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Ismail Madior Fall sur le 3e mandat : «Si les circonstances pour changer sa parole se présentent… »

Dimanche 12 Mars 2023

Auteur d’une contribution largement partagée en 2011 sur l’inconstitutionnalité de la troisième candidature du président Abdoulaye Wade, Ismaïla Madior Fall adopte, douze ans après, une autre posture. Le professeur de droit devenu Garde des sceaux défend sans ambages une troisième candidature de Macky Sall. Justifiant ses deux postures sur une même question, Ismaïla Madior Fall qui se veut « nuancé» refuse systématiquement qu’on lui parle de morale dans cette affaire juridico-politique.

 « Dans la première partie de l’article que j’avais écrit en 2011, j’avais parlé de la constitutionnalité apparente de la candidature de Wade. La deuxième partie était intitulée ‘de l’inconstitutionnalité évidente de la candidature de Wade’. J’avais à l’époque des amis dans le pouvoir ils m’ont dit professeur on aime votre première partie parce que dans la première partie vous défendez la candidature de Wade. Mes amis de l’opposition me disaient : on aime votre deuxième partie parce que vous montrez que la candidature de Wade est d’une inconstitutionnalité évidente. Je suis d’accord que j’ai beaucoup plus développé sur l’inconstitutionnalité de la candidature de Wade et je maintiens cette posture intellectuelle», se rappelle-t-il. 

Ceci, dit-il, pour montrer qu’il est beaucoup plus « nuancé que beaucoup d'universitaires qui interviennent actuellement ». « Pour moi un universitaire doit être nuancé et doit toujours relativiser son propos. Il doit être dialectique», a ajouté Ismaïla Madior Fall à l’attention de ses confrères universitaires. A l’époque (2011), se rappelle-t-il, beaucoup de gens avaient dit que la candidature était inconstitutionnelle. Mais, lui, ne s’était pas limité à ces simples déclarations. « J'ai ajouté un seul élément. J’avais dit : la déclaration du président de la République selon laquelle il ne peut être candidat doit être considéré comme une source de droit et peut lui être opposée ». Comme c’est le cas actuellement d’ailleurs avec le président Macky Sall qui a déclaré à plusieurs reprises qu’il ne peut pas être candidat en 2024. 



 Mais, ajoute le ministre de la justice, « le conseil constitutionnel m’a répondu dans sa décision portant proclamation de la liste des candidats (en 2012) que la parole du président de la République ne peut être considérée comme une source de droit ».

 Depuis, le professeur de droit croit en la primauté du raisonnement juridique et politique dans ce cas de figure. « Je privilégie la rationalité politique qui voudrait que le président soit candidat. Je ne peux pas identifier le poids de la dimension morale dans cette question du troisième mandat. Je ne suis pas un moraliste. Je ne suis pas un spécialiste de la science morale mais un spécialiste de la science juridique. Je crois à la rationalité juridique qui est la dictée dite avec autorité de la chose jugée par le conseil constitutionnel et la rationalité politique », indique-t-il. 

Interrogé sur la valeur de la parole donnée dans la vie, le ministre sert : « La parole elle est importante et il faut s’employer, autant que faire se peut, à la respecter. Et si les circonstances pour changer sa parole se présentent, on peut changer de parole et communiquer de façon appropriée sur le changement de parole. Fut-il président de la République, empereur ou roi. Ce n’est pas la fin du monde ».

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