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Umaro Sissoco Embaló : « Les Américains m’ont conseillé de renforcer ma sécurité rapprochée »

Mardi 19 Octobre 2021

Umaro Sissoco Embaló : « Les Américains m’ont conseillé de renforcer ma sécurité rapprochée »
Moins de deux années se sont écoulées depuis son investiture et Umaro Sissoco Embaló semble partout. Mali, Guinée, Cedeao… Le Bissau-Guinéen s’est imposé comme un intermédiaire privilégié dans plusieurs grands dossiers ouest-africains. Emmanuel Macron ne s’y est d’ailleurs pas trompé en l’invitant à l’Élysée, le 15 octobre. Chef d’État atypique, il n’a pas troqué son franc-parler contre le langage policé des diplomates. Un style cash qui lui a valu d’être surnommé Kim Jong-un par ses pairs et qui resurgit dès que l’on évoque le sort de l’ancien président guinéen, Alpha Condé, ou ses opposants du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC). C’est cela, « l’embaloïsme » : une « manière de faire de la politique » que certains jugent trop abrupte mais dont Umaro Sissoco Embaló a fait sa marque de fabrique.



Comment s’est passé votre entretien avec Emmanuel Macron, qui vous a reçu le 15 octobre à l’Élysée ?
Nous sommes lui et moi sur la même longueur d’onde. Depuis Nino Vieira en 1995, je suis le premier chef de l’État bissau-guinéen à effectuer une visite de travail en France. Emmanuel Macron a compris qu’aujourd’hui, la stabilité est revenue dans notre pays et que le trafic de drogue, c’est de l’histoire ancienne.

Au moment où vous arriviez en France, le 14 octobre, votre chef d’état-major, Biaguê Na N’Tan, évoquait une tentative de coup d’État. Que s’est-il passé?
Sa déclaration, en créole, a été mal comprise et mal traduite. Il a voulu dire que la Guinée-Bissau ne peut pas faire marche arrière et revenir aux coups d’État. Il a conseillé aux jeunes de la police militaire de ne pas accepter de l’argent destiné à acheter leur conscience. C’est tout. Tout le problème vient du fait que le PAIGC est un parti marxiste, qui pense que le monde n’a pas changé. Il a un problème avec l’alternance et la démocratie. À chaque fois qu’il n’est plus aux affaires, il cherche à créer la confusion.

Vous êtes serein dans vos rapports avec l’armée ?
Oui. Elle est devenue républicaine. J’en suis le commandant suprême et le seul chef.


Ce qui est arrivé à Alpha Condé ou à Ibrahim Boubacar Keïta ne vous inquiète pas ?
Non, les circonstances sont différentes. Nos modèles sont le Sénégal et le Cap-Vert, qui sont les seuls pays de l’Afrique de l’Ouest à ne pas avoir connu de coup d’État. Et notre armée est aujourd’hui fière que l’un des siens soit devenu chef de l’État.



Les États-Unis ont promis une récompense de 5 millions de dollars pour toute information permettant l’arrestation de l’ex-chef d’état-major António Indjai, considéré par Washington comme un baron de la drogue. Vous avez dit que vous ne l’extraderez pas. Cet épisode a-t-il jeté un froid diplomatique ?

J’ai dit aux Américains que notre Constitution ne nous permettait pas d’extrader l’un de nos concitoyens. Ils savent où se trouve António Indjai : en Guinée-Bissau. Mais tant que je serai le chef de l’État, il n’y aura pas de kidnapping dans mon pays, je ne le permettrai pas. S’ils ont des preuves, qu’ils nous les donnent. Il sera alors jugé et mis en prison. Mais mettre à prix la tête de l’un de mes citoyens est un manque de respect. Il n’y a pas de petit État, il n’y a que des États.




À la suite de tensions avec le Madem G-15, sous la bannière duquel vous vous étiez présenté à la présidentielle, on vous prête l’intention de créer un nouveau parti. Est-ce le cas ?

Non. Le Madem, c’est moi.

Braima Camará, le président du parti, a tout de même appelé au « respect de l’État de droit » et, évoquant votre gouvernance, il s’est inquiété d’un risque de « dictature »… Il fait de la politique. Moi, je dis que la pagaille et le désordre n’ont plus cours en Guinée-Bissau. Il y a un seul chef : le président de la République. Les autres exécutent, c’est comme ça.

Où en est la réforme de la Constitution ?

C’est en cours. Une commission d’éminents juristes a été créée. Des experts de la Cedeao vont bientôt arriver à Bissau pour encadrer leurs travaux. Quelques points méritent d’être éclaircis. Il faut aussi fonder une Cour constitutionnelle et un Conseil économique, social et environnemental.

Il n’est donc pas question de passer d’un régime semi-présidentiel à un régime présidentiel ?

Non. Dans notre système, je dispose des mêmes pouvoirs qu’Emmanuel Macron. Je préside le conseil des ministres quand je le souhaite, je nomme les ambassadeurs, je peux dissoudre le Parlement… Le qualificatif « semi-présidentiel » signifie juste que le chef du gouvernement est issu de la majorité parlementaire. Mais le chef de l’État peut refuser le Premier ministre qui lui est proposé.



La limite de deux mandats présidentiels peut-elle sauter ?

Non. Et en ce qui me concerne, cette réforme ne remettra pas les compteurs à zéro ! C’est une décision personnelle. J’ai prêté serment en 2020, je peux donc me présenter pour un deuxième mandat en 2025, qui me mènerait jusqu’à 2030. J’aurais alors 57 ans, je serais déjà âgé. Je ne veux pas être un Mugabe.

Le pays fait face à une grève massive de la fonction publique, qui paralyse notamment les hôpitaux. Vous avez comparé leur grève à du « terrorisme »…

Certains syndicats se comportent comme des partis politiques. Comment peuvent-ils lancer un appel au boycott à l’hôpital sans raison valable ? C’est un acte terroriste.

Ils revendiquent de meilleures conditions salariales…

Malheureusement, j’ai hérité d’un pays qui n’avait que de faibles infrastructures sanitaires, mais nous n’avons ni pétrole ni ressources en Guinée-Bissau. Nous payons les fonctionnaires avec les impôts et les taxes, nous sommes le premier pays de l’Uemoa [Union économique et monétaire ouest-africaine] à payer les salaires, le 20 de chaque mois. Beaucoup de présidents me demandent comment nous y parvenons. Je leur réponds qu’en Guinée-Bissau, l’argent de l’État va dans les caisses de l’État. Le président Macron a d’ailleurs salué nos efforts pour combattre la corruption.



Ce mouvement social dure depuis des mois et affecte l’éducation, la santé…

Ce ne sont tout de même pas les gilets jaunes ! Le président du syndicat des professeurs vient d’appeler les enseignants à reprendre leur poste. Ils savent qu’avec moi, il faut être honnête et transparent. À cause de cela, beaucoup pensent que je suis un dictateur. C’est faux.

Certains parlent de « glissement autoritaire »

Ce n’est pas vrai. Je viens de l’armée, je suis un militaire, j’aime la discipline. Gérer un État n’est pas chose facile. Quand je suis arrivé au pouvoir, la Guinée-Bissau était à genoux. Aujourd’hui, nous avons rejoint le concert des nations, et cela devrait satisfaire tous nos concitoyens. Nous avons un accord de principe avec le FMI, et l’accord-cadre devrait être signé en mars 2022. Il y a encore un an, on associait le pays au trafic de drogue. C’est de l’histoire ancienne.

Vraiment ?

Le président français l’a dit, le Portugal et les États-Unis aussi. Les Américains m’ont d’ailleurs conseillé de renforcer ma sécurité rapprochée, car combattre le narcotrafic et la corruption revient à se faire beaucoup d’ennemis. Je leur ai répondu que je mourrai bien un jour. Aujourd’hui, notre police judiciaire dispose de bateaux et de drones. J’ai également autorisé le recrutement de 150 éléments qui seront notamment formés au Brésil et au Portugal… Les Américains m’ont aussi promis leur aide. Redorer le blason de la Guinée-Bissau est mon combat.

Il vous est aussi reproché de trop voyager…

Ces critiques viennent du PAIGC. Nous n’avons pas les moyens de faire des déplacements inutiles. Le Nigeria a plusieurs fois affrété des avions pour que je puisse voyager. L’appareil que j’ai utilisé pour me rendre en France m’a été prêté par la Mauritanie. Il est vrai que la diplomatie a occupé une grande partie de mon agenda cette année. Mais les résultats sont là : ceux qui refusaient de venir dans notre pays en raison de sa réputation nous rendent désormais visite. La Guinée-Bissau est redevenue désirable.

Depuis mon investiture, j’ai reçu plus de quinze chefs d’État. Les présidents d’Afrique du Sud et du Nigeria viendront dans les prochaines semaines. Il est aussi question d’une visite de Recep Tayyip Erdogan. Je recevrai aussi bientôt Jean-Yves Le Drian, le ministre français des Affaires étrangères, et ce sera une première. Je me suis également rendu à l’Union européenne, cela faisait plus de trente ans qu’un chef d’État bissau-guinéen n’y était pas allé. J’ai été reçu par le président du Conseil européen, par celui du Parlement et par les commissaires. Plusieurs pays comme l’Inde, le Venezuela, le Qatar ou l’Arabie saoudite rouvrent une ambassade en Guinée-Bissau, et des hommes d’affaires français et indiens sont enfin de retour.
R


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