La décision d’Israël de reconnaître officiellement le Somaliland en décembre dernier continue de susciter de vives réactions dans la Corne de l’Afrique. Cette région, qui a proclamé son indépendance de la Somalie en 1991, exerce de facto son autonomie mais n’avait jusqu’ici jamais été reconnue par un État membre des Organisation des Nations unies.
Selon des révélations publiées par l’agence Bloomberg et relayées par plusieurs médias internationaux, la reconnaissance du Somaliland par Israël pourrait s’inscrire dans un projet plus large visant à établir une présence militaire dans cette zone stratégique située sur la mer Rouge. Des sources anonymes citées par le média britannique évoquent l’existence de discussions avancées autour d’un partenariat sécuritaire qui permettrait à Israël de recueillir des renseignements et de mener des opérations contre les Houthis, alliés de l’Iran.
Face à ces informations, le gouvernement somalien a rapidement exprimé son opposition. Le ministre somalien des Affaires étrangères, Ali Omar, a déclaré à la chaîne Al Jazeera que la Somalie ne souhaitait pas voir son territoire « entraîné dans des conflits extérieurs ni utilisé d’une manière susceptible de déstabiliser davantage une région déjà fragile ». Il a également rappelé que le gouvernement somalien demeure « le seul interlocuteur légal » pour toute question concernant le territoire.
Du côté du Somaliland, les autorités reconnaissent l’existence de discussions avec Israël. Dans un entretien accordé à Bloomberg, le ministre de la Présidence du Somaliland, Khadar Hussein Abdi, a confirmé que des échanges étaient en cours autour d’une coopération en matière de sécurité. Il a toutefois assuré que la création d’une base militaire n’avait pas été officiellement évoquée, sans pour autant exclure cette éventualité.
Selon les informations publiées, une délégation israélienne aurait déjà exploré le littoral du Somaliland en juin dernier. Un site potentiel aurait été identifié dans une zone montagneuse située à environ cent kilomètres à l’ouest de Berbera, où les Émirats arabes unis disposent déjà d’un port commercial et d’une piste d’atterrissage militaire.
Cette perspective suscite des inquiétudes dans plusieurs milieux diplomatiques africains. Certains observateurs redoutent qu’une telle présence militaire étrangère n’accentue les tensions régionales et ne ravive les rivalités géopolitiques dans une zone déjà sensible. D’autres estiment que ce dossier pourrait également compliquer les relations d’Israël avec certaines institutions africaines, notamment l’Union africaine, où la question de son statut d’observateur reste controversée.
Dans un contexte où plusieurs pays africains remettent en cause la présence militaire étrangère sur leur sol, l’évolution du dossier du Somaliland pourrait devenir un nouveau point de friction diplomatique, tant pour la Somalie que pour l’ensemble de la région.

