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Macky-Mimi-ABC : l'âpre bataille

Mardi 27 Avril 2021

A l’heure de l’exercice du pouvoir, Macky Sall a connu des différends avec ses compagnons de route. Mimi Touré, Moustapha Cissé Lô, Abc, Youssou Touré, entre autres, ont parfois tiré sur lui. Des attaques qui ne laissent pas indifférent le président de la République.

On savait que c’était l’usage dans le monde politique. Un espace rythmé par des attaques entre rivaux, où il n’y a pas de code d’honneur. Jusque-là, rien de grave, tant que c’est l’opposition qui tire sur le pouvoir et vice-versa. Mais, quand l’inverse se produit, tout est chamboulé. Quand ce sont des collaborateurs du chef de l’Etat qui crachent du feu sur lui, un malaise s’installe. Le Président Macky Sall a longtemps vécu ça. Le chef de l’Alliance pour la république (Apr) est resté, pour certains de ses collaborateurs, un leader de parti, le banni du Parti démocratique sénégalais (Pds), avec qui ils ont vécu des moments de galère. Rien d’autre. Ils s’autorisent des sorties hors des cadres de leur parti. Des déclarations qui, parfois, vont à l’encontre de la ligne de leur parti. Au nom de leur liberté, de leur niveau d’engagement sur le chemin qui a mené Macky Sall au pouvoir, il s’attaque (ou) vertement au chef. On les compte volontiers. Alioune Badara Cissé, Aminata Touré, Moustapha Cissé Lô, Youssou Touré, entre autres, n’ont souvent pas hésité à critiquer Macky Sall. Des sorties diversement appréciées au sein de l’Apr où certains collaborateurs du chef de l’Etat font souvent dans la réplique pour, disent-ils, défendre leur mentor. Mais lui, le principal concerné n’a jamais jugé utile de commenter ces sorties sur la place publique. Au pire des cas, il active la commission de discipline de l’Apr pour solder ses comptes. Même s’il ne le dit pas, ces attaques contre sa personne et qui viennent de son propre camp ont sûrement un effet sur lui. Comment Macky Sall vit-il les sorties de ses compagnons ? «Cela ne le dérange pas. Il n’accorde aucune importance à ses déclarations. C’est parce que les gens en parlent qu’il y a du bruit, mais lui, personnellement, il n’est jamais à l’origine d’une interpellation sur une sortie d’un de ses collaborateurs contre sa personne», jure un membre influent du cabinet présidentiel.


De ces déclarations sur la place publique, les plus épiées sont celles du médiateur de la République, Alioune Badara Cissé. Sa brouille avec le Président Sall était des plus inattendues, au vu de la relation fraternelle qui liait les deux hommes, bien avant qu’il n’arrive au pouvoir.  «Je lui ai demandé pourquoi nos rapports se sont autant détériorés. Je ne trahis aucun secret parce que tout ça, je le dirai un jour ou je l’écrirai un jour. Et ça peut être imminent. Il m’a dit que c’est parce que nous sommes allés en mission à Bruxelles, que je l’ai laissé là-bas, pour aller à Bamako, sans qu’il ne sache où j’étais parti. Je lui ai demandé s’il y avait autre chose ? Il m’a dit que c’était tout. J’ai trouvé cela tellement trivial», a expliqué Abc sur la Télévision Futurs Médias (Tfm). C’est lui qui, au lendemain de son éviction du poste de ministre des Affaires étrangères, disait qu’il était «le géniteur de l’Apr». Un «bébé» qu’il n’a jamais cessé de suivre. Il a toujours porté un œil critique sur la marche de ce parti, quitte à se mettre à dos certains responsables de l’Apr. Le principal concerné, lui n’a jamais bronché ou du moins publiquement. «Quand Abc dit que le Président a une seule oreille, c’est une appréciation, mais il sait que le Président n’est pas influencé par des tiers. Il se fait son opinion par lui-même, en tenant compte des éléments du réel. Macky Sall n’est pas un homme excité, ni excessif. C’est un homme qui a beaucoup de retenue. Il est serein et n’est pas emporté par la première information qu’il reçoit. Cela ne l’impacte pas du tout et ne modifie en rien la perception qu’il a pour ses amis. Il ne commente même pas ces sorties. Ce sont les gens qui en parlent à ses côtés et lui rappellent que ces gens-là ont été à ses côtés, mais il ne prend jamais l’initiative, lui, de revenir sur ces déclarations. Jamais», affirme-t-on dans le cabinet présidentiel. Comme pour dire que Macky Sall s’était préparé à faire face à ce genre de situation.


«C’est un problème d’ego exacerbé»


Dans l’entourage du Président Sall l’on estime que lui comprend parfois les raisons qui expliqueraient ces sorties aux allures d’attaques contre sa personne. Derrière le rideau politique, se jouerait une sorte de guerre des ego, de querelles d’hommes et non de principes. «Ils pensent qu’ils ont un destin et que Macky Sall n’est pas leur patron. C’est un problème d’ego exacerbé. Mimi Touré, par exemple, n’a rien à voir avec notre histoire et notre conquête et pourtant, elle a été nommée Garde des Sceaux, puis Premier ministre. Macky Sall ne commente pas ses sorties. Il est dans l’action. En politique, il y a un principe : il y a ceux qui font l’âne pour avoir du foin. Il faut regarder les affaires de manière concomitante», analyse un proche du chef de l’Etat. Un problème d’ego, c’est sous cet angle aussi que Moussa Diaw voit ces différentes sorties. «C’est dû à leur mécontentement et à leur frustration de la manière dont ils ont été écartés du pouvoir. Il y a aussi un problème d’ego. Ils ont été avec le Président Sall, défendu sa cause et aujourd’hui, tout est remis en cause. Ils manifestent un ras-le-bol du fait qu’ils n’ont pas accepté la manière dont ils ont été remerciés. Certains sont des membres fondateurs et considèrent avoir les mêmes responsabilités en termes de création du parti, par conséquent se voir écarté de ce projet constitue un acte insupportable de leur part. Leurs déclarations cachent beaucoup de rancœur et de tristesse», analyse le Docteur en Sciences politiques, enseignant-chercheur à l’Université Gaston Berger (Ugb) de Saint-Louis. Selon lui, c’est le jeu politique qui est comme ça. Mais il y a surtout, le fait que Abc, Mimi Touré et autres s’inscrivent dans une logique de concurrence par rapport à ce qu’ils ont vécu. «Ils sont dans une stratégie de conquête du pouvoir parallèle.»


Sacrifiée sur l’autel de la réconciliation entre Macky Sall et Idrissa Seck, qui a hérité de la présidence du Conseil économique, social et environnemental, Aminata Touré a, au sein de l’Apr, une trajectoire en dents-de-scie : tantôt aux premières loges, tantôt au fond de la classe. Elle a toujours été vue comme trop ambitieuse par nombre de responsables de l’Apr. Mais Mimi Touré ne s’est jamais départie de cette tenue de «rebelle». Elle dit toujours ce qu’elle pense. Au lendemain du Conseil présidentiel pour l’insertion et l’emploi des jeunes tenu jeudi dernier, Mimi Touré s’est invitée au débat. «La question de l’emploi des jeunes doit être précédée par celle de la préservation des emplois existants. Pour sortir d’un trou, il faut d’abord arrêter de creuser, n’est-ce pas ? Il faut donc conserver les emplois existants et retrouver les emplois perdus dans les secteurs très touchés par la covid-19, comme le tourisme, l’hôtellerie, la restauration, qui sont des secteurs clé de notre économie», a-t-elle écrit sur sa page Facebook, comme pour dire au chef de l’Etat, Macky Sall, de revoir sa copie. «Macky Sall ne commente ces sorties qu’à l’occasion, d’autant plus que les sorties, si on les analyse, sont des sorties de contributions et non des sorties méchantes. La sortie de Mimi Touré sur ce qu’il y a lieu de faire, avant de s’engager dans le nouveau programme pour l’emploi et l’insertion des jeunes, c’est de récupérer les emplois perdus avant le covid-19 et durant le covid-19. C’est une idée émise qui participe au programme d’ensemble pour l’emploi et l’insertion professionnelle des jeunes. Il ne faut pas lui donner l’importance qu’elle n’a pas, déjà qu’il n’y a pas de malveillance fondamentalement sur les propos tenus. Abc parle du troisième mandat comme quelqu’un qui est intéressé, donc ça n’impacte pas sur nous. Il n’en parle ni pour le pays, ni pour nous. Il est avéré qu’il est dans une dynamique de positionnement. C’est connu», commente-t-on, dans le cabinet du Président Sall.


«Mimi Touré, Abc et Cissé Lô n’ont pas la même personnalité»
Bien avant ces sorties de Mimi Touré ou encore Abc, l’Apr a connu la virulence de Moustapha Cissé Lô. Surnommé «El Pistolero», il tirait sur presque tout le monde. Pour régler le cas ‘’Cissé Lô’’, Macky Sall a dû activer la commission de discipline de leur parti pour expulser le tonitruant député, en juillet dernier. Mais depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Le chef de l’Apr a comme réussi à dompter le lion qui sommeillait en Moustapha Cissé Lô. Plus de déclarations sur la place publique. Contrairement à Mimi Touré ou Abc. «Leurs rapports avec le Président ne sont pas les mêmes. Leurs ambitions peuvent déterminer leur comportement, les justifier, mais ça peut ne pas être le cas pour Cissé Lô», recadre-t-on au sein de l’entourage proche du Président. Un argument partagé par le Dr Diaw. Il dit : «Ce ne sont pas les mêmes relations. Moustapha Cissé Lô est différent de Mimi ou Abc. C’est une question de personnalités. Abc, Mimi Touré, c’est de fortes personnalités, de gens qui se considèrent comme étant des républicains, des responsables au même pied que les gens qui ont fondé le parti. Ils se considèrent comme des éminences de l’Apr, par conséquent, ils n’admettent pas leur mise en congés de cette façon. C’est inadmissible de voir, sans aucune courtoisie, une mise à l’écart. C’est insupportable de leur part. Ce sont des personnalités de premier plan.» Dans tous les cas, le professeur en sociologie politique, Ibou Sané, estime que ces personnalités doivent comprendre que «Macky Sall est un chef d’Etat, c’est pourquoi il doit être au-dessus de la mêlée. Il ne peut plus jouer dans la même cour que tout le monde. Certains lui reprochent d’être inaccessible, mais c’est normal, sinon il devient un personnage ordinaire. C’est pourquoi, il faut qu’il prenne de la hauteur. Le problème, c’est que les gens pensent qu’ils doivent être à leur poste à vie. Ils sont les meilleurs, les plus intelligents, qu’ils ont créé le parti ensemble, qu’ils ont accompagné le président, mais un chef d’Etat doit ratisser large pour consolider son pouvoir. Ils pensent que ceux qui sont venus à la dernière heure doivent être systématiquement écartés. Il y a une sorte de rébellion. En général, ce sont des gens qui n’ont pas de base politique solide, il faut qu’ils se fassent entendre.»

L'OBSERVATEUR
La Redaction



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