C’est l’histoire d’un vertigineux effet miroir judiciaire. Alors que le Pool judiciaire financier accuse la société Lansar Auto et son Directeur général, Mahmadane Sarr, d’avoir orchestré une escroquerie de 13, 6 milliards de F Cfa au préjudice de l’Etat, une note explicative détaillée révèle une réalité tout autre. Documents à l’appui, l’entreprise affirme détenir sur l’Administration sénégalaise une créance colossale de plus de 23 milliards de F Cfa, née de prestations de services validées et de conventions de dette non honorées. Entre véhicules de luxe toujours utilisés par de hauts fonctionnaires, saisies massives de l’Onrac et comptes bancaires dans le rouge, plongée au cœur d’un dossier explosif où «le statut de créancier semble s’être brutalement mué en celui de suspect».
Accusé d’escroquerie sur les deniers publics et de blanchiment, le Directeur général de Lansar Auto, Mahmadane Sarr, est sous mandat de dépôt depuis le 13 janvier 2025. Pourtant, une note explicative révélée par la société démontre une réalité inverse : une créance vertigineuse de plus de 23 milliards de F Cfa que l’Etat du Sénégal tarde à honorer, plongeant l’entreprise dans une paralysie quasi totale. Un placement sous mandat de dépôt aux allures de paradoxe ?
Tout commence par une Déclaration d’opération suspecte (Dos) de Coris Bank, s’étonnant de flux réguliers de 300 millions de F Cfa sur le compte de la société Lansar Auto Suarl. Malgré les «justificatifs fournis», d’après le service de communication de la société, le rouleau compresseur judiciaire s’est mis en marche. Le 13 janvier 2025, Mahmadane Sarr a été placé sous mandat de dépôt par le Pool judiciaire financier (Pjf) pour des chefs d’inculpation graves : association de malfaiteurs, escroquerie sur les deniers publics (13, 6 milliards F Cfa), faux en écriture publique et blanchiment de capitaux.
Pourtant, la défense de l’entrepreneur dénonce une procédure sans audition au fond ni enquête préalable constatée, alors que les sommes incriminées correspondraient à des règlements fractionnés du Trésor public pour des prestations dûment exécutées.
L’Etat du Sénégal, premier débiteur de Lansar Auto
Le dossier financier présenté par la société est sans appel. Loin d’avoir spolié les caisses de l’Etat, Lansar Auto se présente comme son créancier principal avec une dette consolidée exigible de 23 812 382 061 F Cfa. Cette ardoise concerne principalement le Ministère des finances et du budget (Mfb), qui lui devrait 21, 4 milliards F Cfa. Une convention de dette et de titrisation, supervisée par l’Agent judiciaire de l’Etat, avait même été formalisée pour 14, 9 milliards, assortie d’échéances de paiement non respectées à ce jour. Elle cite aussi d’autres démembrements de l’Etat : Plus de 2, 3 milliards F Cfa dus par la Primature, l’Onas, l’Ageroute ou encore le ministère des Affaires étrangères.
Plus frappant encore, la note révèle que des véhicules de luxe appartenant à la société sont toujours en cours d’utilisation par de hauts responsables du Mfb et de la Direction du budget, malgré un arrêté de suspension datant de mars 2024.
Des saisies massives et un préjudice industriel
La situation actuelle de Lansar Auto est critique. L’activité de l’entreprise a chuté de 95%. Au-delà de l’emprisonnement de son dirigeant, l’Onrac a procédé à la saisie de plus de 100 véhicules de luxe, estimés à plus de 10 milliards de F Cfa. Certains auraient déjà été vendus aux enchères ou remis à la disposition de l’Etat sans compensation pour le propriétaire.
Face aux accusations de proximité politique avec l’ancien régime, Mahmadane Sarr est catégorique : il affirme n’avoir jamais rencontré Macky Sall, ni son fils. Paradoxalement, il souligne avoir soutenu logistiquement les responsables de l’actuel parti au pouvoir (Pastef) lors des campagnes de 2019 et du «Némékou Tour», dont certaines factures resteraient d’ailleurs impayées.
L’incompréhension face au «blanchiment»
Pour la défense, l’accusation de blanchiment est «incompréhensible». Pour pallier les défauts de paiement de l’Etat sénégalais et honorer ses engagements auprès de ses fournisseurs, M. Sarr avait dû solliciter des partenaires bancaires dans la zone Uemoa (Côte d’Ivoire, Mali).
Aujourd’hui, l’entreprise se retrouve prise en étau entre un Etat qui ne paie pas ses dettes et des banques locales (Société Générale, Sunu Bank, Coris Bank) qui engagent des procédures judiciaires pour recouvrer 6, 8 milliards de F Cfa d’engagements non honorés par Lansar Auto.
Le dossier Lansar Auto pose désormais une question de fond sur la gestion des créances privées par l’Administration sénégalaise et la protection des investisseurs locaux face aux aléas des transitions politiques et judiciaires.
Le Quotiden
Accusé d’escroquerie sur les deniers publics et de blanchiment, le Directeur général de Lansar Auto, Mahmadane Sarr, est sous mandat de dépôt depuis le 13 janvier 2025. Pourtant, une note explicative révélée par la société démontre une réalité inverse : une créance vertigineuse de plus de 23 milliards de F Cfa que l’Etat du Sénégal tarde à honorer, plongeant l’entreprise dans une paralysie quasi totale. Un placement sous mandat de dépôt aux allures de paradoxe ?
Tout commence par une Déclaration d’opération suspecte (Dos) de Coris Bank, s’étonnant de flux réguliers de 300 millions de F Cfa sur le compte de la société Lansar Auto Suarl. Malgré les «justificatifs fournis», d’après le service de communication de la société, le rouleau compresseur judiciaire s’est mis en marche. Le 13 janvier 2025, Mahmadane Sarr a été placé sous mandat de dépôt par le Pool judiciaire financier (Pjf) pour des chefs d’inculpation graves : association de malfaiteurs, escroquerie sur les deniers publics (13, 6 milliards F Cfa), faux en écriture publique et blanchiment de capitaux.
Pourtant, la défense de l’entrepreneur dénonce une procédure sans audition au fond ni enquête préalable constatée, alors que les sommes incriminées correspondraient à des règlements fractionnés du Trésor public pour des prestations dûment exécutées.
L’Etat du Sénégal, premier débiteur de Lansar Auto
Le dossier financier présenté par la société est sans appel. Loin d’avoir spolié les caisses de l’Etat, Lansar Auto se présente comme son créancier principal avec une dette consolidée exigible de 23 812 382 061 F Cfa. Cette ardoise concerne principalement le Ministère des finances et du budget (Mfb), qui lui devrait 21, 4 milliards F Cfa. Une convention de dette et de titrisation, supervisée par l’Agent judiciaire de l’Etat, avait même été formalisée pour 14, 9 milliards, assortie d’échéances de paiement non respectées à ce jour. Elle cite aussi d’autres démembrements de l’Etat : Plus de 2, 3 milliards F Cfa dus par la Primature, l’Onas, l’Ageroute ou encore le ministère des Affaires étrangères.
Plus frappant encore, la note révèle que des véhicules de luxe appartenant à la société sont toujours en cours d’utilisation par de hauts responsables du Mfb et de la Direction du budget, malgré un arrêté de suspension datant de mars 2024.
Des saisies massives et un préjudice industriel
La situation actuelle de Lansar Auto est critique. L’activité de l’entreprise a chuté de 95%. Au-delà de l’emprisonnement de son dirigeant, l’Onrac a procédé à la saisie de plus de 100 véhicules de luxe, estimés à plus de 10 milliards de F Cfa. Certains auraient déjà été vendus aux enchères ou remis à la disposition de l’Etat sans compensation pour le propriétaire.
Face aux accusations de proximité politique avec l’ancien régime, Mahmadane Sarr est catégorique : il affirme n’avoir jamais rencontré Macky Sall, ni son fils. Paradoxalement, il souligne avoir soutenu logistiquement les responsables de l’actuel parti au pouvoir (Pastef) lors des campagnes de 2019 et du «Némékou Tour», dont certaines factures resteraient d’ailleurs impayées.
L’incompréhension face au «blanchiment»
Pour la défense, l’accusation de blanchiment est «incompréhensible». Pour pallier les défauts de paiement de l’Etat sénégalais et honorer ses engagements auprès de ses fournisseurs, M. Sarr avait dû solliciter des partenaires bancaires dans la zone Uemoa (Côte d’Ivoire, Mali).
Aujourd’hui, l’entreprise se retrouve prise en étau entre un Etat qui ne paie pas ses dettes et des banques locales (Société Générale, Sunu Bank, Coris Bank) qui engagent des procédures judiciaires pour recouvrer 6, 8 milliards de F Cfa d’engagements non honorés par Lansar Auto.
Le dossier Lansar Auto pose désormais une question de fond sur la gestion des créances privées par l’Administration sénégalaise et la protection des investisseurs locaux face aux aléas des transitions politiques et judiciaires.
Le Quotiden

