Sénégal, retard de la production du champ gazier Yakar–Téranga, absence de troisième partenaire. Pétrosen, opérateur unique du gisement gazier Yakar–Téranga, est-il capable de relever les défis technologiques et financiers pour une bonne marche du projet Yakar–Téranga ?
L’économie de notre pays, le Sénégal, est variée : tourisme, pêche, agriculture et industrie, mais la guerre Iran–Israël l’a bouleversée. Le déficit public et l’endettement se creusent, et le chômage touche plus de 20 % de la population. Le gaz est donc vu par la population sénégalaise comme une potentielle source de nouveaux revenus.
Le projet gazier Yakar–Téranga, marqué par l’absence de troisième partenaire selon la programmation budgétaire et économique, fait l’objet de plusieurs mois de discussions et d’échanges sans qu’un consensus ne soit trouvé. Les gisements Yakar–Téranga sont situés dans le bloc Cayar offshore profond, entre 100 et 140 km au large des côtes de Cayar.
La découverte du champ gazier Yakar–Téranga a eu lieu en 2016 avec le forage du puits Téranga 1 du bloc Cayar offshore profond, mené par Kosmos Energy. Après l’entrée de BP dans l’accord d’association, les puits Yakar 1 et Yakar 2 ont été forés en 2017 et 2019, révélant des ressources estimées à environ 5 TCF (142 milliards de mètres cubes) pour Téranga et 15 TCF (425 milliards de mètres cubes) pour Yakar.
BP a ensuite accepté de se retirer du permis sans demander de compensation financière de la part de l’État ou des partenaires. La nouvelle coentreprise se compose désormais de Kosmos Energy Investments Sénégal Limited, qui détient 90 % des parts du projet, et de Pétrosen Holding, qui détient 10 %. Une option permet à Pétrosen Holding d’augmenter sa participation à 34 % au moment de la décision finale d’investissement (FID).
Dans ce nouveau cadre, la coentreprise prévoit une production de 630 MMScfj, répartie entre le marché domestique et l’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL). La quantité destinée au marché domestique sera comprise entre 150 MMScfj et 250 MMScfj pour répondre aux besoins de génération électrique et de consommation industrielle, en adéquation avec la stratégie Gas to Power et Gas to Industry. La décision finale d’investissement devait être attendue pour le premier trimestre 2026, tandis que la disponibilité du gaz pour le marché domestique était prévue entre 2028 et 2029.
Les raisons du retrait de Kosmos Energy
Kosmos Energy, qui détenait 90 % des parts du projet, s’est retirée en raison d’un désaccord avec le gouvernement sénégalais sur la destination du gaz produit. Le Sénégal souhaite privilégier le marché domestique, tandis que BP s’est focalisée sur le gaz naturel liquéfié (GNL) pour l’exportation sur le marché international.
Pétrosen Holding, opérateur unique : défis technologiques et financiers
Si l’enthousiasme politique est palpable, le défi technique qui attend Pétrosen est colossal. Être l’unique opérateur d’un gisement de cette envergure nécessite des capacités de financement et une expertise technologique que peu de compagnies nationales possèdent seules.
Les observateurs, et même l’ensemble des Sénégalais, s’interrogent sur la capacité de l’État à mobiliser les milliards de dollars nécessaires au développement du projet sans partenaire de poids. Pétrosen Holding devra mobiliser d’importantes ressources financières pour développer le gisement et gérer les risques technologiques et industriels. Elle devra également se doter d’une main-d’œuvre qualifiée.
Les options pour l’État du Sénégal
Pour poursuivre le champ gazier Yakar–Téranga, le Sénégal a deux options :
- Développer seul le projet : ce qui représente un risque pour l’État du Sénégal, car un projet d’une telle envergure impliquerait des efforts financiers considérables pour le gouvernement et Pétrosen Holding.
- Trouver un nouveau partenaire international : ce qui serait un choix pertinent pour un pays comme le Sénégal, classé par la Banque mondiale parmi les pays les plus pauvres et par le FMI parmi les plus endettés. Cela permettrait de partager les risques et les coûts. L’absence de troisième partenaire pourrait retarder la mise en production.
Projection des recettes et dépenses
Rente du champ gazier Yakar–Téranga :
- 2025–2027 : les recettes totales issues de l’exploitation des hydrocarbures sur cette période triennale sont estimées à 576,3 milliards de francs CFA
- 2025 : 127,7 milliards de francs CFA
- 2026 : 205,4 milliards de francs CFA
Un projet aussi important est ralenti par une absence de consensus sur le partenariat, ce que certains jugent préoccupant pour la gouvernance du secteur énergétique. Le Sénégal comptait beaucoup sur ce champ gazier Yakar–Téranga pour assurer sa souveraineté énergétique et alimenter le marché domestique, afin d’alléger les factures d’électricité.
Le gisement gazier Yakar–Téranga est considéré comme une pièce maîtresse du réseau gazier du Sénégal, créé en 2019 pour servir le marché local. Pétrosen Holding, société nationale du pétrole du Sénégal, se retrouve seule opératrice d’un projet aussi complexe. La question demeure : est-elle capable de relever le défi technique à 3 000 mètres de profondeur et les risques financiers estimés à plus de 7 milliards de dollars ?
En cas de troisième partenaire, le Sénégal pourrait être majoritaire dans le projet avec 34 % de parts de production. Les recettes sont estimées à 576,3 milliards de francs CFA sur trois ans (2026 à 2028).
Le président de la République et son Premier ministre sont accusés par certains observateurs de retards dans la mise en œuvre du projet énergétique. Le Sénégal serait ainsi dans une situation de blocage liée à l’absence de troisième partenaire.
Commission de l’énergie du FNCL (Fédération nationale des cadres libéraux) – PDS
Dr Babacar Sarr, président de la commission de l’énergie
Secrétaire nationale adjointe chargée de l’énergie – PDS

