnellement très suivie, en raison « d’importants textes du chef de l’État ». Surtout en conjoncture post-électorale.

Le 31 décembre 2025 lors de son message de fin d’année, puis à la faveur de son adresse à la jeunesse le 10 février 2026, le président Biya a solennellement promis la formation d’une nouvelle équipe gouvernementale. De l’inédit dans le mode opératoire du locataire du palais de l’Unité.

« De nombreux ministres jouent de prudence » dans leurs actions
Depuis lors, « le 17h », est plus attendu que d’ordinaire. Mais l’expectative se fait longue. Peut-être davantage pour les ministres en fonction. Obligeant certains à décrocher. « Au début, comme tout le monde, j'étais attentif au journal de 17h qui pouvait apporter la nouvelle d'un remaniement ministériel. Mais avec le temps, je crois que le président a d'autres préoccupations que de faire un remaniement ministériel », confesse Jean De Dieu Momo, ministre délégué auprès du ministre de la Justice, entré au gouvernement le 4 janvier 2019, au sortir de l’élection présidentielle du 7 octobre 2018. Le dernier remaniement en date.



À en croire des témoignages de première main, cette longue attente n’est pas sans conséquence sur le gouvernement. « Au sein de l’exécutif, de nombreux ministres jouent de prudence dans le traitement des dossiers relevant de leurs sphères de compétences, par peur de l’inconnu », confie un haut cadre d’un ministère.

Et déjà, l’opinion se perd en conjectures pour comprendre le silence présidentiel après ses annonces. Pour Aristide Menguele, politologue à l’université de Douala, il faut prendre en compte plusieurs paramètres : « D’abord les difficultés à faire un casting optimal du fait de l’épuisement d’une ressource politique cruciale en matière de décision politique et stratégique : l’information. Ensuite, des enjeux de rupture, avec en toile de fond, l’équation : comment rompre sans compromettre l’équilibre déjà fragile de la société politique camerounaise ? Enfin, la tension entre la jeune génération volontaire pour poursuivre l’implémentation du Renouveau et au besoin l’ajuster et "les aînés" sociaux qui semblent se demander : " Qu’adviendra-t-il de nous ?" ».

« Un système où la Constitution ne fixe aucun délai contraignant » 
L’experte en gouvernance, Viviane Ondoua Biwole, de l’Université de Yaoundé II-Soa, évoque, elle, les insuffisances de la loi fondamentale, « un système où la Constitution ne fixe aucun délai contraignant pour la formation du gouvernement après une élection présidentielle. Le silence d'Étoudi [la présidence de la République, NDLR] n'est pas une anomalie juridique, c'est une normalité constitutionnelle ».



Affirmant qu’il « continue à vaquer tranquillement à [ses] occupations », Jean De Dieu Momo, s’est fait sa religion. « Le président, affirme le membre de la "majorité présidentielle", ne voit pas quelle urgence il y aurait à remplacer une équipe qui a maintenu le régime et le pays dans la paix malgré la crise maîtrisée dans les régions anglophones et la lutte contre Boko Haram [Secte islamiste, présente dans la partie septentrionale du pays, NDLR]. Il est clair que c'est celui qui détient le magister et garde la main sur l'opportunité d'un remaniement ministériel, les bénéfices politiques, économiques ou sociaux qu'il peut procurer aux populations ».

« Une population camerounaise plongée dans une forme de résignation »
En attendant, des ministres assurent leur visibilité à travers les médias, privés et publics, en donnant un grand écho à leurs activités classiques. « Si l'élite politique s'agite, observe Viviane Ondoua Biwole, la population camerounaise semble plongée dans une forme d'atonie ou de résignation. Pour de nombreux citoyens, ce "jeu de chaises musicales" au sommet de l'État ne changera rien aux paradigmes essentiels de leur quotidien. Cette fracture entre l'effervescence des couloirs du pouvoir et l'indifférence de la rue traduit une crise de légitimité fonctionnelle : l'acte de gouverner est perçu comme déconnecté des réalités vécues ».

Pour des analystes, le fait de différer l’échéance d’un remaniement n’est pas à l’avantage du pouvoir. « Cette temporalité dilatée, en contradiction avec des promesses solennelles, fragilise la crédibilité de la parole publique et nourrit chez les citoyens un sentiment d’usure, voire de désaffection, pour qui l’absence de gouvernement devient le symptôme d’un pouvoir qui se reproduit plus qu’il ne se renouvelle », explique Paul-Aarons Ngomo, universitaire, enseignant de philosophie et sciences politiques aux États-Unis. Le pays vit, sous Paul Biya, 93 ans, dont 44 de magistrature suprême, ce qu’un autre universitaire a appelé, « le gouvernement perpétuel ».
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