Au lendemain de l’enlèvement spectaculaire du président vénézuélien Nicolás Maduro, le président américain Donald Trump a levé le voile sur ce qui apparaît désormais comme le cœur stratégique de l’intervention américaine : le pétrole. Samedi 3 janvier, il a affirmé vouloir installer « massivement » des compagnies pétrolières privées américaines au Venezuela afin d’exploiter ses immenses réserves de brut, tout en maintenant l’embargo total sur les exportations pétrolières du pays.
Dans une déclaration triomphale, Donald Trump a longuement insisté sur ce qu’il considère comme des « intérêts américains spoliés » depuis des décennies. « C’est pour sa matière brute que nous avons pris le contrôle de la situation », a-t-il assumé, expliquant que si les dirigeants vénézuéliens ont été maintenus en place à l’exception de Nicolás Maduro Washington entend désormais tenir les leviers économiques et stratégiques du pays.
L’embargo comme levier politique
Sur le terrain diplomatique, le message a été affiné dès le lendemain. Sur la chaîne CBS, le secrétaire d’État Marco Rubio a averti que les autorités vénézuéliennes encore en place seraient étroitement surveillées. « S’ils ne prennent pas de bonnes décisions, les États-Unis conserveront de nombreux leviers d’influence pour protéger leurs intérêts, notamment l’embargo pétrolier », a-t-il déclaré, jugeant par ailleurs « prématuré » tout débat sur d’éventuelles élections.
Imposé en 2019 lors du premier mandat de Donald Trump, l’embargo sur le pétrole vénézuélien avait précipité l’effondrement d’un secteur déjà fragilisé. Malgré une légère reprise de la production depuis la pandémie de Covid-19, les niveaux restent très éloignés de ceux qui faisaient autrefois du Venezuela un géant énergétique.
Les plus grandes réserves mondiales
Avec plus de 300 milliards de barils de réserves prouvées, selon l’OPEP, le Venezuela dispose du plus important stock de pétrole au monde. Pourtant, Washington n’a aucun intérêt immédiat à lever l’embargo. Les cours du baril sont bas, l’offre mondiale excédentaire et les perspectives pour 2026 peu favorables. L’objectif affiché par Donald Trump est ailleurs : garder la main sur un « or noir » que les États-Unis convoitent et surveillent depuis plus d’un siècle.
Un siècle de dépendance au pétrole
Autrefois pays essentiellement agraire, le Venezuela s’est profondément transformé au XXᵉ siècle sous l’effet de l’exploitation pétrolière, largement dominée à l’origine par des groupes nord-américains. Dans les années 1940, le président Isaias Medina Angarita tente d’imposer une fiscalité plus exigeante aux compagnies étrangères, avant d’être renversé en 1945.
La nationalisation du secteur intervient finalement en 1976, sous la présidence de Carlos Andrés Pérez, avec la création de PDVSA, qui deviendra un acteur respecté du marché mondial. Mais la chute des prix, l’endettement massif et les inégalités nourriront une profonde défiance envers les élites.
Chavez, nationalisations et bras de fer avec Washington
L’arrivée au pouvoir de Hugo Chávez en 1998 marque un tournant idéologique. Si, dans un premier temps, des compagnies comme Chevron, ConocoPhillips ou ExxonMobil continuent d’opérer, le chef de l’État impose en 2007 une prise de contrôle majoritaire de l’État, via PDVSA, sur les projets de la ceinture de l’Orénoque.
Exxon et ConocoPhillips quittent alors le pays, leurs actifs étant nationalisés. Chevron, en revanche, demeure, exploitant des participations minoritaires — une présence jugée stratégique par Washington et qui, aujourd’hui encore, facilite sa mainmise sur le secteur.
Un pétrole difficile… mais stratégique
Le brut vénézuélien est lourd et visqueux, nécessitant des infrastructures et un savoir-faire spécifiques. Les départs massifs de travailleurs qualifiés ces dernières années ont encore fragilisé la filière. Mais pour peu que les autorités américaines trouvent un terrain d’entente avec de « nouvelles » autorités à Caracas, les majors pourraient investir des dizaines de milliards de dollars pour réparer oléoducs, plateformes et raffineries.
Les États-Unis disposent déjà de raffineries adaptées à ce type de brut, ce qui leur permettrait de transformer ce pétrole en diesel ou en produits dérivés comme l’asphalte. Une reprise significative de la production ferait mécaniquement baisser les prix mondiaux — une mauvaise nouvelle pour d’autres exportateurs, notamment la Russie.
Affaiblir Pékin et Moscou
Au-delà de l’économie, la bataille est aussi géopolitique. Le Venezuela est devenu, ces dernières années, un terrain d’influence majeur pour la Chine et la Russie. Pékin, principal acheteur du pétrole vénézuélien sur le marché parallèle, a vu ses positions renforcées juste avant l’opération américaine.
« Le pétrole est important pour le futur, et c’est aussi une bataille politique contre les Russes et les Chinois », analyse Isabelle Rousseau, directrice du programme énergie au Colegio de México. Elle rappelle toutefois que l’exploitation pétrolière est une affaire de temps long : « Cinq à sept ans sont nécessaires avant une première production significative ».
En maintenant l’embargo tout en préparant l’arrivée des pétroliers américains, Donald Trump semble donc vouloir contrôler le tempo : asphyxier l’économie vénézuélienne à court terme, tout en sécurisant à long terme l’accès à l’une des plus grandes richesses énergétiques de la planète. Une stratégie où le pétrole apparaît plus que jamais comme l’arme centrale de Washington au Venezuela.
Dans une déclaration triomphale, Donald Trump a longuement insisté sur ce qu’il considère comme des « intérêts américains spoliés » depuis des décennies. « C’est pour sa matière brute que nous avons pris le contrôle de la situation », a-t-il assumé, expliquant que si les dirigeants vénézuéliens ont été maintenus en place à l’exception de Nicolás Maduro Washington entend désormais tenir les leviers économiques et stratégiques du pays.
L’embargo comme levier politique
Sur le terrain diplomatique, le message a été affiné dès le lendemain. Sur la chaîne CBS, le secrétaire d’État Marco Rubio a averti que les autorités vénézuéliennes encore en place seraient étroitement surveillées. « S’ils ne prennent pas de bonnes décisions, les États-Unis conserveront de nombreux leviers d’influence pour protéger leurs intérêts, notamment l’embargo pétrolier », a-t-il déclaré, jugeant par ailleurs « prématuré » tout débat sur d’éventuelles élections.
Imposé en 2019 lors du premier mandat de Donald Trump, l’embargo sur le pétrole vénézuélien avait précipité l’effondrement d’un secteur déjà fragilisé. Malgré une légère reprise de la production depuis la pandémie de Covid-19, les niveaux restent très éloignés de ceux qui faisaient autrefois du Venezuela un géant énergétique.
Les plus grandes réserves mondiales
Avec plus de 300 milliards de barils de réserves prouvées, selon l’OPEP, le Venezuela dispose du plus important stock de pétrole au monde. Pourtant, Washington n’a aucun intérêt immédiat à lever l’embargo. Les cours du baril sont bas, l’offre mondiale excédentaire et les perspectives pour 2026 peu favorables. L’objectif affiché par Donald Trump est ailleurs : garder la main sur un « or noir » que les États-Unis convoitent et surveillent depuis plus d’un siècle.
Un siècle de dépendance au pétrole
Autrefois pays essentiellement agraire, le Venezuela s’est profondément transformé au XXᵉ siècle sous l’effet de l’exploitation pétrolière, largement dominée à l’origine par des groupes nord-américains. Dans les années 1940, le président Isaias Medina Angarita tente d’imposer une fiscalité plus exigeante aux compagnies étrangères, avant d’être renversé en 1945.
La nationalisation du secteur intervient finalement en 1976, sous la présidence de Carlos Andrés Pérez, avec la création de PDVSA, qui deviendra un acteur respecté du marché mondial. Mais la chute des prix, l’endettement massif et les inégalités nourriront une profonde défiance envers les élites.
Chavez, nationalisations et bras de fer avec Washington
L’arrivée au pouvoir de Hugo Chávez en 1998 marque un tournant idéologique. Si, dans un premier temps, des compagnies comme Chevron, ConocoPhillips ou ExxonMobil continuent d’opérer, le chef de l’État impose en 2007 une prise de contrôle majoritaire de l’État, via PDVSA, sur les projets de la ceinture de l’Orénoque.
Exxon et ConocoPhillips quittent alors le pays, leurs actifs étant nationalisés. Chevron, en revanche, demeure, exploitant des participations minoritaires — une présence jugée stratégique par Washington et qui, aujourd’hui encore, facilite sa mainmise sur le secteur.
Un pétrole difficile… mais stratégique
Le brut vénézuélien est lourd et visqueux, nécessitant des infrastructures et un savoir-faire spécifiques. Les départs massifs de travailleurs qualifiés ces dernières années ont encore fragilisé la filière. Mais pour peu que les autorités américaines trouvent un terrain d’entente avec de « nouvelles » autorités à Caracas, les majors pourraient investir des dizaines de milliards de dollars pour réparer oléoducs, plateformes et raffineries.
Les États-Unis disposent déjà de raffineries adaptées à ce type de brut, ce qui leur permettrait de transformer ce pétrole en diesel ou en produits dérivés comme l’asphalte. Une reprise significative de la production ferait mécaniquement baisser les prix mondiaux — une mauvaise nouvelle pour d’autres exportateurs, notamment la Russie.
Affaiblir Pékin et Moscou
Au-delà de l’économie, la bataille est aussi géopolitique. Le Venezuela est devenu, ces dernières années, un terrain d’influence majeur pour la Chine et la Russie. Pékin, principal acheteur du pétrole vénézuélien sur le marché parallèle, a vu ses positions renforcées juste avant l’opération américaine.
« Le pétrole est important pour le futur, et c’est aussi une bataille politique contre les Russes et les Chinois », analyse Isabelle Rousseau, directrice du programme énergie au Colegio de México. Elle rappelle toutefois que l’exploitation pétrolière est une affaire de temps long : « Cinq à sept ans sont nécessaires avant une première production significative ».
En maintenant l’embargo tout en préparant l’arrivée des pétroliers américains, Donald Trump semble donc vouloir contrôler le tempo : asphyxier l’économie vénézuélienne à court terme, tout en sécurisant à long terme l’accès à l’une des plus grandes richesses énergétiques de la planète. Une stratégie où le pétrole apparaît plus que jamais comme l’arme centrale de Washington au Venezuela.

