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Blouf, Kalounayes, îles Karone : L’alerte des agriculteurs sur l’avancée du sel

Lundi 24 Mars 2025

La salinisation des terres est devenue une préoccupation majeure dans le département de Bignona, notamment dans les Kalounayes, le Blouf et les îles, où les vallées subissent les conséquences dévastatrices de ce phénomène. Elle impacte gravement la production agricole, rendant les ménages, en particulier ceux qui pratiquent la riziculture, de plus en plus vulnérables.


Dans la commune de Ouonck, Malamine Sané, habitant de la localité, témoigne que pratiquement toutes les vallées sont envahies par le sel, réduisant drastiquement les superficies cultivables. Désemparées, les populations cherchent désespérément des solutions pour freiner l’avancée de cette langue salée, mais en vain.


Dans la vallée d’Affiniam, située dans la commune de Mangangoulack, la situation est particulièrement alarmante. Stanislas Diémé, président de la coopérative Erongen Nketam d’Affiniam, estime qu’environ 20 % des cours d’eau sont désormais abandonnés à cause de l’intrusion du sel. « Il ne faut pas oublier que l’eau de certains de ces cours d’eau est maintenant contaminée par le sel, ce qui la rend impropre à la consommation », souligne-t-il.


Dans les localités du Blouf, la situation est tout aussi préoccupante. Les rivières sont également touchées par la salinisation, entraînant une baisse significative de la production de riz ainsi que des semences. Omar Diedhiou, membre de la coopérative Blouf Emano, déplore cette situation : « Autrefois, nous cultivions une grande quantité de riz, y compris des semences certifiées. Mais aujourd’hui, cette production a chuté en raison de la salinité. Les terres que nous cultivions sont désormais fortement affectées par le sel. »


Dans les îles Karone, en plus de gagner les rizières – dont une bonne partie n’est plus cultivable –, l’avancée de la mer menace également les côtes, comme à Hitou, Boko et Boune. Youssouph Diatta, agent de développement intervenant dans la commune de Kafountine dans le cadre d’un projet, alerte sur l’ampleur du phénomène.


Face à ce fléau, les producteurs locaux tentent de construire des digues anti-sel. « Nous mettons en place nos propres méthodes pour créer des digues avec nos “kadiandou” afin d’empêcher le sel de contaminer nos surfaces cultivables. Cependant, nos moyens, très limités et rudimentaires, sont inefficaces face à cette avancée du sel », confie un agriculteur.

Il ajoute : « En cas d’invasion saline, nos surfaces cultivables diminuent drastiquement, ce qui a un impact considérable sur notre production, notamment celle du riz. Nous dépendons de l’eau de pluie pour nos cultures. Sans elle, nous ne pouvons pas cultiver. Et si la salinité continue d’envahir nos terres, notre production chutera davantage. »


Parallèlement aux méthodes traditionnelles visant à atténuer la salinité des terres, l’Institut sénégalais de recherche agricole (ISRA) met en œuvre des stratégies de compostage pour lutter contre ce phénomène. Paterne Diatta, directeur de l’institut, explique : « Aujourd’hui, nous développons des plateformes de compostage avec des formules permettant de réduire le niveau de salinité observé dans ces écosystèmes. »


La salinisation des terres a poussé de nombreux producteurs à abandonner complètement la culture du riz. Pour revitaliser les vallées, les populations réclament des aménagements modernes et la construction d’un barrage. Cette situation représente une menace sérieuse pour le développement des activités agricoles, notamment la riziculture et d’autres cultures vivrières.

Selon les acteurs concernés, il est urgent de trouver des solutions immédiates et durables afin qu’ils puissent récupérer leurs terres, surtout dans la perspective d’atteindre la souveraineté alimentaire tant souhaitée par les nouvelles autorités du pays.


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