La rupture entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, au-delà du désaccord de gouvernance qu’il indique, . révèle l’impossibilité structurelle de faire coexister deux légitimités au sommet de l’État.
Le slogan « Sonko moy Diomaye » avait fusionné deux figures complémentaires pour la conquête du pouvoir : l'un incarnait la fureur populaire et la rupture ; l'autre, la respectabilité institutionnelle. Mais Machiavel l'enseigne : les alliances forgées pour prendre le pouvoir deviennent des chaînes dès qu'il s'agit de régner.
Le piège le plus redoutable pour un Prince n'est jamais l'opposition lointaine, mais le rival qui siège à ses côtés. Avec le temps, Sonko était devenu un centre autonome de puissance. Il conservait la rue, l’émotion militante et une capacité de mobilisation exceptionnelle.
Et, la croisade contre l'homosexualité allait servir de détonateur à cette fracture. En effet, la loi du 31 mars, durcissant la répression, a consacré l'image d'un Sonko, seul dépositaire de la ligne dure du régime. Hélas, une dynamique fondée sur l'intransigeance morale finit toujours par échapper à celui qui prétend la contrôler.
Le basculement intervient avec l’arrestation de Matar Ndiaga Seck, un proche du Premier ministre, dans une affaire d’« actes contre nature ». L'arme redoutable de cette affaire n'était pas l'individu dans le fond, mais le contenu potentiel de son téléphone portable : messages, vidéos, réseaux et secrets susceptibles de déranger la quiétude d’un ami de longue date. Sait-on jamais ! Mais, tant que Sonko était aux affaires, son influence sur l'appareil sécuritaire lui servait de bouclier ; les données étaient saisies, mais leur exploitation étaient en partie sous contrôle, sans compter l’immunité que confère la posture de Chef du Gouvernement. En limogeant Sonko, Diomaye ne se contente pas de neutraliser un concurrent : il s’empare seul du téléphone. Et la DIC repasse sous le contrôle exclusif du Palais. L'exploitation des données numériques échappe ainsi définitivement à tout filtrage. Le Prince recentralise l'autorité de l'État et confisque les secrets de son ancien allié.
Le détonateur immédiat fut cependant politique. Le 22 mai, à l’Assemblée nationale, Sonko critique publiquement le Président sur la question des fonds politiques, déclarant sans détours que ce dernier s'est « trompé ». En contestant ouvertement le chef de l'État à la tribune, il franchit la ligne rouge institutionnelle. Quelques heures plus tard, le décret tombe : Diomaye met fin aux fonctions de Sonko et dissout le gouvernement.
Dans une lecture machiavélienne, ce limogeage correspond au moment exact que e Prince a choisi pour reprendre l’intégralité de son autorité face à un allié devenu trop envahissant et, assez exposé. du fait de sa proximité avec son ami arrêté. La séparation devenait dès lors une stricte nécessité de gouvernance.
Et, le retournement est saisissant : l'inquisiteur de la morale publique qui s’était fait le héraut de la lutte contre l’homosexualité a fini par se brûler au bûcher qu'il avait lui-même allumé.
Par Malick SONKO
Le slogan « Sonko moy Diomaye » avait fusionné deux figures complémentaires pour la conquête du pouvoir : l'un incarnait la fureur populaire et la rupture ; l'autre, la respectabilité institutionnelle. Mais Machiavel l'enseigne : les alliances forgées pour prendre le pouvoir deviennent des chaînes dès qu'il s'agit de régner.
Le piège le plus redoutable pour un Prince n'est jamais l'opposition lointaine, mais le rival qui siège à ses côtés. Avec le temps, Sonko était devenu un centre autonome de puissance. Il conservait la rue, l’émotion militante et une capacité de mobilisation exceptionnelle.
Et, la croisade contre l'homosexualité allait servir de détonateur à cette fracture. En effet, la loi du 31 mars, durcissant la répression, a consacré l'image d'un Sonko, seul dépositaire de la ligne dure du régime. Hélas, une dynamique fondée sur l'intransigeance morale finit toujours par échapper à celui qui prétend la contrôler.
Le basculement intervient avec l’arrestation de Matar Ndiaga Seck, un proche du Premier ministre, dans une affaire d’« actes contre nature ». L'arme redoutable de cette affaire n'était pas l'individu dans le fond, mais le contenu potentiel de son téléphone portable : messages, vidéos, réseaux et secrets susceptibles de déranger la quiétude d’un ami de longue date. Sait-on jamais ! Mais, tant que Sonko était aux affaires, son influence sur l'appareil sécuritaire lui servait de bouclier ; les données étaient saisies, mais leur exploitation étaient en partie sous contrôle, sans compter l’immunité que confère la posture de Chef du Gouvernement. En limogeant Sonko, Diomaye ne se contente pas de neutraliser un concurrent : il s’empare seul du téléphone. Et la DIC repasse sous le contrôle exclusif du Palais. L'exploitation des données numériques échappe ainsi définitivement à tout filtrage. Le Prince recentralise l'autorité de l'État et confisque les secrets de son ancien allié.
Le détonateur immédiat fut cependant politique. Le 22 mai, à l’Assemblée nationale, Sonko critique publiquement le Président sur la question des fonds politiques, déclarant sans détours que ce dernier s'est « trompé ». En contestant ouvertement le chef de l'État à la tribune, il franchit la ligne rouge institutionnelle. Quelques heures plus tard, le décret tombe : Diomaye met fin aux fonctions de Sonko et dissout le gouvernement.
Dans une lecture machiavélienne, ce limogeage correspond au moment exact que e Prince a choisi pour reprendre l’intégralité de son autorité face à un allié devenu trop envahissant et, assez exposé. du fait de sa proximité avec son ami arrêté. La séparation devenait dès lors une stricte nécessité de gouvernance.
Et, le retournement est saisissant : l'inquisiteur de la morale publique qui s’était fait le héraut de la lutte contre l’homosexualité a fini par se brûler au bûcher qu'il avait lui-même allumé.
Par Malick SONKO

