Désignée présidente par intérim du Venezuela par la Cour suprême, au lendemain de l’enlèvement du président Nicolás Maduro par les États-Unis, Delcy Rodríguez s’impose désormais comme la figure centrale du pouvoir à Caracas. À 55 ans, cette avocate aguerrie, pilier du régime chaviste puis maduriste, se retrouve à la tête d’un État plongé dans une crise institutionnelle et géopolitique majeure.
Conformément à la Constitution vénézuélienne, la Cour suprême du Venezuela a ordonné, samedi 3 janvier, à la vice-présidente d’assurer l’intérim du pouvoir pour une durée de 90 jours, invoquant l’absence « temporaire » du chef de l’État. Une décision lourde de sens, qui place Delcy Rodríguez au cœur d’une séquence politique inédite depuis l’arrivée au pouvoir du chavisme.
Quelques heures après l’opération militaire américaine, la nouvelle présidente par intérim a donné le ton. Lors d’une réunion du Conseil de défense de la Nation, retransmise en direct à la télévision publique, elle a fermement rejeté la version avancée par le président américain Donald Trump, selon laquelle elle se serait dite prête à coopérer avec Washington.
« Nous sommes prêts à défendre le Venezuela. Nous sommes prêts à défendre nos ressources naturelles qui doivent servir au développement national », a-t-elle déclaré, dans un discours résolument combatif. Exigeant « la libération immédiate du président Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores », elle a martelé que « l’unique président du Venezuela, c’est le président Nicolás Maduro », réaffirmant ainsi une loyauté totale au chef de l’État capturé.
Un pedigree politique ancré à gauche
Née à Caracas, Delcy Rodríguez est issue d’une famille profondément engagée à gauche. Fille de Jorge Antonio Rodríguez, militant marxiste et fondateur de la Liga Socialista, mort en détention en 1976, elle est également la sœur de Jorge Rodríguez, président de l’Assemblée nationale et autre pilier du régime. Un héritage qui, selon le quotidien d’opposition El Nacional, faisait d’elle « une pièce maîtresse du dispositif politique du madurisme ».
Avocate de formation, Delcy Rodríguez a étudié le droit du travail, notamment en France. Son entrée au gouvernement remonte à 2006, sous Hugo Chávez, comme ministre du Bureau de la présidence. Mais c’est sous Nicolás Maduro que sa carrière connaît une accélération spectaculaire : ministre de la Communication en 2013, ministre des Affaires étrangères de 2014 à 2017 – une première pour une femme – puis vice-présidente en 2018.
À l’annonce de sa nomination à ce poste, Maduro la décrivait comme « une jeune femme courageuse, expérimentée, fille d’un martyr, révolutionnaire et aguerrie par mille combats ». En 2017, elle préside l’Assemblée nationale constituante issue des élections convoquées par le pouvoir, un organe clé qui élargira considérablement les prérogatives présidentielles. Sa défense sans concession du régime lui vaudra le surnom de « tigresse ».
Sanctions et pragmatisme économique
Depuis la réélection contestée de Nicolás Maduro en 2018, Delcy Rodríguez figure sur les listes de sanctions de l’Union européenne et du département du Trésor américain, accusée de violations des droits humains et d’atteintes à l’État de droit. Malgré cela, elle s’est imposée comme une gestionnaire clé des dossiers économiques.
En août 2024, elle hérite en plus des portefeuilles des Finances et du Pétrole, devenant l’architecte de la réponse du pays à l’intensification des sanctions américaines. Le New York Times la décrit comme une « technocrate » capable de « tisser des liens avec les élites économiques », au Venezuela comme à l’étranger. Sa politique pragmatique – privatisations ciblées, fiscalité conservatrice – a contribué à stabiliser une économie exsangue après son effondrement entre 2013 et 2021.
La durée de son mandat reste incertaine. La Cour suprême n’a pas déclaré Nicolás Maduro définitivement absent, ce qui, selon la Constitution, contraindrait à l’organisation d’une élection présidentielle sous 30 jours. En attendant, Delcy Rodríguez avance sur une ligne étroite.
Selon The Guardian, elle devra « marcher sur une corde raide » entre les attentes de Washington et le maintien du soutien des forces armées et des loyalistes bolivariens. Dimanche 4 janvier, elle a franchi un premier obstacle en obtenant la reconnaissance officielle de l’armée.
Pour Atlantic Council, la chercheuse Iria Puyosa estime toutefois que Delcy Rodríguez « ne pourra pas garantir la stabilité nécessaire », en raison d’un soutien fragmenté au sein du parti au pouvoir et d’un chavisme affaibli sur le plan populaire.
À Washington, le ton reste ferme. Donald Trump a affirmé que les États-Unis allaient « diriger le pays jusqu’à une transition sûre et appropriée », tandis que le secrétaire d’État Marco Rubio a jugé « prématuré » de parler d’élections, préférant « juger les actes » de la présidente par intérim.
Propulsée au sommet dans la tourmente, Delcy Rodríguez incarne aujourd’hui la continuité du pouvoir vénézuélien autant que ses contradictions. Figure de fidélité absolue au président capturé, technocrate pragmatique sous sanctions, elle se retrouve au cœur d’un bras de fer historique dont l’issue reste profondément incertaine.
Conformément à la Constitution vénézuélienne, la Cour suprême du Venezuela a ordonné, samedi 3 janvier, à la vice-présidente d’assurer l’intérim du pouvoir pour une durée de 90 jours, invoquant l’absence « temporaire » du chef de l’État. Une décision lourde de sens, qui place Delcy Rodríguez au cœur d’une séquence politique inédite depuis l’arrivée au pouvoir du chavisme.
Quelques heures après l’opération militaire américaine, la nouvelle présidente par intérim a donné le ton. Lors d’une réunion du Conseil de défense de la Nation, retransmise en direct à la télévision publique, elle a fermement rejeté la version avancée par le président américain Donald Trump, selon laquelle elle se serait dite prête à coopérer avec Washington.
« Nous sommes prêts à défendre le Venezuela. Nous sommes prêts à défendre nos ressources naturelles qui doivent servir au développement national », a-t-elle déclaré, dans un discours résolument combatif. Exigeant « la libération immédiate du président Nicolás Maduro et de son épouse Cilia Flores », elle a martelé que « l’unique président du Venezuela, c’est le président Nicolás Maduro », réaffirmant ainsi une loyauté totale au chef de l’État capturé.
Un pedigree politique ancré à gauche
Née à Caracas, Delcy Rodríguez est issue d’une famille profondément engagée à gauche. Fille de Jorge Antonio Rodríguez, militant marxiste et fondateur de la Liga Socialista, mort en détention en 1976, elle est également la sœur de Jorge Rodríguez, président de l’Assemblée nationale et autre pilier du régime. Un héritage qui, selon le quotidien d’opposition El Nacional, faisait d’elle « une pièce maîtresse du dispositif politique du madurisme ».
Avocate de formation, Delcy Rodríguez a étudié le droit du travail, notamment en France. Son entrée au gouvernement remonte à 2006, sous Hugo Chávez, comme ministre du Bureau de la présidence. Mais c’est sous Nicolás Maduro que sa carrière connaît une accélération spectaculaire : ministre de la Communication en 2013, ministre des Affaires étrangères de 2014 à 2017 – une première pour une femme – puis vice-présidente en 2018.
À l’annonce de sa nomination à ce poste, Maduro la décrivait comme « une jeune femme courageuse, expérimentée, fille d’un martyr, révolutionnaire et aguerrie par mille combats ». En 2017, elle préside l’Assemblée nationale constituante issue des élections convoquées par le pouvoir, un organe clé qui élargira considérablement les prérogatives présidentielles. Sa défense sans concession du régime lui vaudra le surnom de « tigresse ».
Sanctions et pragmatisme économique
Depuis la réélection contestée de Nicolás Maduro en 2018, Delcy Rodríguez figure sur les listes de sanctions de l’Union européenne et du département du Trésor américain, accusée de violations des droits humains et d’atteintes à l’État de droit. Malgré cela, elle s’est imposée comme une gestionnaire clé des dossiers économiques.
En août 2024, elle hérite en plus des portefeuilles des Finances et du Pétrole, devenant l’architecte de la réponse du pays à l’intensification des sanctions américaines. Le New York Times la décrit comme une « technocrate » capable de « tisser des liens avec les élites économiques », au Venezuela comme à l’étranger. Sa politique pragmatique – privatisations ciblées, fiscalité conservatrice – a contribué à stabiliser une économie exsangue après son effondrement entre 2013 et 2021.
La durée de son mandat reste incertaine. La Cour suprême n’a pas déclaré Nicolás Maduro définitivement absent, ce qui, selon la Constitution, contraindrait à l’organisation d’une élection présidentielle sous 30 jours. En attendant, Delcy Rodríguez avance sur une ligne étroite.
Selon The Guardian, elle devra « marcher sur une corde raide » entre les attentes de Washington et le maintien du soutien des forces armées et des loyalistes bolivariens. Dimanche 4 janvier, elle a franchi un premier obstacle en obtenant la reconnaissance officielle de l’armée.
Pour Atlantic Council, la chercheuse Iria Puyosa estime toutefois que Delcy Rodríguez « ne pourra pas garantir la stabilité nécessaire », en raison d’un soutien fragmenté au sein du parti au pouvoir et d’un chavisme affaibli sur le plan populaire.
À Washington, le ton reste ferme. Donald Trump a affirmé que les États-Unis allaient « diriger le pays jusqu’à une transition sûre et appropriée », tandis que le secrétaire d’État Marco Rubio a jugé « prématuré » de parler d’élections, préférant « juger les actes » de la présidente par intérim.
Propulsée au sommet dans la tourmente, Delcy Rodríguez incarne aujourd’hui la continuité du pouvoir vénézuélien autant que ses contradictions. Figure de fidélité absolue au président capturé, technocrate pragmatique sous sanctions, elle se retrouve au cœur d’un bras de fer historique dont l’issue reste profondément incertaine.

