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Haïti éliminée, mais pas abattue : les supporters croient encore à un exploit contre le Maroc

Samedi 20 Juin 2026

Le Brésil a gagné (3-0), Haïti est éliminé après deux matchs, mais personne ne range vraiment le drapeau. Les yeux sont rougis, les voix cassées, et pourtant, dans les travées, c’est la fierté qui domine chez les supporteurs haïtiens. Il reste un dernier rendez-vous contre le Maroc, un dernier but à aller chercher.


Sous les lumières encore vives du stade, les maillots bleus et rouges se mélangent. Jean-Michel, maillot de l’équipe nationale d’Haïti sur le dos, entouré de sa petite famille, assure ne pas être déçu du résultat, malgré la défaite de son équipe. « Parce qu'on ne perd jamais, nous, Haïtiens, on ne perd jamais. Parce qu'on est venus là pour la fête, on apprécie ce que les joueurs ont apporté à l'équipe, à la nation haïtienne. Et on espère que c'est un renouveau et qu'on ne va pas attendre 50 ans encore pour revoir une autre sélection à la Coupe du monde. »

Il marque une pause, regarde ses proches et ajoute : « J'ai apprécié l'effort. J'ai apprécié l'effort du staff. J'ai apprécié l'effort de la fédération. J'ai apprécié l'effort des spectateurs. On est satisfaits. »


Un peu plus loin, Nass, 11 ans, ne trouve pas tout de suite les mots. Il aurait au moins voulu voir son équipe marquer contre le Brésil. Le visage triste, il se projette déjà sur le dernier match. Il espère que, contre le Maroc, ses joueurs inscriront enfin ce fameux but qu’il attend.



À ses côtés, son père Jeff refuse de parler de déception : « C'est quand même une fierté. On est dans la Coupe du monde, Haïti revient après 50 ans d’absence, c’est déjà un exploit. Ce n'est qu'un début. »

« Sauver l’honneur… »
Dans les allées qui se vident lentement, Winette Pierre-Louis garde son écharpe Grenadiers bien visible. Accompagnée de sa fille, elle se présente comme une grande fanatique de l’équipe. Elle avoue sa déception, bien sûr, mais refuse d’abandonner l’espoir. Haïti est déjà dehors, mais pour elle, le Maroc n’est pas un match pour rien. L’objectif, dit-elle, c’est simple : « Pour le Maroc, au moins marquer un but. Sauver l’honneur. »

Nelson, lui, a presque perdu la voix à force d’avoir trop crié. Quand il parle, on devine le prix laissé dans les tribunes. « Je suis extrêmement fier parce que nous avons fait de notre mieux et cette équipe a beaucoup de choses à améliorer. Nous sommes en phase de construction. »



Il insiste sur le dernier match, comme un pacte entre l’équipe et le peuple. « Pour le dernier match contre le Maroc, on va soutenir notre équipe jusqu'au bout parce qu'on est loyaux, on sait qu'on a du potentiel, on sait que la prochaine fois sera meilleure. L'idée, c'est de participer et de toujours soutenir notre équipe. « Le message que j’envoie aux joueurs, c’est de ne pas baisser les bras. On doit continuer, c'est une lutte qu'on doit gagner pour tout un peuple, pour toute une nation qui souffre. On a besoin de victoire. Être ici en Amérique, c'est déjà une victoire, mais on peut faire plus, on peut faire beaucoup plus. »


Dans cette marée de drapeaux, François, venu de Washington DC, porte la fatigue d’une longue route et le poids d’un sacrifice financier. Il le dit sans détour : « Oui, c'était cher, mais ça vaut la peine. »

Il a déjà prévu la suite. Pour lui, l’histoire ne s’arrête pas à cette élimination. « Pour le Maroc, je m'attends à ce qu'on fasse la fête et qu'on célèbre. Être dans cette compétition, pour moi, c'est déjà un accomplissement. Alors je ne vais pas rater ce match. Je vais aller à Atlanta pour supporter mon équipe. »

Quand on lui demande ce que ça lui fait de vivre cette Coupe du monde avec Haïti, ici, sur cette terre où la diaspora se reconstruit loin de l’île, ses yeux s’embuent. Les mots se cassent sur les sanglots, mais finissent par sortir : « Vivre ce moment, chanter l’hymne national, la Dessalinienne, devant le monde entier, il n’y a pas suffisamment de mots pour décrire cela. »

Dans les travées du stade, sur le parvis et sur le parking du Lincoln Financial Field, la joie est brésilienne, les sourires aussi. Haïti est éliminée, mais aucun supporter ne parle de fin. Peut-être parce que, comme le répète Jean-Michel : « On ne perd jamais, nous, Haïtiens. »

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