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Afrique du Sud : Jacob Zuma s’accroche au pouvoir malgré les scandales et les appels à la démission

Lundi 10 Avril 2017

Afrique du Sud : Jacob Zuma s’accroche au pouvoir malgré les scandales et les appels à la démission

La fronde gronde contre le président sud-africain, Jacob Zuma, autour duquel s’amoncellent les scandales. Alors que son parti, l’ANC, est sur le point d’imploser, lui reste droit dans ses bottes.

«Rendez-moi ma mitraillette ! » C’est en entonnant ce chant de libération zoulou (Mshiniwami) que Jacob Gedleyihlekisa Zuma était sorti, le 8 mai 2006, de la Haute Cour de Johannesburg, qui venait de le blanchir d’une accusation de viol portée par une jeune femme séropositive de 31 ans. Si la justice, flairant une instrumentalisation politique, avait considéré la relation comme mutuellement consentie, elle n’en avait pas moins épinglé l’attitude « totalement inacceptable » de celui qui allait présider, trois ans plus tard, aux destinées de la nation Arc-en-Ciel.

Zuma avait en effet livré à la barre une conception très personnelle de la prévention du VIH : « Je me suis douché après avoir fait l’amour, pour minimiser les risques de contracter la maladie. » La décision de la Haute Cour lui avait permis de retrouver son poste de vice-président de l’African National Congress (ANC), dont il avait été suspendu, mais l’affaire a laissé des traces. Depuis, le célèbre caricaturiste sud-africain Zapiro le représente ainsi systématiquement sous un pommeau de douche.

Un banal remaniement ministériel

À 75 ans, l’héritier de Nelson Mandela et de Thabo Mbeki demeure un mystère, tant le fracas assourdissant des casseroles qui résonne dans son sillage contraste avec son aplomb. Depuis la fin mars, il a ressorti sa mitraillette, prêt à en découdre. Il aura suffi d’un banal remaniement ministériel pour faire descendre dans la rue, ces derniers jours, tout ce que l’Afrique du Sud compte de détracteurs de ce président hors norme – et ils sont nombreux, jusque dans son propre camp.

Zuma doit tomber

En limogeant, le 30 mars, son ministre des Finances, Pravin Gordhan, considéré comme le garant d’une certaine stabilité budgétaire, le président a fait trembler l’ANC sur ses bases, révélant les fractures au sein de ce parti plus que centenaire. La veille, aux funérailles d’Ahmed Kathrada, compagnon de lutte de Nelson Mandela et figure légendaire de la lutte antiapartheid, Zuma avait été déclaré persona non grata par les proches du défunt tandis que Pravin Gordhan, lui, était en première ligne. « Zuma doit tomber », avaient d’ailleurs scandé des jeunes pendant la cérémonie.

783 chefs d’inculpation

Une querelle de famille autour d’un cercueil, cela ressemble à s’y méprendre à une parabole de l’Afrique du Sud post-apartheid. Issu d’une famille modeste, très tôt orphelin de père, Zuma a payé de sa liberté son engagement politique : pendant dix ans, il a été enfermé à Robben Island, dans le même pénitencier que Mandela. Mais depuis sa première élection à la tête de l’État, en 2009, il a été l’incarnation des errements d’un pays dont les élites, faute d’une cause noble à défendre, concentrent leurs efforts sur le partage du gâteau.

Il est visé par pas moins de 783 chefs d’inculpation dans une affaire de corruption – les charges avaient d’abord été annulées pour « vice de forme » juste avant l’élection présidentielle de 2009, mais la Haute Cour a décidé de les rétablir en juin 2016. À lui seul, le scandale sur les travaux de rénovation de son domicile, effectués au frais du contribuable pour près de 20 millions d’euros, aurait pu provoquer sa chute.

S’il a personnellement remboursé 500 000 euros pour tenter de faire oublier ce « Zumagate », d’aucuns se demandent encore où l’intéressé s’est procuré une telle somme, représentant plus de deux ans de son salaire.

Démission

Soupçonné d’affairisme – du fait, notamment, de ses liens troubles avec les Gupta, une famille d’origine indienne  à la tête d’un puissant empire industriel – et accusé d’avoir dénaturé la légitimité qu’il tirait des années noires, Jacob Zuma, tel un Culbuto dont le centre de gravité le ramènerait toujours à l’équilibre, continue de trôner sur son socle.

Mais plus que jamais, alors que le crépuscule présidentiel approche, son propre camp puise dans le dictionnaire, à la lettre D, le bilan de son mandat : « discutable » ; « détestable »… « Démission » !


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