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VDP et FDS en désaccord : La lutte contre le terrorisme compromise au Burkina Faso

Lundi 27 Mai 2024

Le mécontentement gronde chez les volontaires pour la défense de la patrie (VDP), venus renforcer l’armée dans la lutte anti-terroriste au Burkina Faso. Ils sont de plus en plus nombreux à abandonner leur poste. En cause, la montée des tensions avec les forces de l’armée régulière et leurs mauvaises conditions de travail. 


La situation semble sans issue. Dans ce camp militaire du Burkina Faso, entre Forces de défense et de sécurité (FDS) et volontaires pour la défense de la patrie (VDP), des supplétifs civils venus renforcer l'armée dans la lutte anti-terroriste, l'entente est rompue. Depuis plusieurs semaines, les VDP ont déposé les armes et fait part d'une liste de réclamations aux FDS, qui les refusent. 

Mauvais traitement, pertes humaines importantes, frustrations matérielles … Pour les VDP, les conditions de travail sont inacceptables. Pierre angulaire de la stratégie militaire du président de la transition Ibrahim Traoré, ils sont ainsi de plus en plus nombreux à abandonner leur poste, soulignant une importante fissure interne dans un pays déjà en proie à une menace jihadiste sans précédent. 

Malgré plusieurs semaines de pourparlers, les deux groupes ne parviennent pas à trouver un accord. "Les revendications des VDP n'ont toujours pas été satisfaites", explique sous anonymat Moussa*, qui côtoie les volontaires quotidiennement. "Ils demandent des armes, l'accompagnement des FDS sur le terrain et le rehaussement de leurs primes, souvent volées par les militaires", précise-t-il à France 24. 

L'engagement des VDP avait pourtant été au-delà des espérances pour IB, surnom donné au capitaine putschiste arrivé au pouvoir en 2022. La campagne visant à recruter 50 000 supplétifs avait dépassé cet objectif et ils avaient été environ 90 000 à s'engager. À Ouagadougou, les ronds-points, pris d'assaut par plusieurs centaines de jeunes venus participer aux "veillées d'armes", ont pris des airs dortoirs à ciel ouvert. Tous avaient vécu l'horreur des violences terroristes. Tous voulaient s'engager comme VDP. 



Une milice chair à canon  
Confronté depuis 2015 aux attaques de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda et à l'État islamique, le Burkina Faso affronte aujourd'hui la "crise la plus négligée au monde" avec plus de 14 000 personnes tuées ces cinq dernières années, dont la moitié depuis janvier 2022, d'après le Conseil norvégien pour les réfugiés. Si les VDP ont été légalement instaurés en 2020 sous la présidence de Roch Marc Kaboré (2015-2022), c'est bien Ibrahim Traoré qui les a hissés en première ligne de son opération de "reconquête" du territoire national, renforçant considérablement leur rôle. Une stratégie à double tranchant dénoncée par plusieurs experts et ONG, car peu formés et mal encadrés, les VDP alimentent les violences contre les civils. 

Aujourd'hui, ils seraient moins de 30 000 combattants sur le terrain, d'après l'ONG Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED). "Le discours n'est plus le même qu'au départ", assure Amadou*, une source burkinabè basée dans la région de l'Est, qui a souhaité garder l'anonymat. "D'un langage fier et patriotique, on est passé à quelque chose de plaintif, moins motivé".

Des ronds-points de Ouagadougou aux dures réalités de la vie sur le terrain, la déception est grande. "Depuis qu'on est là, c'est mensonge sur mensonge", témoigne dans un vocal WhatsApp un VDP de la province du Bam, dans la région du Centre-Nord. Impossibles à vérifier, des messages similaires se multiplient pourtant sur les réseaux sociaux. "Les VDP ont trop peur de parler aux médias. Ils ont peur pour leur sécurité, le sujet est trop sensible", raconte Moussa. Car une loi anti-démoralisation sévit depuis 2019 au Faso.

Les supplétifs civils n'ont pas droit aux téléphones dans leur camp, et profitent de moments volés pour enregistrer leurs plaintes et les diffuser sur les réseaux. D'autres communiquent après avoir abandonné leur poste et pris la fuite. "Beaucoup se plaignent de n'être pas assez accompagnés par les militaires de l'armée", expose Amadou, qui nous dit que trois à cinq FDS seulement seraient envoyés en opération pour une centaine de VDP. Une "milice chair à canon", s'indignent certains observateurs. En effet, les pertes comptabilisées chez les VDP s'alourdissent de jour en jour - jusqu'à 5 000 morts depuis leur création -, d'après les données d'ACLED. 

Des volontaires victimes de mauvais traitements 
À cela s'ajoute le mauvais traitement infligé par les FDS aux VDP, parfois même des violences, faisant monter d'un cran la colère dans les rangs. "Des pères de famille se retrouvent au front, humiliés par des FDS, parfois beaucoup plus jeunes qu'eux, qui les traitent comme des moins que rien", reprend Amadou. D'après les témoignages, non seulement certaines figures militaires se servent sur les primes des VDP, mais elles détournent aussi leur carburant et leurs motos. "Comment voulez-vous qu'il y ait une cohésion sociale entre nous ?", questionne le VDP de Bam dans un vocal WhatsApp. "Trop c'est trop !", menace-t-il, avant d'interpeller le président IB.  

Du côté des Forces armées, la présence de ces supplétifs civils peut être perçue comme une insulte. "Si l'armée fait appel aux civils, c'est qu'elle n'arrive pas à exécuter sa mission comme il se doit", reprend le vocal en appuyant sur le manque d'effectifs militaires. Mais alors que les soldats ont passé un concours pour intégrer l'armée, le recrutement des VDP a amené toute une population de désœuvrés ou d'anciens délinquants à la recherche d'un salaire. 

Pourtant leurs moyens diffèrent de ceux des militaires. Selon un rapport de l'International Crisis Group de décembre 2023, les VDP déplorent l'absence de tenues et d'équipements de protection. Ils se partagent un nombre limité d'armes automatiques individuelles (AK-47), dont la qualité n'est pas toujours bonne. Et alors que leur mission doit les amener à couvrir un territoire plus large, ils manquent de véhicules et de carburant. 

Cible privilégiée des groupes terroristes 
Les VDP dits "communaux" (en opposition aux "nationaux" intégrés dans les camps de l'armée), sont d'autant plus exposés qu'ils sont parfois seuls pour protéger leurs villages. Les groupes terroristes en ont fait leur cible privilégiée, comme cela a été le cas à Noaka en juin 2023, dans la région du Centre-Nord, où les assaillants ont tué une trentaine d'entre eux. Plus récemment en mars, deux villages du Centre-Est abritant des VDP ont été attaqués, faisant une quarantaine de victimes, dont des femmes et des enfants. 

"Dans certaines zones encerclées par les groupes armés, beaucoup ont déserté car ils ne se sentaient pas en sécurité", raconte encore Amadou. "Avec un appui aérien militaire organisé par zone uniquement, quand tu n'as qu'une petite équipe et pas de munitions, qu'est-ce que tu fais ? Certains préfèrent sauver leur peau", conclut-il. France 24 a contacté les autorités de Ouagadougou pour obtenir leur réaction, mais personne n'a répondu aux sollicitations. 

Si le phénomène est impossible à comptabiliser, ils seraient plusieurs centaines à avoir déjà abandonné les armes. D'autres continuent à s'engager. En janvier, Ibrahim Traoré a annoncé augmenter la prime des VDP, la faisant passer de 60 000 francs CFA (91,5 euros) à 80 000 francs (122 euros) mensuel, rendant le poste plus attractif - mais supprimant au passage la prime de carburant. "Beaucoup s'engagent par manque de choix, pour gagner un peu d'argent avant de changer de vie. Tuer ne veut plus rien dire", souffle Amadou. 

Dans un pays où le cycle de la violence semble difficile à enrayer, les VDP sont régulièrement accusés d'exactions contre les populations civiles, "sur fond de délit de faciès et de stigmatisation", dénonce depuis des années le Collectif contre l'impunité et la stigmatisation des communautés (CISC). Dans un rapport publié fin avril, Human Rights Watch (HWR) documente le massacre de 223 civils par l'armée régulière burkinabè (militaires et supplétifs) dans "une attaque de représailles" après une série d'opérations meurtrières menées par des groupes terroristes et ayant coûté la vie à une dizaine de VDP. 

Pour le porte-parole du gouvernement Jean-Emmanuel Ouédraogo, ce rapport "affabulatoire" jette "le discrédit" sur les forces combattantes". Quelques jours après sa publication, les diffusions de BBC Africa et Voice of America (VOA), qui avaient relayé le rapport de HWR, ont été suspendues, rejoignant la longue liste de médias muselés dans le pays. 

France24
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