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Sénégal – Israel : un rapprochement étonnant (Par Adama Ndione)

Mercredi 7 Juin 2017

Comme on ne s’y attendait pas, le Sénégal va restaurer ses relations diplomatiques avec Israël. L’axe Dakar Tel Aviv avait été gelé après que le Sénégal a co-parrainé la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations Unies en décembre dernier, qui a condamné la politique de colonisation israélienne, et a décrit Jérusalem orientale et ses sites sacrés comme «territoire palestinien occupé».

À l’époque, Israël avait rappelé son ambassadeur au Sénégal et avait suspendu ses programmes d’aide. Avec cette restauration des liens entre les deux parties, Israël va retourner son ambassadeur à Dakar, et le Sénégal appuiera la candidature d’Israël au statut d’observateur auprès de l’Union africaine (dixit le premier ministre israélien Netanyahou).

La diplomatie est un art c’est vrai, et certains enjeux internationaux dépassent la passion et l’émotion, que certains modestes citoyens comme moi peuvent ne pas cerner ou maîtriser. Cependant, l’on peut avoir un sérieux problème de compréhension de ce renouement des relations diplomatiques entre le Sénégal et Israël, sous quatre angles:

DU POINT DE VUE HISTORIQUE :

Le Sénégal, depuis 2005, dirige le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, avec l’élection le 7 février 2005, de son Excellence Paul Badji, représentant permanent du Sénégal auprès de l’ONU à l’époque, à la présidence du comité.

Il s’agit d’une structure créée par la Nations Unies au lendemain du vote de la résolution 3236 du 22 novembre 1974, qui garantit à la Palestine : le droit à l’autodétermination sans ingérence extérieure, le droit à l’indépendance et à la souveraineté nationale, et le droit des Palestiniens de retourner dans leurs foyers et vers leurs biens, d’où ils avaient été déplacés et déracinés. L’Onu avait aussi estimé que la réalisation de ces droits était indispensable au règlement de la question de Palestine.

Aussi, ce même comité, actuellement composé de 22 pays membres issus des 5 continents, et de 26 observateurs, dont l’Union Africaine, la Ligue des États Arabes et l’Organisation de la Conférence Islamique, participent aux travaux du Comité. Aujourd’hui, que fait-on de cette commission? Perçu sous cet angle, ce rapprochement est d’autant plus paradoxal qu’il ressemble à un pied de nez face à cette responsabilité que le Sénégal est sensé assurer.

DU POINT DE VUE POLITIQUE :

Il est vrai que les chefs d’Etats sont de facto et de jure mandatés pour prendre des décisions au nom des citoyens qui les ont mis à leur tête. Nonobstant cet état de fait, il est aussi une obligation d’aller dans le sens voulu par les citoyens. Politiquement parlant, basé sur la dimension historique que j’ai évoquée plus haut, cette main tendue pose aussi bien un problème de logique que moral, et de cohérence.

Un problème de logique d’abord car la genèse de la froideur entre les deux pays est le vote par le Sénégal à l’Onu (en compagnie de la Nouvelle-Zélande, du Venezuela et de la Malaisie), exigeant de nouveau d’Israël qu’il arrête immédiatement et complètement toutes ses activités de peuplement dans les territoires palestiniens occupés, y compris Jérusalem-Est. Un vote de haute portée symbolique salué par plusieurs pays, au moment où l’Egypte avait pris peur et battu en retraite.

Un problème moral aussi car, si on analyse cette mesure sous la sphère de l’éthique politique, on se rend compte de l’incongruence de ce rapprochement entre Dakar et Tel Aviv dans le sens où on savait déjà que l’Etat hébreux a besoin des pays africains afin d’élargir ses supports dans le continent, et que le Sénégal avait l’occasion de s’ériger en sentinelle contre un tel retour, et par la même occasion augmenter son influence sur le dossier palestinien.

Un problème de cohérence car, si la proposition d’adhésion du Maroc, la demande de la Tunisie d’un statut d’observateur et un accord avec la Mauritanie sont à l’ordre du jour du sommet, comment peut-on comprendre que Israël veuille être “membre observateur” d’une institution africaine (UA)? Déjà les Chefs d’Etat et de gouvernement devaient examiner le dossier déposé par le Maroc pour rejoindre ce groupement régional en tant que membre à part entière, mais le royaume chérifien a choisi de ne plus venir.

DU POINT DE VUE SPIRITUEL :

On sait que la quasi-totalité des pays de cette sous-région africaine sont à prédominance musulmane, et donc sensibles à la cause palestinienne. Vu sous la perspective de l’opinion publique, ce rapprochement pourrait aussi être perçu d’un mauvais œil surtout en cette période de Ramadan. Une grande partie des sénégalaise avait déjà exprimé sa satisfaction lorsqu’Israël a rappelé son ambassadeur et menacé le Sénégal de représailles.

Dans un contexte d’intensification de la colonisation des territoires palestiniens (Gaza Naplouse Ramallah Hébron Jénine Jéricho Bethlehem) par la nouvelle équipe gouvernementale israélienne formée en 2015 par Benyamin Netanyahou et qui intègre les partis d’extrême droite Foyer juif de Naftali Bennett et Israel Beytenou d’Avigdor Liberman, apprendre que le Sénégal continue de s’activer pour être un allié d’Israël a forcément du mal à passer.

DU POINT DE VUE ECONOMIQUE :

Déjà que la présence de Benyamin Netanyahu à ce 51e sommet de la CEDEAO à Monrovia était controversé, avec le boycott du Maroc et du Niger qui a drastiquement réduit sa présence en signe de protestation. Pour un sommet axé sur la sécurité et l’économie, enregistrer la présence du Premier ministre israélien, qui est le symbole même de la persécution des palestiniens (je vous laisse ce lien http://tempsreel.nouvelobs.com/…/bande-de-gaza-3-temoignage…) pose plusieurs problèmes.

Le Sénégal, futur Etat gazier et pétrolier (?) suscite déjà toutes les convoitises et Israël n’est pas en reste. Aussi, on annonce que Benyamin Netanyahu est venu avec un plan d’investissement de 1 milliard de dollars dans les énergies renouvelables, et que les détails d’un tel investissement devraient être connus lors du premier sommet Israël-Afrique organisé au Togo en octobre prochain. Pourquoi subitement un tel intérêt particulièrement pour le Sénégal, de la part d’un pays qui il y a six mois brandissait le gourdin contre Dakar ? Je vous laisse répondre à cette question.

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