Dettes africaines : Sénégal, Côte d’Ivoire, Angola… Les États où la dette a explosé

Vendredi 13 Mai 2022

« L’Afrique est-elle vraiment malade de sa dette ? » (3/4). Si le niveau d’endettement extérieur des pays a connu une très nette hausse depuis 2015, tous ne sont pas logés à la même enseigne. Leurs capacités à y faire face diffèrent grandement. 


D'après le magazine "Jeune Afrique", si la résurgence d’une crise financière en Afrique subsaharienne similaire à celles des années 1990 et 2000 paraît peu probable – tout en n’étant pas exclue –, il ne fait aucun doute que le niveau des créances des pays de la zone a connu une formidable progression depuis une demi-douzaine d’années. Entre 2015 et 2020, le stock de dette extérieure publique des pays subsahariens a augmenté de 67,5 % à 454 milliards de dollars, selon la Banque mondiale.




Cette évolution n’avait d’ailleurs pas manqué d’alerter les spécialistes de l’économie du développement, parmi lesquels l’économiste Brahima Sangafowa Coulibaly, responsable de l’Africa Growth Initiative au Brookings Institut (think-tank américain). « En raison de l’augmentation rapide de la charge de la dette au cours des dernières années, un tiers des pays d’Afrique subsaharienne sont soit en situation de surendettement, soit exposés à un risque élevé de surendettement, y compris la majorité des pays qui ont bénéficié d’un allégement de la dette dans les années 1990 », avertissait-il en avril 2019, près d’un an avant le déclenchement de la pandémie de Covid-19, aux effets humanitaires et économiques désastreux.

Ce dernier rappelle à Jeune Afrique qu’une note sur ces questions, réalisée par son institution et communiquée aux autorités du G20, en amont de leur réunion de juin 2019 au Japon, a servi de base aux discussions ayant amené ces derniers à approuver l’Initiative de suspension du service de la dette (ISSD) l’année suivante. Une trentaine de pays subsahariens ont été admis à ce programme. D’autres comme le Zimbabwe, sous le coup de sanctions, n’y ont pas participé ; certains comme le Bénin préférant s’abstenir pour préserver la qualité de leur note de crédit.

Une hausse de la dette supérieure à 100 % en cinq ans
Dans le détail, toutefois, la progression du niveau de la dette extérieure (publique ou garantie par l’État) est loin d’être uniforme à travers le continent. Son coût comme les capacités des pays à y faire face varient fortement. L’analyse des indicateurs financiers de 36 pays subsahariens permet d’identifier douze d’entre eux où l’endettement extérieur publique a doublé en l’espace de cinq ans, passant d’un stock cumulé de 89 milliards de dollars à la fin de 2015 à 191 milliards de dollars à la fin de 2020.

En valeur absolue, les progressions les plus fortes se retrouvent en Angola (+25,3 milliards de dollars de dette publique supplémentaire entre 2015 et 2020), au Kenya (+21,67 milliards) et au Nigeria (+20,8 milliards). Trois pays francophones figurent dans ce « top 10 » : la Côte d’Ivoire, où ces créances ont augmenté de +138 % à 22 milliards de dollars ; le Sénégal (+155 % à 17,2 milliards) et le Cameroun (+94 % à 15,3 milliards).

Cette progression s’explique dans nombre de cas par le financement des besoins en infrastructures de ces pays, alors que les banques multilatérales de développement ne couvrent qu’une part marginale des besoins des États africains : environ 3 % des investissements entre 2012 et 2016, contre 15 % assurés par des financements chinois et plus de 40 % à la charge des gouvernements africains, selon le Brookings Institut. La faible mobilisation des ressources locales et fiscales explique aussi ce recours continu à l’endettement extérieur.

Par ailleurs, dans plusieurs pays, cette hausse des investissements publics a été accompagnée d’une nette progression des investissements directs étrangers. En Côte d’Ivoire, par exemple, leur stock a crû de 9,95 milliards de dollars en 2018 à 12,24 milliards en 2020, rappelle une étude de la banque française Crédit agricole.


Un renchérissement du coût de la dette
L’accroissement de la dette publique s’est accompagné d’un renchérissement de son coût, dû en partie à la plus forte proportion de prêteurs privés dans le pool des créditeurs de ces États, qui ont multiplié les émissions de dette sur les marchés internationaux. Par ailleurs, note Brahima Sangafowa Coulibaly, « un tiers de la dette des pays à faibles revenus est émise non pas à des taux fixes mais à des taux d’intérêt variables ». Cette proportion n’était que de 15 % durant la période 1990-2015, selon ses estimations. Aux risques de change vis-à-vis du dollar auxquels sont exposés ces États viennent s’ajouter ceux liés aux taux d’intérêt.

De fait, dans plusieurs pays de la zone, le coût annuel du service de la dette a connu une hausse disproportionnée, comparé à l’évolution de l’encours de la dette. Par exemple, selon nos calculs, ce coût a augmenté de 355 % dans le cas de la Côte d’Ivoire, soit deux fois et demie l’évolution du stock de la dette extérieure publique, passant de 420 millions de dollars en 2015 à 1,9 milliard de dollars en 2020. Dans le cas du Sénégal, cette progression est proportionnellement encore plus forte (+423 % à 1,4 milliard de dollars).

Il convient, cependant, de relativiser le coût de cette dette en tenant compte des capacités de l’État à mobiliser des ressources pour assurer son service, notamment sa balance budgétaire primaire (hors remboursement de la dette). Dans le cas du Ghana, par exemple, selon le FMI, le déficit primaire du budget atteignait -9,3 % du PIB hors remboursement de la dette extérieure, en 2020, contre -4,3 % au Sénégal et -3,7 % en Côte d’Ivoire. L’Angola pour sa part dégageait un excédent de 4,9 %, tandis que le Congo-Brazzaville affichait un solde budgétaire primaire à l’équilibre.

Une part supérieure aux dépenses de sécurité et de santé
Une autre approche est de comparer le coût du service de ces créances à d’autres postes budgétaires de premier plan. Selon les données compilées par l’Institut international de Stockholm pour la recherche sur la paix (SIPRI), en 2020, le montant cumulé des dépenses de défense du Mali, du Niger et du Burkina atteignait 1,2 milliard de dollars. À titre de comparaison, le service de la dette extérieure a coûté 600 millions de dollars, soit la moitié du montant des dépenses de sécurité nationale dans ces trois pays sahéliens confrontés à la menace jihadiste.

Dans dix des pays étudiés, le remboursement de la dette externe représente au moins le double des dépenses de défense. Même en excluant les cas extrêmes du Ghana – qui fait face à une crise de la dette –, du Cap-Vert, qui investit peu dans la défense, et de la Somalie, en guerre civile depuis trente ans, la proportion du budget national consacrée aux créanciers extérieurs reste significativement plus importante que celle du ministère de la Défense dans nombre de pays confrontés à de graves menaces sécuritaires, tels que le Cameroun, où ce ratio est du simple au double.
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