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NIGER : Intervention militaire à hauts risques

Samedi 12 Août 2023

Deux semaines après le coup d’Etat qui a renversé le président Mohamed Bazoum, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest redoute une escalade guerrière. Pour la France et les Etats-Unis, la possibilité ou non de maintenir une forme de présence militaire sur place est cruciale.


En Afrique de l’Ouest, le temps ne joue pas en faveur de la démocratie. Plus les jours passent et plus manifeste apparaît le malaise des Etats de la région dans leur tentative de rétablir l’ordre constitutionnel au Niger, le quatrième des quinze pays de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) à être visé en trois ans par un coup d’Etat militaire. Deux semaines après celui qui a renversé le président Mohamed Bazoum, élu en 2021, l’organisation a baissé le ton, lors d’un sommet réunissant ses membres à Abuja (Nigeria), jeudi 10 août.


Plus question d’un « ultimatum » en vue d’un « recours à la force » comme au lendemain du putsch. La Cedeao, si elle a ordonné « le déploiement de [s]a force en attente », dit donner la « priorité aux négociations diplomatiques et au dialogue ». Les dirigeants des pays d’Afrique de l’Ouest sont unis par la crainte de subir le même sort que M. Bazoum, que les putschistes menacent d’exécuter en cas d’intervention extérieure. Mais leurs tentatives de médiation ont été rejetées et leurs responsables sont divisés, redoutant une escalade guerrière régionale dont les opposants politiques ainsi que les djihadistes pourraient tirer profit.

L’impasse dans laquelle se débat la Cedeao n’est guère étonnante. Cette organisation dispose sur le papier d’une force militaire destinée à rétablir la légalité constitutionnelle, mais elle ne l’a déployée lors d’aucun des récents coups d’Etat, ni en Guinée et au Mali en 2021, ni au Burkina Faso en 2022. Cette fois, même si le général Tiani, auteur du putsch à Niamey, peut difficilement justifier ses actes par un échec sécuritaire contre les groupes djihadistes, que l’armée nigérienne, épaulée par 2 500 militaires français et américains, contient plutôt efficacement, les frustrations accumulées par la population nigérienne au niveau de pauvreté record et la force de la rhétorique antifrançaise de la junte rendent toute intervention extérieure extrêmement complexe.


L’inertie des pays de la région, dont plusieurs ont longtemps été sous l’influence de Paris, ne fait que mettre en lumière la relégation au second plan de la France, réduite à la discrétion afin de limiter les risques d’embrasement. Pour les Américains comme pour les Français, le Niger, carrefour entre Sahel, Afrique du Nord et Afrique de l’Ouest, est le lieu pivot d’une double lutte : contre les groupes djihadistes et contre l’influence russe en Afrique. La nécessité de préserver cette plate-forme stratégique, alors que Paris sert de chiffon rouge à la junte, place Washington en première ligne. Pour les deux pays, la possibilité ou non de maintenir une forme de présence militaire sur place s’avère cruciale.


Les Américains, qui, comme les Français, ont formé bien des militaires devenus putschistes, tentent de maintenir et d’utiliser les liens tissés avec les hauts gradés nigériens sortis de leurs écoles militaires. Ils évitent de parler de « coup d’Etat », expression qui conduirait mécaniquement au gel de l’aide militaire de Washington, ce que ni eux-mêmes ni les putschistes ne souhaitent. Entre accommodement avec la junte, destiné à éviter l’arrivée des miliciens russes de Wagner au Niger, hypothétique perspective d’une intervention militaire à haut risque, et départ pur et simple sous le couvert d’une défense impuissante des principes démocratiques, il n’existe aucune bonne solution au chaos nigérien. Juste une certitude : les Occidentaux vont devoir reconsidérer en profondeur leur politique vis-à-vis de l’Afrique de l’Ouest.




Le Monde

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