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Macky Sall, une image en déclin après la publication d’un rapport accablant

Mardi 18 Février 2025

 
Présentement, Macky Sall fait le tour du monde pour répondre aux invitations des différentes rencontres en tant qu’ancien président de la République du Sénégal, afin de partager son expérience et son expertise. Cependant, son image se ternit davantage depuis la publication d’un rapport sur sa gestion. En effet, la Cour des comptes a pointé de graves irrégularités dans la gestion des finances publiques sous sa présidence, entre 2019 et mars 2024. Alors que les chiffres de la dette et du déficit budgétaire s’avèrent bien plus élevés que ceux des documents officiels, les soutiens de l’ancien régime dénoncent une instrumentalisation politique.

 
Le constat est accablant : détournements massifs, surfinancements, dépenses engagées sans autorisation parlementaire… Les « graves anomalies » révélées par le rapport de la Cour des comptes sur la situation des finances publiques au Sénégal sous la présidence de Macky Sall dénoncent une mauvaise gestion financière. Publié le 12 février, ce document émis par une institution indépendante remet en cause les chiffres officiels de la dette et du déficit budgétaire.

 
« L’encours total de la dette de l’administration centrale budgétaire s’élève à 18 558,91 milliards de francs CFA [environ 28 milliards d’euros] au 31 décembre 2023, représentant 99,67 % du PIB », note le rapport. Un taux bien supérieur aux 74,41 % affichés par le gouvernement de Macky Sall. Même écart conséquent pour le déficit budgétaire de 2023 : annoncé à 4,9 % dans les documents officiels, il atteindrait en réalité 12,3 % selon la Cour des comptes.
 
Ces nouvelles données renforcent les accusations de mauvaise gouvernance et de « falsification des données économiques » déjà émises par le gouvernement du Premier ministre Ousmane Sonko. En septembre 2024, l’audit financier réclamé par le président Bassirou Diomaye Faye et réalisé par le tout nouveau Pool judiciaire financier en charge de la lutte contre la corruption avait déjà relevé des irrégularités dans la gestion des finances publiques du régime précédent.
 
« Le régime de Macky Sall a menti au peuple et aux partenaires en falsifiant les chiffres pour donner une image économique trompeuse », avait critiqué Ousmane Sonko. Fin décembre, il évoquait une situation « catastrophique », mentionnant un déficit budgétaire de 10,4 % du PIB et une dette publique de 76,3 % du PIB.
 
Le rapport met en lumière de nombreux manquements au mépris des règles budgétaires et des procédures existantes, telles que des « fautes de gestion, des gestions de fait ou des infractions à caractère pénal ». « Plusieurs dépenses ont été engagées en dehors des circuits budgétaires normaux et sans autorisation parlementaire », a déclaré le ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération, Abdourahmane Sarr, lors d’une conférence de presse le 13 février.
 
Sont également en cause d’importants détournements, des emprunts au-delà des besoins réels de l’État, des transferts opaques vers des comptes spécifiques, des dettes non comptabilisées et des écarts entre les chiffres officiels et la réalité. Autant de manquements rapportés dans ce premier audit, qui expliquent l’atteinte d’un seuil critique.
 
La « trajectoire d’endettement doit être rapidement inversée pour préserver la soutenabilité des finances publiques et éviter de compromettre les équilibres économiques à long terme », avertit le rapport. Ses conclusions soulignent des risques pour la stabilité financière du Sénégal.
 
Les partisans de Macky Sall dénoncent des annonces qu’ils jugent néfastes pour l’attractivité du pays. « Cela pourrait avoir de graves conséquences sur l’image du Sénégal à l’international, notamment en matière de négociation avec les partenaires financiers et les institutions de crédit », a critiqué Pape Malick Ndour, ancien ministre des Sports, de la Jeunesse et de l’Emploi sous Macky Sall, lors d’une conférence de presse le 13 février.
 
Le 4 octobre dernier, l’agence de notation Moody’s avait déjà abaissé la note du Sénégal à B1 en réaction aux résultats de l’audit du gouvernement. Dans la foulée, le Fonds monétaire international (FMI) avait suspendu son programme de décaissement en attendant la publication du rapport de la Cour des comptes, révisant à la baisse les prévisions de croissance du pays, qui passent de 7 % à 6 % en 2024.
 
À la publication du rapport, le FMI a toutefois réaffirmé « son engagement à accompagner les autorités dans la suite du processus » et félicité « l’engagement des autorités en faveur d’une plus grande transparence ».
 

Réformes et poursuites judiciaires

Dans un communiqué publié le 12 février, le gouvernement a annoncé des réformes structurelles pour corriger les nombreuses failles mises en lumière par l’audit. Le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, a détaillé des mesures ambitieuses visant à renforcer la gestion des finances publiques et le contrôle des institutions.
 
« Une approche plus transparente » pour une « gouvernance rigoureuse », incluant des contrôles stricts, la digitalisation des services, la centralisation de la dette et des réformes fiscales, notamment sur le Code général des impôts. Le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko ont fait de la transparence et de la redevabilité leurs priorités, avec la lutte contre la corruption comme thème central de leur campagne électorale.
 
Le pouvoir est particulièrement scruté par une population en quête de justice et de changement. Outre les réformes administratives et institutionnelles, le gouvernement s’engage dans la reddition des comptes des anciens cadres du régime de Macky Sall, promettant des poursuites judiciaires contre les responsables de malversations et détournements de fonds publics.
 
Le ministre de la Justice, Ousmane Diagne, a réitéré le 13 février que des enquêtes visant à retracer les flux financiers illicites étaient en cours. Elles pourraient entraîner des poursuites devant la Haute Cour et le Pool judiciaire financier, qui a remplacé en septembre 2024 l’ancienne Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI).
 
Si la majorité des infractions concerneraient des « faux en écriture, détournements de deniers publics, blanchiment d’argent ou enrichissement illicite », le garde des Sceaux n’a pas exclu la possibilité de poursuites contre Macky Sall pour haute trahison. Avec ces graves révélations, quelle est désormais la valeur de Macky Sall sur la scène internationale ?
 
Pour ses partisans, cette reddition des comptes est une « chasse aux sorcières » et une « criminalisation politique de l’ancien régime ». Ils dénoncent notamment le Pool judiciaire financier comme responsable de « procédures politiques » visant les anciens cadres de Macky Sall.
 
Depuis l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye, les enquêtes et poursuites judiciaires se multiplient : plusieurs demandes de levée d’immunité ont été déposées, des interdictions de sortie du territoire ont visé d’anciens ministres, et le député Farba Ngom, proche de Macky Sall, est poursuivi pour blanchiment de capitaux.
 
Les membres de l’Alliance pour la République (APR), parti de Macky Sall, dénoncent une instrumentalisation de la justice à des fins politiques.
Au siège du parti à Mermoz, ce jeudi 13 février, l’ancien ministre Pape Malick Ndour a fustigé une « nouvelle machination politicienne » et une « cabale orchestrée par Sonko ».
« Il veut faire porter la responsabilité de son échec annoncé à d’autres », a-t-il affirmé. Youssou Diallo, ancien cadre du régime de Macky Sall, a quant à lui critiqué la Cour des comptes, s’interrogeant : « Où était-elle entre 2019 et 2024 pour ne rien voir, rien constater ? »

Très attendue par les uns, contestée par les autres, la reddition des comptes continue de susciter de vives réactions au Sénégal.


Avec Le Point.fr


 

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