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Monsieur le Président, l'histoire est impitoyable, aucune faute ne vous reviendra de cet état de fait !

Lundi 15 Avril 2019

Par El Aboubacar Sylla


Monsieur le Président, l'histoire est impitoyable, aucune faute ne vous reviendra de cet état de fait !
Il n’y a pas de tâche plus ingrate que celle de diriger les hommes. Comme toute personne s’étant hissé aux plus hauts sommets d’une république, vous êtes frappé par les vents de tous les côtés et les conspirateurs de toute nature et condition s’agitent sous vos pieds. Vous êtes un géant qui a toute la création sous lui et donc toute âme malfaisante, tout esprit mal tourné, fixe son attention à vous nuire et à vous remplacer. Vous n’avez nul jour de repos, nulle minute de tranquillité possible. Toute la méchanceté humaine se tourne vers le sommet de la pyramide républicaine et donc contre vous.



C’est ainsi que celui qui est arrivé à la magistrature suprême est confronté à la multitude de mauvais conseillers cherchant à avancer leurs intérêts au détriment du pays. Aucune faute ne vous revient de cet état de fait. C’est une règle de la nature humaine depuis la fondation des premiers villages. Même avec vos meilleurs efforts vous ne sauriez corriger la nature humaine de ses défauts. Vous ne pouvez que vous protéger des courtisans malintentionnés et vous préserver avec l’aide de ceux qui ont l’amour du pays dans leur cœur. C’est une tâche difficile, personne le niera, mais vitale pour que votre mandat soit un succès.



En tant que premier magistrat de la République, vous êtes dans le rôle du père qui doit protéger et veiller sur le peuple comme sur ses enfants. Des millions sont dans le besoin d’un magistrat juste, pieux et déterminé à améliorer leurs conditions de vie. De plus, entamant votre dernier mandat, vous êtes confronté à la nécessité d’établir ce qui sera votre héritage politique. Nous vivons un âge qui déterminera le siècle à venir. Il n’y a pas de place pour les magistrats de petit calibre. Soit vous devenez le héros que le pays a besoin soit vous serez aussi rapidement oublié qu’un été trop sec. Cela peut paraitre injuste, mais c’est la règle des temps actuels.



Ce que vous ferez pendant votre dernier mandat marquera le pays. Serez-vous un roi oisif ? Un homme dont on retiendra que sa faiblesse et son inaction ? Ou est-ce que vous vous affirmerez comme un géant historique, créateur d’une république forte et prospère ? L’histoire est impitoyable. Thomas Sankara est encore connu aujourd’hui car il se dévoua entièrement au pays, créa et imagina les prémisses d’un renouveau national. Mandela rayonne encore par sa sagesse et sa vision d’une Afrique du Sud pacifiée. Ces géants ont éclipsé plusieurs générations de politiciens de leurs pays. Qui connait le nom du prédécesseur de Mandela ? De l’homme qui gouverna le Burkina Faso avant Sankara ? N’est pas Compaoré déjà frappé par le voile de l’oubli ? Il est le souhait de tous de vous voir réussir et devenir un géant, car votre victoire sera celle du pays entier. Seuls les esprits les plus décadents espèrent vous voir échouer, car votre échec sera celui du pays.


La responsabilité qui pèse sur vos épaules est lourde, d’un poids inimaginable, mais vous ne pouvez désormais plus vous en affranchir. Vous avez pour seul choix soit la voie de l’oubli soit la voie de d’apothéose. Il vous faudra donc embraser toutes les forces qui peuvent faire avancer le pays. Qu’un homme aime son frère est louable, mais on ne gouverne pas un pays avec des frères qui n’ont pas les capacités à soutenir la rénovation spirituelle, culturelle et économique du Sénégal. Vous devrez donc vous méfiez des mauvais conseillers, ignorez leurs arguments fallacieux et uniquement vous entourer de ceux qui contribuent au renforcement national.


De même pour les projets et chantiers publics. Éloignez-vous des argumentaires fallacieux et posez-vous la question : est-ce que le projet renforce ou affaiblit le pays ? Ce n’est pas une tâche aisée car les intérêts économiques en jeu sont énormes. Bien d’hommes d’affaire tenteront de vous séduire, de vous faire croire que leurs projets aident la Nation, mais ce sont des mensonges faits pour satisfaire les ambitions les plus sombres.


Pour distinguer le bon du mauvais, il vous faudra être entouré de conseillers compétents, patriotes et n’ayant aucun lien avec les grandes entreprises du pays. La maladie de toute jeune république est la ploutocratie, à savoir que ceux qui ont de l’argent tentent de soumettre le pouvoir politique à leurs désirs. Oui, ce n’est pas facile, mais ô combien nécessaire. Le fait que vous ayez pu remporter la dernière élection montre que vous avez la force de caractère et les compétences pour gouverner, mais vous devez en plus désormais vous protéger des ennemis de la République. Si cela peut sembler dur voire même insurmontable, la récompense vaut les efforts que vous serez obligé de déployer.

Oui, vous devrez dire non à des gens proches. Oui, vous risquez l’opprobre de certains alliés, mais en échange, vous entrerez dans l’Histoire. Vous deviendrez le héros que le pays a besoin, un restaurateur de la vertu républicaine, un défenseur des démunis et un protecteur de l’Etat dans les heures naissantes du 21ème siècle.

Cela est plus nécessaire que jamais car les républiques africaines ne peuvent pas se permettre une génération de dirigeants faibles. Elles sont dans la nécessité de magistrats qui se distinguent comme aucune autre génération précédente. C’est pourquoi votre mission est si importante, votre deuxième mandat d’une importance vitale. Vous établirez non seulement ce que sera votre place dans l’Histoire, mais également poserait les bases pour le Sénégal. Vous pouvez devenir un Thomas Sankara ou un Mandela sénégalais. Le potentiel est en vous, il demande qu’à déployer ses ailes comme un aigle.

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