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Sonko : « Quand j'entends une certaine opposition défendre Bassirou Diomaye Faye, ça nous fait rire »

Samedi 4 Juillet 2026

Le président de l'Assemblée nationale et président du parti Pastef, Ousmane Sonko, est revenu sur la révision constitutionnelle adoptée par les députés, en dénonçant les critiques visant cette réforme. Lors de son intervention, il a estimé que le vote du Parlement traduisait l'expression de la volonté populaire et a vivement regretté ce qu'il considère comme un éloignement des engagements ayant fondé le combat politique de son camp.


Sans citer directement le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko a laissé entendre que certaines orientations prises récemment étaient en contradiction avec les principes défendus pendant de longues années. « Nous avons tous évité de parler parce que nous savons ce qui s'est passé. Nous le savons, le président sait que nous savons, et ceux qui doivent savoir savent que nous savons. Ce n'est pas normal. C'est tout ce pour quoi nous avons combattu pendant dix ans, avec tous les sacrifices qui ont été consentis : que le président veuille le fouler du pied », a-t-il déclaré.

Le président de Pastef s'est également moqué de l'attitude de certains opposants qui, selon lui, affichent aujourd'hui leur soutien au chef de l'État. « Quand j'entends une certaine opposition aujourd'hui se présenter comme défenseur de Bassirou Diomaye Faye, ça nous fait rire », a-t-il lancé. Pour Ousmane Sonko, l'éloignement des valeurs ayant porté le projet politique du Pastef ouvre la voie à des tentatives de récupération politique.

« La nature a horreur du vide. Quand vous vous séparez de votre âme, de votre base, de votre assiette, de votre assise, évidemment toute sorte de récupérateurs va vous récupérer pour vous orienter vers d'autres causes qui n'ont rien à voir avec l'objet de notre combat. Nous ne pouvons pas l'accepter », a-t-il affirmé.


Le Jeux incohérent de l'opposition 

Cette sortie intervient alors que plusieurs partis ont récemment pris position sur le projet de révision constitutionnelle. Dans un communiqué publié après l'annonce de l'organisation d'un référendum, le Parti démocratique sénégalais (PDS) a appelé les Sénégalais à rejeter le texte.

« Le PDS appelle l'ensemble de ses militants, sympathisants et mouvements de soutien, ainsi que tout le peuple sénégalais, à se mobiliser pour faire barrage à ces réformes et à voter massivement "NON" le jour du scrutin. Ces tentatives répétées de révision de notre loi fondamentale ne sont dictées que par les intérêts personnels d'Ousmane Sonko. Elles trahissent sa soif de pouvoir et sa haine des institutions républicaines, qui constituent pourtant le socle de notre démocratie et de nos libertés », a notamment déclaré le parti dans son communiqué.

L'Alliance pour la République (APR) s'est également exprimée à plusieurs reprises sur le débat institutionnel. Dans ses différentes déclarations publiques, le parti de l'ancien président Macky Sall a principalement concentré ses critiques sur Ousmane Sonko, sans mettre directement en cause le président Bassirou Diomaye Faye.

Cette lecture des rapports entre une partie de l'opposition et le chef de l'État avait déjà été évoquée par Djiby Ndiaye, responsable de la Nouvelle Force Alternative (NFA). Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, il avait affirmé que certains responsables de l'opposition lui auraient demandé de ne pas s'en prendre au président Bassirou Diomaye Faye, mais d'orienter leurs critiques politiques contre Ousmane Sonko. Ces déclarations n'ont toutefois pas été corroborées de manière indépendante par les partis mis en cause.

Diomaye Faye en quête de nouveaux appuis

Interrogé par nos confrères de DW,  Hamadou Tidiane Sy, directeur de l’école de journalisme E-Jicom à Dakar, pense que cette proximité relevait davantage d’un calcul politique que d’une convergence idéologique.
"Je crois que le PDS est en train un peu de vouloir se repositionner dans l'espace politique, parce que n'oubliez pas, après la perte du pouvoir, le PDS a connu une descente aux enfers. Je crois que là, ils se disent que c'est le moment de se rapprocher du cercle du pouvoir pour pouvoir exister", anlayse le journaliste.


Il ajoute : "c'est aussi toute l'opposition en réalité qui est aujourd'hui dans cette dynamique-là. Même si ils ne disent pas qu'ils se rallient à Diomaye, c'est une manière de dire non à Ousmane Sonko, en réalité".

Selon lui, si Ousmane Sonko conserve une influence considérable au sein de Pastef, son discours séduit de moins en moins les autres forces politiques.

"Aujourd'hui, toute la classe politique le voit comme un peu le trouble-fête, celui qui empêche la réconciliation, celui qui a un discours radical contre tout le monde", déclare Hamadou Tidiane Sy.


Pour autant, l’analyste ne voit pas émerger une nouvelle alliance durable autour de Bassirou Diomaye Faye.

Selon lui, les opposants aux réformes institutionnelles ne soutiennent pas nécessairement le chef de l’État ; ils s’opposent avant tout à une démarche attribuée à Ousmane Sonko : "Pour toute l'opposition et toute la société civile, je crois que tous ceux qui sont contre l'adoption de cette loi, tous ceux qui sont en train de quitter l'Assemblée nationale, ce n'est pas pour autant qu'ils soutiennent Diomaye."

Il poursuit : "Je crois que l'idée, c'est de dire ils sont contre cette démarche parce que tout le monde a vu une tentative de récupération de tous les leviers du pouvoir pour les ramener vers l'Assemblée."

Selon Hamadou Tidiane Sy, l’image d’un Pastef de plus en plus exclusif contribue également à rapprocher, de manière ponctuelle, certaines formations politiques du président.

"Ce n'est pas qu'ils se rallient de manière stratégique sur la durée, estime-t-il, mais là au moins de manière circonstancielle, pour régler un problème, et pouvoir ramener le pays sur la voie du dialogue et du consensus qui a quand même caractérisé la démocratie sénégalaise depuis."



Face aux critiques croissantes d’une partie de Pastef, le chef de l’État cherche à consolider sa propre base politique. Dans cette optique, l’appui futur de formations importantes comme le PDS pourrait devenir précieux. Pour Hamadou Tidiane Sy, le président semble déjà préparer l’après-Pastef : "Je crois que lui-même ne se fait plus d'illusions pour ce qui est du Pastef. Comme soutien, si demain il va à un deuxième mandat, il est en train de travailler avec sa coalition "Diomaye Président". Je crois que sa stratégie, c'est de renforcer cette coalition."

L’analyste estime même que la rupture avec le parti d’Ousmane Sonko est désormais consommée. Il explique croire "que pour les gens du Pastef, pour eux, Bassirou Diomaye Faye, c'est déjà du passé, la trahison est actée, en tout cas c'est le terme qu’ils utilisent contre lui."

 

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