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Sonko : « Il n’y a pas de pire trahison que de transformer Fanon en statue...»

Jeudi 18 Décembre 2025

Réunis à Dakar à l’occasion du Colloque international marquant le centenaire de la naissance de Frantz Fanon, chercheurs, intellectuels et acteurs politiques venus de plusieurs continents ont été conviés à une réflexion profonde sur l’héritage du penseur martiniquais. À l’ouverture des travaux, le Premier ministre Ousmane Sonko a livré un discours dense et sans concession, plaçant la désaliénation mentale au cœur du combat pour la souveraineté africaine.

D’emblée, le chef du gouvernement a rappelé la portée universelle de l’œuvre fanonienne. « Frantz Fanon n’a vécu que trente-six années, mais trente-six années d’une intensité telle que le monde n’a pas encore fini d’en recevoir la secousse », a-t-il déclaré, soulignant que sa pensée demeure « brûlante, indispensable » parce que les blessures qu’il a identifiées n’ont pas encore été guéries.

Pour Ousmane Sonko, Fanon fut avant tout un psychiatre engagé, capable de diagnostiquer les ravages intimes du colonialisme. « Il a vu que le colonialisme n’était pas seulement une administration, mais une pathologie ; pas seulement un système, mais un traumatisme », a-t-il insisté. Selon lui, la domination coloniale a laissé des cicatrices durables dans les consciences africaines : peur de désobéir, quête permanente de validation extérieure et difficulté à rompre avec des modèles imposés.

Le Premier ministre a ainsi averti contre les indépendances inachevées. « Une indépendance qui ne libère pas les consciences n’est qu’un décor renouvelé », a-t-il rappelé, reprenant l’analyse fanonienne selon laquelle la souveraineté reste fictive tant que les structures mentales héritées du colonialisme demeurent intactes.

Dans cette perspective, Ousmane Sonko a plaidé pour une véritable politique publique de la désaliénation. « La désaliénation est un projet national. La désaliénation est une condition de la souveraineté », a-t-il martelé, appelant à une revalorisation des langues africaines, des cultures locales et des imaginaires longtemps marginalisés.

Refusant toute muséification de Fanon, le chef du gouvernement a conclu sur une mise en garde claire : « Il n’y a pas de pire trahison que de transformer Fanon en statue. Fanon n’est pas un monument, il est un mandat. Et ce mandat nous oblige. »

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