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Décès de Leïla Shahid, figure emblématique de la diplomatie palestinienne

Mercredi 18 Février 2026

La Palestinienne Leïla Shahid est décédée ce mercredi 18 février 2026 à l'âge de 76 ans, a annoncé sa famille au Monde. Symbole de la lutte pour la défense de son peuple et de sa terre, cette diplomate chevronnée aura consacré toute sa vie pour la Palestine.  

Elle aimait parler de « cycles » en évoquant la vie, dont la sienne, comme on évoque le cycle des saisons. Dès son plus jeune âge, Leïla Shahid a la Palestine chevillée au corps et au cœur. Elle naît en juillet 1949 au Liban, quelque mois après la Nakba où plus de 750 000 Palestiniens sont chassés de leurs terres. Sa mère, Sirine Husseini, partisane du mouvement nationaliste palestinien, a été déportée au pays du Cèdre depuis le milieu des années 1930. Elle est issue d'une famille de notables de Jérusalem : le grand-père de Leïla est le maire de la ville sainte de 1906 à 1909, son arrière-grand-père l'est également, ainsi que député au Parlement ottoman. Son père est le Palestinien Munib Shahid, arrivé au Liban en tant qu'étudiant à l'Université américaine de Beyrouth lorsqu'il rencontre Sirine. 

Mais depuis l'exil, la Palestine est omniprésente dans la vie de Leïla Shahid, d'autant que nombre de dirigeants de l'OLP sont en exil dans la capitale libanaise. « Le premier cycle de ma vie aura été la découverte que j'appartenais à un peuple qui existait sans patrie, raconte Leïla Shahid en 2015 au média marocain Almaouja. Ce fut pour moi la découverte de l'injustice envers la Palestine ». 


Une militante de la première heure 
Leïla Shahid a 18 ans quand elle s'engage dans le militantisme et rejoint le Fatah, alors mouvement anticolonialiste et laïc. C'est la guerre des Six-Jours, la défaite arabe et le début de la révolution palestinienne aux quatre coins du monde. La jeune femme, qui porte déjà les cheveux courts autour de son visage rond et de ses grands yeux marron en amande, va dès lors côtoyer le leader Yasser Arafat, et travailler à ses côtés jusqu'à la mort de ce dernier en 2004. Elle s'engage auprès des réfugiés palestiniens dans les camps, tout en étudiant à l'Université américaine de Beyrouth. 

La Palestine ancrée en elle, Leïla Shahid poursuivra son cursus par une thèse de doctorat en 1972 sur la structure sociale des camps de réfugiés palestiniens, pour comprendre comment une population réfugiée reste unie dans son aspiration à une identité nationale. Elle continuera à étudier ce thème qui lui est cher à l'École pratiques des hautes études à Paris. 

Une diplomate chevronnée 
C'est Yasser Arafat qui l'entraîne sur le devant de la scène diplomatique. Il estime que les femmes palestiniennes sont omniprésentes dans la lutte contre l'occupation et que leur place y est essentielle. Il veut alors qu'elles fassent partie des figures de l'OLP. Leïla Shahid ne se voit pas jouer ce rôle, elle vit au Maroc depuis 1977 avec son époux, l'écrivain Mohammed Berrada. Mais elle finit par céder. Elle devient la première représentante féminine palestinienne en 1989, peu de temps après la première intifada de 1987. Elle s'envole pour l'Irlande où elle est nommée ambassadrice de Palestine, puis elle le sera aux Pays-Bas, au Danemark, à l'Unesco puis en France de 1993 à 2005. En 1996, elle découvre pour la première fois de sa vie Jérusalem lors d'une visite officielle du président Chirac. Leïla Shahid ne parlera pas, durant sa carrière, de « conflit israélo-palestinien », mais de « la question de Palestine ». « Un conflit se déroule entre deux protagonistes. Or, nous ne sommes pas un simple ''protagoniste'', nous sommes un peuple face à une puissance occupante colonialiste depuis 70 ans », expliquera-t-elle à Orient XXI en 2019.


Son mandat de quatre ans terminé, on lui propose alors un nouveau poste, et non des moindres : ambassadrice de Palestine aux États-Unis. Hors de question pour elle de s'installer dans un pays dirigé par « quelqu'un qui devrait être traîné devant la CPI pour crimes de guerre », George W. Bush. Considérant que la relation entre l'Europe et le monde arabe est stratégique et culturelle, elle choisit Bruxelles et l'Union européenne. Durant neuf années, malgré les couleuvres qu'elle doit avaler, elle fait preuve d'une pugnacité hors norme pour défendre, avec un accent qui lui est propre, à sa manière de rouler les R, son pays, son peuple et le respect du droit international. Mais en 2015, la coupe est pleine. « La tragédie de la Palestine, c'est que la communauté internationale est de mauvaise foi », analyse-t-elle déjà en 2012 à la RTBF. 


Leïla Shahid a le sentiment que, diplomatiquement parlant, elle ne peut pas en faire plus. Elle estime que l'Europe a été lâche au point de laisser Israël détruire tout ce que le Vieux continent investit alors en Palestine (infrastructures, aéroports, port, accords d'Oslo...) et ne tolère plus qu'aucune sanction soit prise contre Israël. Elle ne supporte plus ce qu'elle nomme un deux poids deux mesures quand il s'agit d'Israël. Pour la diplomate, c'est l'instrumentalisation de la culpabilité vis-à-vis de la Shoah qui rend cet État si puissant. « J'ai beaucoup aimé ce cycle de ma vie qui a été consacré à une période historique, à savoir l'espoir d'une paix à la fin de la première intifada, les accords d'Oslo (...) J'ai vécu l'espoir que cela a suscité mais aussi les déceptions », confie-t-elle au quotidien belge Le Soir en 2015. 

La colère et la déception 
Mahmoud Abbas tente en vain de la retenir. Son départ est irrévocable. Leïla Shahid a 65 ans, son sourire n'a pas pris une ride. Après s'être éloignée de la vie politique, elle endosse un temps le costume de présidente de la Société des amis de l'Institut du monde arabe tout en poursuivant la lutte pour les Palestiniens entre Beyrouth et la France. « Aujourd'hui, confie-t-elle en 2019 à Jeune Afrique, je ne veux pas raconter de bobards à mes amis de Palestine, mais leur être utile en valorisant la production culturelle arabe. » 

Mais le conflit israélo-palestinien refait parler de lui le 7 octobre 2023. Et Leïla Shahid retrouve les plateaux des médias. « Rien ne justifie de s'en prendre à des civils, dit-elle dès le 9 octobre sur France Info, mais c'est le prix à payer lorsque les conflits ne sont pas résolus par les instances dont la raison d'être est de faire la paix. » Et l'infatigable avocate de la cause palestinienne d'expliquer que depuis plus d'un-demi siècle, la communauté internationale évoque le droit à l'autodétermination et au besoin de mettre un terme à l'occupation, « mais 30 ans après les accords d'Oslo, la situation est pire qu'avant ». 

Leïla Shahid n'aura jamais vu la solution à deux États. Le cycle de la vie est terminé pour elle. Et l'hiver s'empare aujourd'hui des cœurs des Palestiniens du monde entier.

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