Menu

Mary Teuw Niane : « Reprenons le numérique aux marchands de haine »

Dimanche 20 Septembre 2026

L’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, le professeur Mary Teuw Niane, appelle à une prise de conscience face aux dérives des réseaux sociaux et à leurs effets sur la jeunesse sénégalaise. Dans une contribution intitulée « Arracher une jeunesse à l’emprise de Lucifer », publiée ce dimanche 20 septembre 2026, il plaide pour une utilisation du numérique fondée sur le savoir, l’esprit critique, l’effort et les valeurs.


Pour Mary Teuw Niane, Internet et les réseaux sociaux constituent d’abord une avancée majeure dont les possibilités sont considérables. « Internet et les réseaux sociaux sont parmi les plus extraordinaires conquêtes scientifiques et technologiques de notre temps. Ils donnent à l’être humain une puissance presque prométhéenne : celle de créer, d’apprendre, de transmettre et de transformer », écrit-il.

Mais cette puissance, prévient-il, peut également être détournée. « Le même outil peut servir la connaissance ou l’ignorance, rapprocher ou diviser, éclairer ou aveugler. Le numérique peut être une lumière pour l’esprit. Il peut aussi devenir une arme contre les consciences. »

L’ancien recteur de l’Université Gaston Berger pointe particulièrement l’usage des plateformes numériques comme espaces de propagation de fausses informations, d’attaques et de haine. « C’est lorsque le numérique devient l’instrument du mensonge, de la calomnie, de la haine et de l’humiliation que commencent les tentations de Lucifer », affirme-t-il.

Selon lui, cette situation favorise l’émergence de comportements collectifs où l’agressivité prend parfois le dessus sur la réflexion. « Des consciences fragiles peuvent alors être manipulées et transformées en meutes numériques : on y confond l’insolence avec le courage, la rumeur avec l’information et l’invective avec le débat. »

Et d’ajouter : « Quand la meute crie, la vérité finit par ne plus être entendue. À force de bruit et d’agressivité, les voix du savoir finissent par se taire. »

« Entrer dans le monde numérique sans perdre notre âme »

Mary Teuw Niane ne prône cependant pas un rejet des nouvelles technologies. Il souligne leur place désormais incontournable dans la société. « Nous ne pouvons nous tenir à l’écart du numérique. Il irrigue désormais l’économie, l’éducation, la santé, l’administration, la culture et les relations entre les citoyens. »

À ses yeux, le véritable enjeu réside dans la manière dont ces outils sont utilisés : « La question n’est plus de savoir s’il faut entrer dans le monde numérique. La question est de savoir comment y entrer sans perdre notre âme. »

Il appelle ainsi à repenser la notion même d’alphabétisation. « Alphabétiser aujourd’hui, ce n’est plus seulement apprendre à lire et à écrire. C’est aussi savoir calculer, comprendre, vérifier une information, accéder au savoir et maîtriser les outils numériques. Être alphabétisé au XXIᵉ siècle, c’est aussi savoir distinguer le vrai du faux. »

L’universitaire insiste surtout sur l’effort et l’acquisition de compétences. « La jeunesse doit surtout être poussée à s’approprier le goût de l’effort et l’amour à relever les grands défis de la Nation : apprendre, travailler, patienter, acquérir des compétences et mériter ce qu’elle aspire à devenir. » Pour lui, « il n’y a pas de grand avenir sans effort, sans savoir et sans discipline ».

Deux chemins pour la jeunesse

Mary Teuw Niane estime que deux voies se présentent aujourd’hui à la jeunesse sénégalaise. « Le premier est celui de la facilité : la rumeur, l’invective, le manichéisme, le jugement sans preuve, la haine de celui qui pense autrement. » À ce chemin, il oppose celui qui consiste à « lire, apprendre, vérifier, écouter, réfléchir, argumenter, reconnaître ses erreurs et respecter l’adversaire ».

« Le premier chemin produit du bruit. Le second construit l’avenir. La meute suit. La jeunesse libre pense », résume-t-il, avant d’affirmer : « C’est ce second chemin que nous devons offrir à notre jeunesse. »

Cette transformation numérique doit, selon lui, s'accompagner d'un retour aux valeurs. « La conquête du numérique doit aller de pair avec la reconquête de nos valeurs : jom, wer, fit, yaru, sutura, xam, yewen, dëggu dignité, honneur, retenue, respect, savoir, générosité, vérité et conscience. » « Ces valeurs ne sont pas les vestiges du passé. Elles sont les fondations morales de notre modernité », soutient-il.

« Que nos téléphones soient des fenêtres sur le monde »

Le professeur Mary Teuw Niane appelle ainsi à former une génération capable de conjuguer progrès technologique et maîtrise de soi : « Nous voulons une jeunesse capable de maîtriser les technologies les plus avancées sans perdre la maîtrise d’elle-même ; ouverte au monde sans renier ses racines ; capable de débattre sans haïr, de contester sans humilier et de s’opposer sans déshumaniser. » Il avertit : « Maîtriser la technologie sans se maîtriser soi-même, c’est donner une puissance immense à une conscience fragile. »

L’ancien ministre invite les Sénégalais à transformer leurs appareils numériques en outils de progrès. « Faisons de nos téléphones, de nos ordinateurs et de nos réseaux des instruments de connaissance, d’éducation, d’innovation, d’unité et de solidarité  jamais des armes de division. »

« Que nos téléphones soient des fenêtres sur le monde, jamais des prisons pour nos consciences », poursuit-il, rappelant que « la technologie nous donne des outils. Elle ne doit jamais nous voler notre libre arbitre ».

« Reprenons le numérique aux marchands de haine »

Dans la dernière partie de sa contribution, Mary Teuw Niane durcit le ton contre ceux qui, selon lui, utilisent le numérique pour propager la haine et manipuler la jeunesse. « Il est temps de rejeter les tentations de Lucifer et de mettre la puissance de Prométhée au service de l’homme, du savoir et du progrès », lance-t-il.

Puis il appelle à une mobilisation : « Reprenons le numérique aux marchands de haine. Reprenons notre jeunesse à ceux qui veulent l’égarer. Reprenons nos consciences à ceux qui veulent les asservir. »

Pour le professeur, l’enjeu dépasse la seule utilisation des réseaux sociaux et touche au projet de société : « C’est à ce prix que nous construirons un Sénégal souverain, juste, prospère et solidement adossé à ses valeurs fortes. »

Il conclut en appelant la jeunesse à passer du statut de simple utilisatrice du numérique à celui d’actrice de la transformation du pays : « Notre jeunesse ne doit pas être une armée de consommateurs de contenus. Elle doit devenir une armée de créateurs, de bâtisseurs et de citoyens. » « Tel est notre ADN. Tel doit rester notre cap », ajoute Pr Mary Teuw Niane.
exclusif net

Nouveau commentaire :


Dans la même rubrique :
< >



SPORTS

« Je ne mettrai pas un autre maillot que celui de la France » : cette phrase rattrape le malgache Zacharie Boucher

Équipe nationale : Patrick Vieira lance son mandat avec de nouveaux visages et des retours

Équipe nationale : Lamine Sy, la récompense d’un début de saison remarqué

Équipe nationale : Issa Soumaré, la surprise du chef

Equipe de France : voici la première liste de Zinedine Zidane

Lions : Patrick Vieira ouvre les portes à deux nouveaux gardiens

Sadio Mané forfait, Krépin Diatta non convoqué : les explications de Patrick Vieira

Patrick Vieira officiellement présenté : « Être sélectionneur du Sénégal est un rêve absolu »

Patrick Vieira dévoile sa première liste : 29 Lions convoqués, plusieurs nouveaux visages

« Quatre ans, c’est trop » : Pape Sidy Ba alerte sur le contrat de Patrick Vieira





PEOPLE

« Femme forte » : le coup de gueule d’Esther UHA

À Touba, Awa Fall confie : « De près, on comprend à quel point on ne savait pas grand-chose »

Kandi Burruss : son ex-mari Todd Tucker fait des révélations sur leur vie intime après 11 ans de mariage

Yaye Awa Dièye, le sourire qui illumine « Yonubercy »

Ciblée à son arrivée au Sénégal, Mourzane Ousmanou rebondit dans le digital

Dakar Olympic City : hôtels, bureaux et 660 appartements prévus à Diamniadio

Musique : Paco Diatta lève le mystère sur « La Lettre J » et dénonce les ravages de la jalousie

Satou, plus de 20 ans d’engagement au service du hip-hop

Thaïlande : un influenceur nigérian meurt après une opération d’agrandissement du pénis

JOJ Dakar 2026 : l’actrice Néfertiti Sow affiche sa fierté et son engagement