Le président du parti ACT, Ibrahima Thiam, a vivement critiqué la politique française de hausse des frais d’inscription appliquée aux étudiants étrangers extra-européens. Dans une tribune aux accents politiques et diplomatiques, il estime que cette orientation fragilise l’influence culturelle et intellectuelle de la France en Afrique et risque de remettre en cause des décennies de coopération éducative entre Paris et les pays africains.
Selon lui, « la France a longtemps incarné une certaine idée de l’universel » grâce à son système éducatif, sa langue et sa culture. « Son école, ses universités, sa langue et sa culture ont rayonné bien au-delà de ses frontières grâce à une conviction simple : le savoir devait être un pont entre les peuples, non un privilège réservé à ceux qui peuvent payer », affirme-t-il.
Mais pour Ibrahima Thiam, la généralisation des frais d’inscription fortement majorés pour les étudiants étrangers constitue « une erreur stratégique profonde ». Il estime que cette décision budgétaire pourrait affaiblir « l’un des derniers leviers de l’influence positive de la France sur le continent africain ».
L’homme politique sénégalais évoque également son propre parcours universitaire en France pour illustrer son propos. « Formé en France, j’ai eu la chance de bénéficier d’un enseignement de qualité qui m’a permis de grandir intellectuellement, professionnellement et humainement », souligne-t-il. « Cette formation ne m’a pas éloigné de mon pays ; elle m’a au contraire donné les outils pour servir à la fois le Sénégal et la France. »
Selon lui, les étudiants africains formés dans les universités françaises ne représentent pas « une charge », mais « un investissement d’avenir ». « Une fois diplômés, beaucoup deviennent des cadres, des chercheurs, des entrepreneurs ou des responsables influents dans leurs pays respectifs », rappelle-t-il, estimant qu’ils deviennent ensuite « des ambassadeurs naturels de la France ».
Le président du parti ACT dénonce ainsi « toute la contradiction de la politique actuelle » menée par Paris. « D’un côté, la France affirme vouloir renforcer sa coopération avec l’Afrique et annonce des investissements massifs sur le continent. De l’autre, elle ferme progressivement les portes de ses universités à cette jeunesse africaine qui devrait pourtant être le principal relais de cette coopération », regrette-t-il.
Pour Ibrahima Thiam, « la véritable influence ne se construit pas uniquement avec des financements ou des contrats économiques ». « Elle se bâtit aussi dans les amphithéâtres, les bibliothèques, les laboratoires et les rencontres humaines », insiste-t-il.
L’auteur de la tribune estime également que l’augmentation des frais d’inscription modifie profondément l’esprit de sélection universitaire. « La sélection ne se fait plus sur le mérite ou l’excellence académique, mais sur les moyens financiers », déplore-t-il. Une orientation qui, selon lui, « envoie un message regrettable à une génération entière : celui d’une France qui se replie et qui doute désormais de sa propre vocation universelle ».
Face à cette situation, de nombreux étudiants africains se tournent désormais vers d’autres destinations universitaires comme le Canada, les États-Unis, la Turquie, la Chine ou encore les pays du Golfe. « Ces pays ont compris que former la jeunesse étrangère constitue un puissant outil d’influence, de coopération et de partenariat durable », affirme-t-il.
Ibrahima Thiam appelle à préserver les liens universitaires et humains entre la France et l’Afrique. « La relation entre la France et l’Afrique mérite mieux qu’une logique comptable », soutient-il. « L’avenir des relations franco-africaines se construira surtout dans la capacité à continuer d’accueillir, de former et d’inspirer une jeunesse qui ne demande qu’à participer à une aventure commune. »
