Pour l'ancienne ministre de la culture, Penda Mbow, l'ascension d'Ousmane Sonko est le fruit d'une absence de mobilité sociale et d'une frustration massive de la jeunesse face à l'accaparement des ressources par une minorité. Si elle reconnaît qu'il incarne une « rupture symbolique » et une « colère légitime », elle nuance la portée de ce mouvement. « Un mouvement révolutionnaire est toujours accompagné, au moment du surgissement, d’une pensée intellectuelle puissante », rappelle l'historienne, estimant que cette dimension structurante fait défaut au projet actuel.
L'autre limite majeure soulignée par la politologue est la place de la confrontation dans la trajectoire du leader. Elle avertit qu'une révolution s'enracinant dans la violence risque de reproduire les dérives qu'elle combat une fois installée au pouvoir. « Un mouvement né de la violence ne peut transformer la société sans s’en libérer intellectuellement et moralement », ajoute-t-elle.
Elle met également en garde contre une « personnalisation excessive » qui affaiblit la démocratie en rendant le pouvoir « émotionnel, voire messianique » au détriment des institutions. Elle rappelle que gouverner exige une retenue et une exemplarité que la polarisation actuelle pourrait compromettre.
Selon la grille de lecture de Penda Mbow, les grands transformateurs de l’histoire, à l'image de Gandhi ou Mandela, tirent leur grandeur de leur capacité d'inspiration plutôt que de leur simple gestion de l'État. Elle suggère qu’Ousmane Sonko est davantage un « catalyseur » et un « révélateur de crise » qu’un homme d’État destiné à gouverner.
En conclusion, l'historienne estime que, par cohérence historique, Ousmane Sonko ne devrait pas prétendre au pouvoir exécutif. Son utilité serait plus grande en tant qu’« aiguillon intellectuel et morale ». Selon elle, il a déjà accompli l'essentiel en réveillant les consciences et en politisant la jeunesse. « Vouloir aller plus loin, en s’installant au sommet de l’État, pourrait paradoxalement affaiblir ce qu’il a contribué à faire naître », dit-elle.

