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Logement au Sénégal : de Wade à Macky et Diomaye, plus de promesses que de réalisations

Lundi 19 Octobre 2026

De Me Abdoulaye Wade à Bassirou Diomaye Faye, en passant par Macky Sall, les régimes se succèdent, les promesses de logements accessibles se multiplient, mais le calvaire des Sénégalais reste le même. À Dakar comme dans les régions, les loyers atteignent des niveaux insupportables pour de nombreuses familles. Pendant que certains pays africains multiplient les initiatives en faveur du logement social, le Sénégal semble prisonnier des annonces, des commissions et des projets immobiliers hors de portée du citoyen ordinaire. Face à cette situation, le silence et l'inaction des autorités deviennent difficilement justifiables.



Il faut avoir le courage de le dire, les régimes d'Abdoulaye Wade, de Macky Sall et, aujourd'hui, de Bassirou Diomaye Faye n'ont pas réussi à apporter une réponse durable à la crise du logement qui frappe les Sénégalais. Depuis plus de deux décennies, les gouvernements se succèdent sans parvenir à mettre en place une véritable politique de logements sociaux adaptée aux revenus des populations les plus modestes.

Pourtant, notre pays a connu une époque où l'accès à un logement décent était une ambition concrète des pouvoirs publics. Sous les régimes socialistes, notamment celui d'Abdou Diouf, des structures comme la Société nationale des habitations à loyer modéré (SN HLM) et la SICAP ont contribué à loger des milliers de familles. Ces programmes n'étaient certes pas parfaits, mais ils répondaient à une préoccupation essentielle : permettre aux travailleurs, aux fonctionnaires et aux familles aux revenus modestes d'accéder progressivement à un toit.

Aujourd'hui, que reste-t-il de cette ambition sociale ?

Les projets immobiliers présentés comme des solutions à la crise du logement ressemblent trop souvent à des opérations commerciales destinées à une minorité disposant de moyens financiers importants. À Dakar, les prix des loyers ont explosé. Dans certaines zones de la capitale, trouver un logement convenable à un prix compatible avec un salaire moyen relève désormais du parcours du combattant.

Cette flambée ne concerne plus uniquement Dakar. Elle gagne progressivement les autres centres urbains du pays, où les populations subissent également les conséquences de la spéculation immobilière. Pendant ce temps, les autorités semblent incapables d'imposer une régulation efficace du marché locatif.

Des commissions ont été annoncées, des structures mises en place et des mécanismes de contrôle présentés comme des instruments de protection des locataires. Mais sur le terrain, les résultats restent largement insuffisants.

Les propriétaires et intermédiaires qui ne respectent pas la réglementation continuent, dans bien des cas, d'imposer leurs conditions à des familles qui n'ont pratiquement aucune marge de négociation.

À quoi servent les lois si elles ne sont pas appliquées ? À quoi servent les commissions si elles ne disposent pas des moyens nécessaires pour faire respecter les décisions de l'État ?

Le logement ne peut pas être abandonné aux seules lois du marché. Il constitue un besoin fondamental et une question de dignité humaine.

Où sont les logements destinés au « goorgoorlu » sénégalais ?

C'est ici que se trouve le véritable scandale. Où sont les grands programmes immobiliers réellement conçus pour le Sénégalais moyen, celui qui se bat quotidiennement pour nourrir sa famille, payer la scolarité de ses enfants et assurer les dépenses essentielles du ménage ?

Où sont les logements accessibles aux enseignants, aux infirmiers, aux chauffeurs, aux petits commerçants et aux travailleurs du secteur informel ?

Les rares projets mis en avant depuis le régime de Macky Sall, et que les nouvelles autorités entendent poursuivre ou concrétiser, soulèvent une question fondamentale : à qui sont-ils réellement destinés ?

Lorsqu'il faut mobiliser plusieurs millions de francs CFA pour espérer devenir propriétaire, comment un Sénégalais aux revenus modestes peut-il raisonnablement accéder à ces programmes ?

On ne peut pas parler de logements sociaux lorsque les conditions financières excluent précisément les catégories sociales qui en ont le plus besoin.

Le président Bassirou Diomaye Faye, arrivé au pouvoir avec la promesse d'une rupture dans la gouvernance publique, doit comprendre que cette rupture doit aussi se traduire dans la politique du logement.

Les Sénégalais n'attendent pas uniquement de nouveaux discours. Ils veulent des réalisations concrètes, des loyers supportables et des mécanismes d'accès à la propriété adaptés à leurs revenus.

La Côte d'Ivoire et le Kenya montrent d'autres ambitions

Pendant que le Sénégal peine à apporter des réponses structurelles à cette crise, d'autres pays africains développent des politiques ambitieuses en matière d'habitat et d'aménagement du territoire. En Côte d'Ivoire, le président Alassane Ouattara a engagé depuis plusieurs années des investissements dans les infrastructures et le développement de pôles urbains en dehors du centre d'Abidjan. Même si la pression immobilière reste importante dans la capitale économique ivoirienne, cette orientation traduit une volonté de mieux répartir les activités et les équipements sur le territoire.

Le Kenya offre également un exemple intéressant.

Le président William Ruto a récemment mis en avant la remise de logements à 2 157 bénéficiaires dans le cadre du projet de logements abordables Pioneer, à Eldoret City, dans le comté d'Uasin Gishu. « Nous avons remis les clés à 2 157 propriétaires dans le cadre du projet de logements abordables Pioneer à Eldoret City, dans le comté d'Uasin Gishu », a-t-il annoncé,  Il ajoute  : «Nous avons également intégré l'art dans le Programme de logements abordables, en mobilisant des artistes locaux, y compris des peintres, pour embellir les bâtiments, créer des emplois et soutenir l'économie créative.» Cet exemple mérite l'attention, même si l'accessibilité réelle de ces logements doit également être appréciée au regard des revenus et des conditions de financement des ménages concernés. 


Des pères de famille devant les tribunaux pour des loyers impayés

La crise du logement ne se résume pas à des chiffres ou à des statistiques. Elle se vit quotidiennement dans les maisons, les quartiers populaires et jusque dans les tribunaux. Il suffit de s'intéresser aux contentieux locatifs pour mesurer les difficultés auxquelles sont confrontées certaines familles.

Des pères et des mères de famille peuvent se retrouver poursuivis pour des loyers impayés, parfois après plusieurs mois de difficultés financières. Derrière ces procédures judiciaires se cachent des drames humains : des enfants menacés de perdre leur cadre de vie, des familles fragilisées et des travailleurs dont une part considérable du salaire disparaît chaque mois dans le paiement du loyer. Il ne s'agit pas de nier les droits légitimes des propriétaires. Eux aussi doivent pouvoir percevoir les revenus de leurs biens.

Mais l'État a le devoir d'organiser un système équilibré, capable de protéger les deux parties tout en empêchant les abus et la spéculation excessive. Un pays qui laisse des milliers de familles vivre dans l'angoisse permanente du prochain loyer ne peut pas prétendre avoir placé la justice sociale au centre de ses priorités.

Monsieur le Président, le logement doit devenir une urgence nationale

Le président Bassirou Diomaye Faye et son gouvernement doivent sortir de la logique des annonces pour engager une politique de logement véritablement populaire. Il faut remettre la SN HLM et la SICAP au cœur d'une stratégie ambitieuse de construction de logements accessibles. Il faut développer des programmes adaptés aux revenus des Sénégalais, avec des mécanismes de financement souples, des paiements échelonnés et des conditions transparentes d'attribution. Il faut également encourager la construction dans les régions, développer les infrastructures hors de Dakar et réduire progressivement la concentration des activités économiques dans la capitale.

Surtout, il faut faire appliquer les règles encadrant les loyers, renforcer les contrôles et sanctionner les pratiques abusives. Le logement social ne doit plus être un slogan électoral ni un instrument de communication gouvernementale. Il doit redevenir une véritable politique publique.

Trop de discours, pas assez de réalisations

Voilà le paradoxe sénégalais : nous parlons beaucoup, nous multiplions les rencontres, les concertations et les déclarations d'intention, mais les résultats tardent à se faire sentir dans la vie quotidienne des citoyens. Pendant que les projets immobiliers sont annoncés à grand renfort de communication, le « goorgoorlu » sénégalais se demande comment payer son prochain loyer. Les autorités doivent comprendre qu'un logement décent ne saurait être considéré comme un privilège réservé aux plus fortunés.

De Wade à Macky Sall, les promesses n'ont pas suffi. Bassirou Diomaye Faye a désormais la responsabilité de faire autrement. Car le véritable changement ne se mesure pas au nombre de discours prononcés, mais au nombre de familles qui peuvent enfin vivre dignement sous leur propre toit. Face à la souffrance des locataires, le silence des autorités n'est plus seulement préoccupant : il devient politiquement coupable.

Par Khalil DIEME

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