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Sénégal : la mort d’un étudiant lors de manifestations embrase les universités

Jeudi 17 Mai 2018

De violents heurts ont éclaté dans plusieurs villes du Sénégal, mardi 15 mai, après la mort d’un étudiant lors d’une confrontation avec la police sur le campus de l’université Gaston-Berger de Saint-Louis (UGB).

La colère s’est rapidement propagée aux autres universités du pays, notamment à Bambey et Ziguinchor. C’est dans la capitale, Dakar, que les affrontements ont été les plus intenses entre étudiants et forces de l’ordre.

Barrant l’accès à la corniche ouest, l’une des voies principales de la capitale, avec des barricades de fortune composées de troncs, de palettes et de blocs de pierre, des centaines de manifestants armés de bâtons et de barres de fer ont pris à partie les automobilistes, les sommant de faire demi-tour. Plusieurs voitures ont reçu des jets de pierres et au moins un véhicule de la police a été incendié, alors que le campus de l’université Cheikh-Anta-Diop était recouvert de nuages de gaz lacrymogènes.



A Saint-Louis, 18 policiers ont été blessés et des bâtiments saccagés, dont des bureaux de la direction du Centre des œuvres universitaires (Crous) et la maison de Mary Teuw Niane, le ministre de l’enseignement supérieur.

Par voie de communiqué, le gouvernement a déploré le décès de « l’étudiant de 25 ans en licence 2 de lettres modernes », Mouhamadou Fallou Sène, et a présenté « ses condoléances émues à la famille du défunt », souhaitant « un prompt rétablissement aux blessés ». Le président Macky Sall a promis « de faire toute la lumière et de situer les responsabilités » dans ce drame. Une information judiciaire a été ouverte par le procureur de la République. Alors que les étudiants de Saint-Louis affirmaient mardi que leur camarade avait été tué par les balles de la police, les résultats de son autopsie se faisaient encore attendre dans la soirée.

Retards dans le paiement des bourses
Si les causes de la mort ne sont pas encore connues, les revendications des étudiants n’ont pas échappé aux autorités. Depuis le début de l’année, ils réclament le versement de leurs bourses d’études (36 000 francs CFA, soit 55 euros). En janvier, l’Etat a lancé une nouvelle plateforme numérique en collaboration avec une banque partenaire afin de moderniser son système de paiement. Mais comme l’admet le gouvernement lui-même, « à ce jour, plusieurs centaines d’étudiants n’ont pu disposer des cartes bancaires requises pour percevoir leurs bourses, sur une population totale de près de 14 000 inscrits à l’UGB ».

Le 27 avril, une rencontre avait eu lieu entre la coordination des étudiants, le gouverneur de la région de Saint-Louis et le directeur du Crous, sans aboutir à une solution. L’absence de consensus entre les parties avait conduit les étudiants à reprendre la contestation, durcissant le ton à l’égard des autorités. Mardi, le recteur de l’UGB avait requis l’intervention des forces de l’ordre afin de « sécuriser les restaurants universitaires », occupés par les étudiants, a-t-il confié dans un communiqué, conduisant à cette « douloureuse circonstance » : la mort de l’étudiant Fallou Sène. « Comment peut-on tirer à balles réelles sur quelqu’un qui n’est armé que de pierres ? », demande, furieux, un étudiant à Dakar.


La Ligue sénégalaise des droits humains, la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme et Amnesty International Sénégal ont, dans un communiqué commun, « condamné l’usage excessif de la force par les forces de sécurité ». Les trois ONG ont déploré les « retards récurrents dans le paiement des bourses », « principale cause de la violence dans les universités ». Du côté des enseignants, plusieurs syndicats ont décrété quarante-huit heures de grève, les 16 et 17 mai, pour montrer leur solidarité avec les étudiants sénégalais.

Les deux derniers cas de décès d’étudiants tués au Sénégal lors de confrontations avec les forces de l’ordre remontaient à 2001 et 2014.


lemonde.fr

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