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«On m’a conseillé d’aller me suicider parce que je suis lesbienne», raconte Emilie Lopez

Lundi 27 Mai 2019

PRIS POUR CIBLE Emilie Lopez, ex-rédactrice en chef de « Touche pas à mon Poste », a été menacée de mort sur les réseaux sociaux par des individus qui lui reprochent d’être lesbienne


«Tout a débuté il y a quatre ans, quand j’ai commencé à faire de la télé. J’ai toujours assumé mon homosexualité auprès de mes proches, alors en parler en public, dans les émissions auxquelles je participe, s’est fait tout naturellement. Mais ça n’a visiblement pas été du goût de tout le monde… A chaque fois que je suis sur le plateau de TPMP [Touche pas à mon Poste] ou de CQDLT [C’est que de la télé], et que je parle de ma compagne, de notre relation, j’ai systématiquement droit le soir en rentrant chez moi à des messages d’insultes sur les réseaux sociaux. Tout ça s’est amplifié il y a un an et demi. Les messages un peu relous ont laissé place à des insultes, de plus en plus graves, puis dernièrement à des menaces de mort.

« J’ai reçu une vidéo d’un garçon en train de se masturber, qui me disait "Tu vas voir je vais te la mettre profond quand je vais arriver devant le studio" »
Ces derniers mois, c’est allé crescendo avec des messages terrifiants. J’ai reçu un jour une vidéo d’un garçon en train de se masturber, qui me disait « Tu vas voir je vais te la mettre profond quand je vais arriver devant le studio ». Puis en octobre dernier, un mec sur Instagram m’a conseillé « d’aller me suicider », et s’en est pris à ma compagne. Cet individu s’exprimait avec sa véritable identité, et avec une vraie photo de profil, et ça m'a vraiment fait flipper ! Je me suis rendu compte que tout ça était bien réel, et j’ai décidé d’aller porter plainte, pour la première fois.

Après cet épisode un peu traumatisant, j’ai décidé de quitter les réseaux quelque temps. J’ai ressenti comme un trop-plein, surtout après le décès en fin d'année de mon grand-père, je n’arrivais plus à faire face à toutes ces commentaires négatifs. J’ai fait une pause de deux mois sur Twitter, mais j’y suis rapidement retournée, essentiellement pour des raisons professionnelles. Les insultes ont ensuite repris de plus belle. Et en avril, j’ai reçu de nouvelles menaces de mort, que j’ai prises très au sérieux. Je suis allée porter plainte, pour la seconde fois.

Avec un peu de recul, je mesure aujourd’hui que j’ai de la chance d’avoir été accompagnée durant cette épreuve. Que ce soit les plateformes [Instagram et Twitter ont rapidement supprimé les contenus litigieux], ou les policiers qui se sont occupés de mon affaire, j’ai le sentiment d’avoir été écoutée, ce qui je sais n’est pas le cas pour tout le monde. J’ai aussi pu compter sur mes proches, et sur mes collègues de Touche pas à mon Poste : Valérie Benaïm a été extraordinaire avec moi, Matthieu Delormeau aussi [lui aussi est victime d’insultes homophobes sur les réseaux sociaux] et bien sûr Cyril Hanouna.

« Quand je vais au boulot ou quand je sors des studios, je regarde derrière moi »

Tout ce qui s’est passé ces derniers mois a laissé a eu un impact sur ma vie au quotidien... Quand je vais au boulot ou quand je sors le soir des studios de C8, je regarde toujours derrière moi, et d’une manière générale, je prends davantage de précaution lorsque je me déplace. Je vis avec cette angoisse permanente que quelqu’un s’en prenne un jour à moi. Mais je ne vais pas changer pour autant ! Je vais continuer, comme je l’ai toujours fait, à poster des photos de vacances de mon couple, à parler des filles que je trouve jolies…

Eh puis sur les réseaux, il n’y a pas toujours que du négatif. Je reçois beaucoup de messages de jeunes filles qui s’identifient à moi. Certaines me remercient parce qu’elles ne se sentent pas assez représentées à la télé, d’autres me posent des questions sur le coming out, je reçois aussi des messages de femmes mariées à des hommes qui veulent quitter leurs maris, des mamans de jeunes femmes lesbiennes également, qui souhaitent avoir des conseils… Quand c’est trop compliqué, je les renvoie vers des assos comme SOS homophobie ou le Refuge. C'est ça aussi les réseaux sociaux...»
20minutes.fr

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