Ce vendredi est jour férié en RDC, en hommage à Laurent-Désiré Kabila, président tué il y a 25 ans, jour pour jour. Quel souvenir en gardent-ils ? Sa résistance à une première attaque du Rwanda trouve-t-elle un écho dans le Congo d'aujourd'hui ? Les commanditaires de son assassinat sont-ils enfin identifiés ? L'historien Isidore Ndaywel est professeur à l'université de Kinshasa et siège à l'Académie congolaise des sciences. Il est aussi le vice-président de l'Académie africaine des sciences religieuses, sociales et politiques
Le 16 janvier 2001, dans un climat de méfiance et de tensions internes, Laurent-Désiré Kabila succombait aux balles dans son bureau du Palais de Marbre à Kinshasa. L'identité du principal commanditaire de cet acte reste entourée de mystère, alimentant spéculations et théories. Officiellement, c’est un de ses gardes du corps, Rachidi Kasereka, qui aurait tiré, avant d’être abattu par les forces de sécurité. Cependant, cette version est largement contestée par les analystes, qui pointent des luttes d’influence internes et externes, évoquant même l’implication de puissances étrangères intéressées par les ressources minières de la RDC.
Les faits
Une fois, une deuxième et encore une troisième. « Paw ». À plusieurs centaines de mètres à la ronde, les détonations ont suspendu le temps. Il est à peine 14 heures ce samedi-là à Kinshasa, et la panique s’empare du palais de Marbre : cela vient du bureau du président. Un homme en sort subitement : c’est Rachidi Kasereka, l’un des gardes du corps de Laurent-Désiré Kabila, qui court à toute vitesse. Le jeune homme est vite stoppé par Chiribagula Mulumba, un autre garde, qui lui tire dans les jambes. Aussitôt, Eddy Kapend, l’aide du camp du président, débarque et abat Rachidi. Dans son bureau, à quelques pas de là, le président est inconscient. Il a trois balles dans le corps, dont une dans la tête, tirée à bout portant. Avachi sur son large fauteuil beige, dans son complet vert kaki, le colosse est sans doute déjà mort. Mais les Congolais ne l’apprendront que 54 heures plus tard. Officiellement, le Mzee n’est que blessé.
Ce 16 janvier 2001 avait pourtant débuté paisiblement. Laurent-Désiré Kabila avait reçu le ministre de la Santé puis un représentant étranger, avant qu’Emile Mota Ndongo, son directeur de cabinet adjoint chargé de l’économie, n’arrive à la mi-journée. Les deux hommes avaient encore quelques dossiers à survoler pour préparer le sommet Afrique-France de Yaoundé, où le chef de l’État devait se rendre le lendemain. La matinée avait été si tranquille que Constantin Nono Lutula, le conseiller à la sécurité du président, n’avait reçu aucun des habituels appels préoccupés de son chef.
Depuis quelques temps, Laurent-Désiré Kabila était stressé. Il avait sans cesse peur pour sa vie. « Lorsqu’il entendait un avion voler à basse altitude, il m’appelait tout de suite : “Qu’est-ce que c’est ?!”, se souvient Constantin Nono Lutula. La situation était extrêmement compliquée, nous avions des ennemis partout, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Je passais mon temps à lui faire des rapports. » Un diplomate se rappelle l’étrange attitude du président congolais, qu’il avait vu peu de temps auparavant : « On ne le sentait pas bien, il semblait même un peu fou ».
Paranoïaque, il avait justement choisi le palais de Marbre pour la sécurité qu’il offrait. Après sa prise de pouvoir, en 1997, il avait vite déménagé du Palais des nations, qu’il estimait à portée de tir de la capitale ennemie, Brazzaville, de l’autre rive du fleuve Congo. Puis il avait délaissé la Cité de l’Union africaine : il se méfiait du camp Tsahi, qu’il devait traverser tous les jours pour s’y rendre. Il se racontait que les militaires y étaient des fidèles de Mobutu.
Sur sa petite butte, l’humble palais de Marbre semblait plus à l’abri. Laurent-Désiré Kabila y avait installé sa famille dans un bâtiment, ses bureaux dans un autre, et ses plus proches collaborateurs dans les annexes. En ce jour de week-end, le bâtiment n’était gardé que par une trentaine de personnes. Mais c’était des kadogos, ces gamins dont Kabila avait fait des soldats et qui avaient traversé le pays pour marcher avec lui sur Kinshasa. Des fidèles, des insoupçonnables. Qui aurait eu l’idée de se méfier de Rachidi Kazereka lorsqu’il a demandé à parler au président ? Le jeune garçon n’a eu qu’à entrer par la porte de service et à sortir son arme.
L’homme qui voulait changer la RDC
Arrivé au pouvoir en mai 1997, après une rébellion éclair soutenue par plusieurs forces régionales, Laurent-Désiré Kabila avait promis de redonner au peuple congolais sa souveraineté. Sa vision d’un Congo libre de la tutelle étrangère et gouverné dans l’intérêt des citoyens résonnait comme un puissant appel au patriotisme.
Toutefois, son mandat fut marqué par de nombreux défis : guerres, instabilité politique et pressions internationales. Kabila n’hésita pas à affronter les multinationales et les gouvernements étrangers qu’il accusait de piller les ressources du pays, ce qui le plaça rapidement dans une position fragile.
Il s’écoule seulement quelques minutes avant que Constantin Nono Lutula soit informé du drame. Son adjoint, Justin Kalumba, l’appelle : « Il se passe quelque chose d’étrange, un hélicoptère est en train de décoller avec le corps du président ». Le conseiller à la sécurité se précipite à la clinique du Mont Ngaliema. C’est là qu’est envoyé le chef de l’État, dans un drap tâché de sang. Les sécurocrates du régime s’appellent sans cesse : « J’ai eu plusieurs fois Eddy Kapend au téléphone. Il était tellement en colère que sa voix en tremblait », raconte aujourd’hui Nono Lutula.
Décision est prise de conduire le corps au Zimbabwe, le principal allié du régime dans la région. Quoi de mieux pour dissimuler son état ? Le personnel médical présent à la clinique est prié de monter dans l’avion également. Autant de témoins contraints au silence.
Un héritage contrasté
Aujourd’hui, Laurent-Désiré Kabila est perçu de manière ambivalente. Pour ses partisans, il reste un héros national, un révolutionnaire visionnaire qui a osé défier l’ordre mondial pour défendre les intérêts du Congo. Pour ses détracteurs, il incarne une figure autocratique, incapable de répondre aux aspirations démocratiques de son peuple.
Après sa mort, son fils, Joseph Kabila, lui succéda, inaugurant une transition controversée qui marqua deux décennies de gouvernance. Ce passage dynastique a soulevé des interrogations sur l’avenir de la démocratie en RDC.
Le 16 janvier 2001, dans un climat de méfiance et de tensions internes, Laurent-Désiré Kabila succombait aux balles dans son bureau du Palais de Marbre à Kinshasa. L'identité du principal commanditaire de cet acte reste entourée de mystère, alimentant spéculations et théories. Officiellement, c’est un de ses gardes du corps, Rachidi Kasereka, qui aurait tiré, avant d’être abattu par les forces de sécurité. Cependant, cette version est largement contestée par les analystes, qui pointent des luttes d’influence internes et externes, évoquant même l’implication de puissances étrangères intéressées par les ressources minières de la RDC.
Les faits
Une fois, une deuxième et encore une troisième. « Paw ». À plusieurs centaines de mètres à la ronde, les détonations ont suspendu le temps. Il est à peine 14 heures ce samedi-là à Kinshasa, et la panique s’empare du palais de Marbre : cela vient du bureau du président. Un homme en sort subitement : c’est Rachidi Kasereka, l’un des gardes du corps de Laurent-Désiré Kabila, qui court à toute vitesse. Le jeune homme est vite stoppé par Chiribagula Mulumba, un autre garde, qui lui tire dans les jambes. Aussitôt, Eddy Kapend, l’aide du camp du président, débarque et abat Rachidi. Dans son bureau, à quelques pas de là, le président est inconscient. Il a trois balles dans le corps, dont une dans la tête, tirée à bout portant. Avachi sur son large fauteuil beige, dans son complet vert kaki, le colosse est sans doute déjà mort. Mais les Congolais ne l’apprendront que 54 heures plus tard. Officiellement, le Mzee n’est que blessé.
Ce 16 janvier 2001 avait pourtant débuté paisiblement. Laurent-Désiré Kabila avait reçu le ministre de la Santé puis un représentant étranger, avant qu’Emile Mota Ndongo, son directeur de cabinet adjoint chargé de l’économie, n’arrive à la mi-journée. Les deux hommes avaient encore quelques dossiers à survoler pour préparer le sommet Afrique-France de Yaoundé, où le chef de l’État devait se rendre le lendemain. La matinée avait été si tranquille que Constantin Nono Lutula, le conseiller à la sécurité du président, n’avait reçu aucun des habituels appels préoccupés de son chef.
Depuis quelques temps, Laurent-Désiré Kabila était stressé. Il avait sans cesse peur pour sa vie. « Lorsqu’il entendait un avion voler à basse altitude, il m’appelait tout de suite : “Qu’est-ce que c’est ?!”, se souvient Constantin Nono Lutula. La situation était extrêmement compliquée, nous avions des ennemis partout, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Je passais mon temps à lui faire des rapports. » Un diplomate se rappelle l’étrange attitude du président congolais, qu’il avait vu peu de temps auparavant : « On ne le sentait pas bien, il semblait même un peu fou ».
Paranoïaque, il avait justement choisi le palais de Marbre pour la sécurité qu’il offrait. Après sa prise de pouvoir, en 1997, il avait vite déménagé du Palais des nations, qu’il estimait à portée de tir de la capitale ennemie, Brazzaville, de l’autre rive du fleuve Congo. Puis il avait délaissé la Cité de l’Union africaine : il se méfiait du camp Tsahi, qu’il devait traverser tous les jours pour s’y rendre. Il se racontait que les militaires y étaient des fidèles de Mobutu.
Sur sa petite butte, l’humble palais de Marbre semblait plus à l’abri. Laurent-Désiré Kabila y avait installé sa famille dans un bâtiment, ses bureaux dans un autre, et ses plus proches collaborateurs dans les annexes. En ce jour de week-end, le bâtiment n’était gardé que par une trentaine de personnes. Mais c’était des kadogos, ces gamins dont Kabila avait fait des soldats et qui avaient traversé le pays pour marcher avec lui sur Kinshasa. Des fidèles, des insoupçonnables. Qui aurait eu l’idée de se méfier de Rachidi Kazereka lorsqu’il a demandé à parler au président ? Le jeune garçon n’a eu qu’à entrer par la porte de service et à sortir son arme.
L’homme qui voulait changer la RDC
Arrivé au pouvoir en mai 1997, après une rébellion éclair soutenue par plusieurs forces régionales, Laurent-Désiré Kabila avait promis de redonner au peuple congolais sa souveraineté. Sa vision d’un Congo libre de la tutelle étrangère et gouverné dans l’intérêt des citoyens résonnait comme un puissant appel au patriotisme.
Toutefois, son mandat fut marqué par de nombreux défis : guerres, instabilité politique et pressions internationales. Kabila n’hésita pas à affronter les multinationales et les gouvernements étrangers qu’il accusait de piller les ressources du pays, ce qui le plaça rapidement dans une position fragile.
Il s’écoule seulement quelques minutes avant que Constantin Nono Lutula soit informé du drame. Son adjoint, Justin Kalumba, l’appelle : « Il se passe quelque chose d’étrange, un hélicoptère est en train de décoller avec le corps du président ». Le conseiller à la sécurité se précipite à la clinique du Mont Ngaliema. C’est là qu’est envoyé le chef de l’État, dans un drap tâché de sang. Les sécurocrates du régime s’appellent sans cesse : « J’ai eu plusieurs fois Eddy Kapend au téléphone. Il était tellement en colère que sa voix en tremblait », raconte aujourd’hui Nono Lutula.
Décision est prise de conduire le corps au Zimbabwe, le principal allié du régime dans la région. Quoi de mieux pour dissimuler son état ? Le personnel médical présent à la clinique est prié de monter dans l’avion également. Autant de témoins contraints au silence.
Un héritage contrasté
Aujourd’hui, Laurent-Désiré Kabila est perçu de manière ambivalente. Pour ses partisans, il reste un héros national, un révolutionnaire visionnaire qui a osé défier l’ordre mondial pour défendre les intérêts du Congo. Pour ses détracteurs, il incarne une figure autocratique, incapable de répondre aux aspirations démocratiques de son peuple.
Après sa mort, son fils, Joseph Kabila, lui succéda, inaugurant une transition controversée qui marqua deux décennies de gouvernance. Ce passage dynastique a soulevé des interrogations sur l’avenir de la démocratie en RDC.
Entre nostalgie d’un nationalisme pur et critiques acerbes sur ses alliances stratégiques, Laurent-Désiré Kabila reste un personnage dont l’ombre plane sur les défis sécuritaires actuels de la RDC.
Il se faisait appeler « le soldat du peuple ». Aujourd’hui encore, il est un symbole de résistance, le portevoix d’un nationalisme de souveraineté et une référence morale condensée dans la formule « ne jamais trahir le Congo ». Pour les autres, il incarne tout le contraire. Le point de bascule : l’homme par qui l’infiltration a commencé, ouvrant la boîte de Pandore des ingérences rwandaises et ougandaises.
Chadrack Lubanzadio estime que Laurent-Désiré Kabila incarne trois piliers fondamentaux : « D’abord, la rupture avec les 32 ans de dictature de Mobutu. Ensuite, la souveraineté, puisqu’il incarne un "non" aux ingérences étrangères. Enfin, la dignité, prônant l’auto-prise en charge du peuple ». Pour lui, le Mzee représente aujourd'hui l’idée qu’un peuple doit se prendre en charge par lui-même pour être réellement libre et indépendant.
Pour Fortifi Lushima, président des gardiens de la souveraineté congolaise, Laurent-Désiré Kabila incarne une figure rare dans la politique congolaise : « C’est un homme qui a commis des erreurs, qui les a reconnues, et qui a donné sa vie pour tenter de les réparer. Il a lutté jusqu’à la mort pour dégager le pays du piège géopolitique tendu par ses anciens alliés. C’est rare, c’est singulier, et c’est exceptionnel. Rien que pour cela, il mérite l’honneur national », insiste-t-il, soulignant son évolution d’un rebelle affaibli à un président défiant l’hyperpuissance américaine post-Guerre froide.
« Kabila Mzee représente la résistance contre la tyrannie », estime Massimbo Mufaji Kilobo, militant panafricaniste. Il considère Kabila comme un « Lumumbiste enraciné », prêt à tout pour laver l’honneur de son héros. « C’était un patriote qui était prêt à dire non sans aucune hésitation à l’hégémonie occidentale sur son peuple, prêt à briser toute alliance politique ou étatique qui ne bénéficiait pas principalement à son peuple ». Et d’ajouter : « Mzee était un résistant amoureux, jaloux et maladif de son peuple ».
Historien et professeur à l'université de Kinshasa, Isidore Ndaywel E Nziem siège à l'Académie congolaise des sciences. Il est aussi le vice-président de l'Académie africaine des sciences religieuses, sociales et politiques. Dans un entretien accordé à RFI, il estime que le souvenir de Laurent-Désiré Kabila se décline en deux dimensions. D’une part, il lui attribue le mérite d’avoir permis à la société congolaise de renouer avec la mémoire de Patrice Lumumba et avec l’idéal de l’indépendance, longtemps occultés, manipulés et instrumentalisés durant la période mobutiste. D’autre part, il souligne l’héritage symbolique de la formule « Ne jamais trahir le Congo », transmise à la jeunesse congolaise comme un principe moral fondamental : « face aux épreuves et aux interventions extérieures, un Congolais ne doit jamais renier son pays », dit-il.
L’alliance fatale : le péché originel ?
Cependant, cette image de libérateur est loin d’être unanime. Elle est vigoureusement contestée par une partie de l’opinion congolaise, pour qui l’accession de Laurent-Désiré Kabila au pouvoir marque le point de départ des épreuves que traverse encore le pays. Un citoyen ayant requis l’anonymat exprime une position radicale, allant jusqu’à assimiler l’ancien chef de l’État à certaines figures contemporaines de la rébellion. « C’est lui qui a ouvert la voie. Il a signé avec les Rwandais pour leur donner une partie du pays et des richesses », affirme-t-il.
Ce témoignage remet également en cause la portée du slogan "Ne jamais trahir le Congo", souvent présenté comme une boussole morale. Pour ce détracteur, cette formule relèverait davantage d’un aveu tardif que d’un principe fondateur : « Laurent-Désiré Kabila a trahi le Congo. S’il a ensuite proclamé le fameux "ne jamais trahir le Congo", c’était pour se racheter, par culpabilité, après avoir compris que cette alliance était une erreur », soutient-il.
S’il reconnaît néanmoins que l’ancien président a accompli certaines actions positives, il estime que leurs effets restent largement éclipsés par l’ampleur des dommages causés au pays.
« Pourquoi célébrer quelqu’un qui a scellé un pacte dont les conséquences continuent, aujourd’hui encore, de coûter la vie à des Congolais ? », s’interroge-t-il, allant jusqu’à suggérer le retrait du statut de héros national accordé à Laurent-Désiré Kabila.
Il se faisait appeler « le soldat du peuple ». Aujourd’hui encore, il est un symbole de résistance, le portevoix d’un nationalisme de souveraineté et une référence morale condensée dans la formule « ne jamais trahir le Congo ». Pour les autres, il incarne tout le contraire. Le point de bascule : l’homme par qui l’infiltration a commencé, ouvrant la boîte de Pandore des ingérences rwandaises et ougandaises.
Chadrack Lubanzadio estime que Laurent-Désiré Kabila incarne trois piliers fondamentaux : « D’abord, la rupture avec les 32 ans de dictature de Mobutu. Ensuite, la souveraineté, puisqu’il incarne un "non" aux ingérences étrangères. Enfin, la dignité, prônant l’auto-prise en charge du peuple ». Pour lui, le Mzee représente aujourd'hui l’idée qu’un peuple doit se prendre en charge par lui-même pour être réellement libre et indépendant.
Pour Fortifi Lushima, président des gardiens de la souveraineté congolaise, Laurent-Désiré Kabila incarne une figure rare dans la politique congolaise : « C’est un homme qui a commis des erreurs, qui les a reconnues, et qui a donné sa vie pour tenter de les réparer. Il a lutté jusqu’à la mort pour dégager le pays du piège géopolitique tendu par ses anciens alliés. C’est rare, c’est singulier, et c’est exceptionnel. Rien que pour cela, il mérite l’honneur national », insiste-t-il, soulignant son évolution d’un rebelle affaibli à un président défiant l’hyperpuissance américaine post-Guerre froide.
« Kabila Mzee représente la résistance contre la tyrannie », estime Massimbo Mufaji Kilobo, militant panafricaniste. Il considère Kabila comme un « Lumumbiste enraciné », prêt à tout pour laver l’honneur de son héros. « C’était un patriote qui était prêt à dire non sans aucune hésitation à l’hégémonie occidentale sur son peuple, prêt à briser toute alliance politique ou étatique qui ne bénéficiait pas principalement à son peuple ». Et d’ajouter : « Mzee était un résistant amoureux, jaloux et maladif de son peuple ».
Historien et professeur à l'université de Kinshasa, Isidore Ndaywel E Nziem siège à l'Académie congolaise des sciences. Il est aussi le vice-président de l'Académie africaine des sciences religieuses, sociales et politiques. Dans un entretien accordé à RFI, il estime que le souvenir de Laurent-Désiré Kabila se décline en deux dimensions. D’une part, il lui attribue le mérite d’avoir permis à la société congolaise de renouer avec la mémoire de Patrice Lumumba et avec l’idéal de l’indépendance, longtemps occultés, manipulés et instrumentalisés durant la période mobutiste. D’autre part, il souligne l’héritage symbolique de la formule « Ne jamais trahir le Congo », transmise à la jeunesse congolaise comme un principe moral fondamental : « face aux épreuves et aux interventions extérieures, un Congolais ne doit jamais renier son pays », dit-il.
L’alliance fatale : le péché originel ?
Cependant, cette image de libérateur est loin d’être unanime. Elle est vigoureusement contestée par une partie de l’opinion congolaise, pour qui l’accession de Laurent-Désiré Kabila au pouvoir marque le point de départ des épreuves que traverse encore le pays. Un citoyen ayant requis l’anonymat exprime une position radicale, allant jusqu’à assimiler l’ancien chef de l’État à certaines figures contemporaines de la rébellion. « C’est lui qui a ouvert la voie. Il a signé avec les Rwandais pour leur donner une partie du pays et des richesses », affirme-t-il.
Ce témoignage remet également en cause la portée du slogan "Ne jamais trahir le Congo", souvent présenté comme une boussole morale. Pour ce détracteur, cette formule relèverait davantage d’un aveu tardif que d’un principe fondateur : « Laurent-Désiré Kabila a trahi le Congo. S’il a ensuite proclamé le fameux "ne jamais trahir le Congo", c’était pour se racheter, par culpabilité, après avoir compris que cette alliance était une erreur », soutient-il.
S’il reconnaît néanmoins que l’ancien président a accompli certaines actions positives, il estime que leurs effets restent largement éclipsés par l’ampleur des dommages causés au pays.
« Pourquoi célébrer quelqu’un qui a scellé un pacte dont les conséquences continuent, aujourd’hui encore, de coûter la vie à des Congolais ? », s’interroge-t-il, allant jusqu’à suggérer le retrait du statut de héros national accordé à Laurent-Désiré Kabila.


