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Six mois après son retour au pouvoir, Donald Trump impose une dérive autoritaire aux États-Unis

Dimanche 20 Juillet 2025

 Six mois après son retour spectaculaire à la Maison Blanche, Donald Trump a profondément transformé les États-Unis. Une métamorphose politique brutale, analysée par Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS et directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis à Columbia University.

Selon Sciora, le pays connaît aujourd’hui une mutation politique inédite depuis les années 1930. « Je pensais que les États-Unis allaient, en deux ans, ressembler à la Hongrie de Viktor Orban. Je me suis trompé. Il n’aura fallu que quelques mois », affirme-t-il. Le virage est clair : autoritarisme assumé, affaiblissement des contre-pouvoirs et mise au pas de plusieurs institutions.

Un pouvoir sans contrepoids
Dès son installation, le duo Trump-Vance  avec J.D. Vance comme vice-président  s’est attaqué frontalement à l’équilibre institutionnel. Le Congrès a vu ses prérogatives rognées, tandis que l’exécutif s’est emparé d’une partie du pouvoir judiciaire. Le ministère de la Justice a perdu son indépendance, plusieurs agences fédérales ont été fermées, et les grandes universités comme Columbia se voient imposer des restrictions idéologiques : interdiction d’enseigner la théorie critique de la race ou la théorie du genre, mises sous tutelle administrative. « Même Orban n’a pas osé aller aussi loin », souligne Romuald Sciora.

La Cour suprême, désormais clairement alignée sur la vision de Donald Trump, vient de retirer aux juges fédéraux la capacité de bloquer les décisions présidentielles au niveau national. « C’est une rupture historique », insiste le chercheur.

Une révolution conservatrice assumée
Donald Trump applique avec rigueur le programme qu’il avait annoncé : bannissement des personnes transgenres de l’armée, officialisation de l’anglais comme langue unique, réduction des dépenses publiques et fermeture d’institutions. Des milliers de fonctionnaires ont été licenciés, le ministère de l’Éducation est en voie de suppression, et les médias publics sont attaqués ou démantelés.

Ces mesures radicales trouvent un écho favorable dans sa base électorale. « Il a démontré qu’avec une volonté politique, on pouvait réformer brutalement. C’est un succès du point de vue de ses électeurs », estime Sciora.

Une économie fragile sous un vernis de dynamisme
Malgré une croissance apparente et un chômage à 4,1 %, la réalité sociale est plus nuancée. « 70 % des emplois créés sont précaires, sans couverture santé ni droits sociaux », note Romuald Sciora. Le FMI a d’ailleurs alerté sur les risques liés au protectionnisme, à l’inflation persistante et à l’explosion du déficit budgétaire. Les expulsions massives ont par ailleurs provoqué une pénurie de main-d’œuvre dans l’agriculture.

Une base fidèle malgré les controverses
Interrogé sur les effets des scandales, notamment l’affaire Epstein, Sciora reste sceptique quant à leur impact sur la popularité du président. « L’affaire sera vite oubliée. Trump continue d’aligner les succès aux yeux de sa base : politique étrangère musclée, lutte contre l’immigration, réformes conservatrices. »

La « MAGA Nation » reste donc soudée, portée par une rhétorique triomphaliste et la crainte d’un retour des élites traditionnelles. La réforme budgétaire, surnommée « One Big Beautiful Bill », est perçue comme un acte fondateur de cette nouvelle ère trumpiste.


Pour Romuald Sciora, la véritable inquiétude réside dans la stratégie électorale à venir. « La carte électorale a été redessinée au profit des républicains, le vote par correspondance est menacé, et les attaques contre le droit de vote s’intensifient », avertit-il.

À quelques mois des élections de mi-mandat, l’Amérique semble s’être engagée sur la voie d’une république semi-autoritaire, à l’image d’Orban ou de Poutine, selon Sciora. « N’oublions pas, conclut-il, que Donald Trump est un homme qui a déjà tenté un coup d’État en 2021. Aujourd’hui, il règne en maître. »

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