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Quand Tamsir Jupiter Ndiaye se défendait : « J’ai été victime de toute sorte de commérages, mais j’ai réussi à avoir une peau de carapace »

Mercredi 14 Juin 2017

Le chroniqueur Tamsir Jupiter Ndiaye est décédé hier matin d’une crise d’épilepsie suite à son évacuation à l’Hôpital de Fann.  Jupiter avait une belle plume. Mais il était surtout connu comme étant un brillant analyste politique. EnQuête présente à sa famille éplorée ses sincères condoléances et propose à ses lecteurs quelques extraits  de l’entretien qu’il nous avait accordé en janvier 2016, alors qu’il venait d’être élargi de prison.

 

 ’’Mon drame, c’est d’avoir été une fois accusé’’

Après six mois d’emprisonnement pour des faits d’actes contre-nature, est-ce que Tamsir Jupiter Ndiaye peut toujours marcher la tête haute dans une société qui réprime l’homosexualité ?

Je peux marcher la tête haute en toute dignité, parce que je ne me reproche absolument rien du tout. J’ai été victime d’une conspiration et c’est avec cette épreuve que j’ai compris que la conspiration pouvait élire domicile dans des lieux insoupçonnés. C’est-à-dire la Police et la Justice. Tout ce qui a été dit, écrit et raconté est terriblement et honteusement faux.

A l’époque, certains ont même soutenu que vous avez besoin d’une thérapie.

Je ne suis ni psychologiquement ni mentalement malade. Je rends grâce à Dieu. Ceux qui le disent, je les comprends. Je ne peux pas vivre ce que j’ai vécu avec autant d’épreuves et de peines en bénéficiant du soutien moral de beaucoup de personnalités et me permettre de me retrouver dans des situations pareilles. C’est impensable. Mon drame, c’est d’avoir été une fois accusé.

Votre femme vous a-t-elle quitté et comment elle et votre famille ont vécu ces affaires ?

J’ai été très surpris par cette rumeur. Au Sénégal, nous sommes dans un pays de civilisation orale. La société concocte. On ragote. On procède à des commérages. On invente des forfaitures. Nous sommes dans une société où la parole fait des dégâts, où les gens éprouvent une sorte de délectation et de plaisir à inventer des monstruosités sur des personnes pour vouloir les détruire. Mon épouse est une grande dame. Elle n’est pas seulement mon épouse, mais mon amie et ma confidente. Le soutien qu’elle m’a apporté, personne ne me l’apporté, ni même ma mère. C’est un couple privé. Nous menons une vie privée et soudée. Tout le reste, ce sont des ragots.

Cette affaire, elle l’a vécue avec une grande dignité. Je l’ai connue depuis plus d’une dizaine d’années et elle sait ce dont je suis capable ou non. Elle me connaît dans son intimité et elle avait immédiatement compris. Je me souviens, la première chose qu’elle a eu à me dire en wolof : ‘’sà xol bu woyof dinala dugal ci lune ‘’ c’est-à-dire, tu es tellement généreux que cela se retourne contre toi. Ma famille également est une famille qui me connaît, qui m’a beaucoup soutenu.

Que répondez-vous à ceux qui disent que Jupiter doit casser sa plume, disparaître de la scène publique ?

Je ne réponds pas, parce que je considère que je suis un citoyen sénégalais qui est né et qui a grandi au Sénégal. J’ai été victime de toute sorte de commérages, mais j’ai réussi à avoir une peau de carapace. J’ai toujours subi et j’ai tenu et je compte tenir toujours.

Que pensez-vous de la politique pénale du Sénégal : est-ce que la prison est la solution ?

On doit revoir la politique pénale. Je constate qu’au Sénégal, les détentions préventives sont extrêmement longues et qu’on éprouve une certaine fierté à donner des peines lourdes. Il y a beaucoup de récidivistes et cela s’explique par le fait que quand on garde une personne longtemps dans un univers carcéral, celle-ci éprouve des difficultés à réintégrer la société. Si une fois elle retourne en prison, c’est comme si elle retrouvait son monde naturel. Donc, la politique pénale est à revoir, car pour moi, il y a des actes qui ne méritent pas certaines peines. Vous voyez une personne accusée à tort et acquittée au bout de cinq ans de détention préventive, cette personne quitte la prison pour aller reconstruire une nouvelle vie, car elle en avait déjà. Au Sénégal, nous n’avons pas un problème de justice, car nous avons l’un des meilleurs arsenaux juridiques d’Afrique.

Mais nous avons plutôt un problème de juge. Parce qu’un juge a beau porter une toge, c’est un être humain qui n’est pas soumis à l’infaillibilité. Le juge est un être humain qui a des sentiments, des convictions secrètes. C’est quelqu’un qui peut subir une corruption. La corruption dont parlait Me Mame Adama Guèye, elle n’est pas que financière, mais elle est aussi morale, parce que le juge, autant même qu’il est juge, il peut donner un verdict, selon ses convictions intimes, sa vision silencieuse de la société. Et c’est à partir de ce moment, qu’il peut asséner une peine. Le juge n’est ni un dieu ni un messie, mais un être qui vit et qui meurt. Qu’est-ce qu’on voit au Sénégal ? Deux personnes qui sont dans deux endroits différents peuvent commettre la même infraction et écoper des peines différentes. Pour moi, n’est pas Kéba Mbaye, Andrésia Vaz ou Abdoulaye Mathurin Diop qui veut. Il y a des juges qui ont posé le socle de l’institution judiciaire du Sénégal.

Est-ce à cause de ces rigueurs que vous avez été hospitalisé, au point qu’on ait parlé de votre état comateux?

Oui, parce que le stress, la solitude, le fait de se retrouver dans un état de névrotique provoque des crises épileptiques. Contrairement à ce qui a été dit, je n’étais pas dans le coma, mais il m’arrivait d’avoir des crises épileptiques. C’est pourquoi j’ai été hospitalisé. L’hôpital Principal s’est montré professionnel et humanitaire à mon endroit. En revanche, je me suis rendu compte que l’infirmerie de la prison a un grand problème. C’est une infirmerie d’une étroitesse inouïe, qui ne peut pas prendre en charge l’ensemble des détenus de la prison. Elle ne dispose même pas d’ambulance, en cas d’urgence. Le médecin et les infirmiers sont en train de mener toutes les batailles du monde afin de faire leur travail convenablement. On a l’impression que pour l’autorité d’Etat, on n’a pas besoin de faire certains efforts, or des personnes tombent malades.





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