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Guinée : des « donzos » à Conakry, fantasme ou réalité ?

Vendredi 16 Mars 2018

Guinée : des « donzos » à Conakry, fantasme ou réalité ?
Le terme est sur toutes les lèvres en Guinée : les « donzos ». Leurs photos alimentent les réseaux sociaux, qui résonnent de l’écho des inquiétudes et des fantasmes. Ces chasseurs traditionnels de la région de la Haute-Guinée – ou supposés tels – ont en effet paradé dimanche 11 mars au siège du RPG Arc-en-Ciel, le parti au pouvoir.

Habillés de boubous ornés de gris-gris, de miroirs, portant des masques avec des cornes, tenant des queues touffues servant de chasse-mouches… Ils sont apparus en marge d’une réunion extraordinaire convoquée pour préparer une contre-manifestation pour faire pièce à la journée ville morte de l’opposition et à la grève du syndicat des enseignants qui ont paralysé Conakry, ce lundi 12 mars.

Une démonstration de force qui a été déplorée par des responsables de partis politiques et des représentants de la société civile, qui n’ont pas manqué de rappeler que le pays dispose de forces de sécurité légalement habilitées à maintenir l’ordre.

La justice interpellée
À Conakry, les donzos sont perçus comme étant la branche armée du parti au pouvoir, le RPG Arc-en-ciel, comme l’ont été, par exemple, les Kamajors pour l’ancien président Ahmad Tejan Kabbah, en 1996, au Sierra Leone voisin.

Le président du Conseil national des organisations de la société civile, Dansa Kourouma, s’est ainsi inquiété « d’escalades verbales », et de risques « d’affrontements interethniques », pointant ce qu’il a qualifié de « milices ». La direction nationale de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), de son côté, affirme que « pour une énième fois, le RPG a convoyé des donzos de l’intérieur du pays en vue de prendre part à la répression des manifestations de l’opposition ».

Les donzos sont en brousse et non en ville. Toute personne qui vient en ville armée et se disant donzo, c’est pour autre chose », a affirmé Papa Koly Kourouma
L’ancien ministre et leader politique Papa Koly Kourouma a pour sa part appelé à une intervention des forces de l’ordre. « Les donzos sont en brousse et non en ville. Toute personne qui vient en ville armée et se disant donzo, c’est pour autre chose. Le procureur de la République doit pouvoir se saisir de la situation », a-t-il ainsi déclaré.

Au RPG Arc-en-ciel, on ne reconnaît pas les donzos comme une entité du parti. « Ils font toutefois partie de la communauté mandingue et, à ce titre, participent aux réunions de la coordination de ladite communauté, qui se tiennent non loin du siège du parti au pouvoir », précise un cadre du RPG, qui assure que son parti « préfère rester en marge des questions communautaires ».


Ibrahima Magassouba, président de l’Union nationale des chasseurs et guérisseurs traditionnels de Guinée (UNCGTG), considère pour sa part que ceux qui arborent leur tenue pour agir ainsi au nom de « donzos » ternissent l’image de leur corporation. « Ils ne sont pas des nôtres. Ce ne sont pas des chasseurs. Nous les considérons comme des rebelles, des ennemis du pays », a-t-il lâché sur les ondes de la radio privée Espace FM.

Une technique de « dissuasion » ?
« L’habit ne fait pas le moine. Ceux que l’on présente comme des donzos à Conakry ne le sont pas », renchérit un autre proche du parti au pouvoir, sous le couvert de l’anonymat. Pour lui, ceux qui ont ainsi revêtu les attributs de ces chasseurs qui se disent « invulnérables » à Conakry ne feraient ainsi que de l’exhibition, « simplement pour dissuader leurs adversaires, ici l’opposition et autres grévistes ».

La démonstration de force de ces « donzos » a cependant eu des conséquences très concrètes. Certains d’entre eux ont été sérieusement molestés par des manifestants en colère lors de la journée ville morte du lundi au quartier Yimbaya, dans la commune de Matoto, pourtant le fief du parti au pouvoir. Bilan : un fusil de chasse et deux queues de fétiches confisquées par les jeunes déchaînés, rapporte la presse guinéenne.

Des images de trois autres adultes présentés comme étant des donzos « arrêtés » par des jeunes proches de l’opposition dans le quartier de Sonfonia, en haute banlieue de Conakry, circulent aussi abondamment sur les réseaux sociaux.



Le célèbre blogueur guinéen Alimou Sow se dit dubitatif face à ces « trois malheureux individus ». « Dans leur regard, j’ai vu plutôt des vieux grabataires paniqués et non des miliciens prêts à en découdre ou prêts à mourir pour l’honneur », écrit-il sur sa page Facebook. « Sincèrement, je suis persuadé qu’il y a plus de rumeurs et de fantasmes sur les donzos que de réalité ».

Jeune  Afrique

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