L’ancien conseiller à la Primature, Youssou Diallo, a livré une analyse détaillée du profil du nouveau Premier ministre, estimant qu’il correspond parfaitement aux exigences actuelles de l’État sénégalais, notamment dans un contexte économique jugé sensible.
Selon lui, ce choix s’impose presque de lui-même au regard de l’expérience et du parcours du chef du gouvernement. « Concernant le Premier ministre, je crois qu’il n’y a quasiment rien à dire sur son profil. C’est le profil parfait pour un Premier ministre dans le contexte actuel du Sénégal », a-t-il déclaré. Youssou Diallo a rappelé son propre parcours dans les hautes sphères de l’administration, afin d’appuyer son analyse. « J’ai été conseiller spécial du Premier ministre Souleymane Ndéné Ndiaye pendant au moins trois ans. J’ai été aussi conseiller du président pendant à peu près la même durée », a-t-il indiqué.
Pour lui, le profil idéal d’un Premier ministre repose sur une solide expérience de l’État et une maîtrise des questions économiques et financières. « Le profil parfait d’un Premier ministre, c’est d’abord quelqu’un qui a de l’expérience, qui connaît bien l’État, particulièrement dans le domaine économique et financier. Il a le profil de l’emploi », a-t-il expliqué. Il insiste également sur le rôle central de la Banque centrale dans la formation de ce type de profil. « La Banque centrale, c’est presque la banque des États. Vous avez presque tous les jours l’ensemble des données qui concernent nos États », a-t-il souligné, ajoutant que le parcours administratif du nouveau Premier ministre constitue un atout majeur.
Sur le plan économique et social, Youssou Diallo rappelle des pistes de réflexion déjà évoquées dans certains débats publics. « Diminuer les plus hauts salaires. Supprimer un certain nombre de structures. Lever certaines subventions sur les hydrocarbures, sur l’électricité, etc., et faire une relative vérité des prix », a-t-il énuméré. Il estime que ces orientations s’inscrivent dans une logique de rigueur budgétaire souvent associée aux institutions financières internationales. « Il avait enrobé tout cela d’un peu d’orientation et de ciblage, un peu dans le langage du Fonds monétaire international », a-t-il précisé.
Toutefois, il met en garde contre les attentes sociales immédiates en matière de relance économique. « Sur le plan social aussi, ceux qui attendent une relance de l’économie, je crois qu’il va falloir attendre », a-t-il averti. Sur le plan politique, Youssou Diallo analyse les choix du pouvoir comme une stratégie d’équilibre entre réformes et maintien de la stabilité sociale. « Une certaine période, il faut essayer de puiser le maximum au sein du système pour que, au moment où la rupture définitive sera opérée, il puisse au moins puiser le maximum », a-t-il expliqué. Il considère également que le choix du Premier ministre répond à une logique de technicité et de continuité dans la mouvance du projet politique en cours. « Donc il lui fallait prendre un Premier ministre qui ne sorte pas des rangs de la mouvance du projet. Et de ce point de vue-là, c’est un choix adéquat : un profil FMI », a-t-il affirmé.
Enfin, Youssou Diallo estime que ce profil pourrait rassurer les partenaires internationaux, tout en impliquant des réformes économiques potentiellement sensibles. « C’est un Premier ministre qui a été béni par le FMI et par les partenaires techniques et financiers », a-t-il déclaré. Mais il met en garde sur les implications sociales de certaines mesures envisagées : « Pour que le Sénégal puisse rembourser, il faut qu’il diminue ses dépenses et qu’il augmente aussi ses ressources… Mais socialement et politiquement, ça peut être très dangereux pour le régime actuel, si on sait la situation sociale que les Sénégalais sont en train de vivre aujourd’hui. »

