Au-delà de sa dimension spirituelle, le Grand Magal de Touba s'impose de plus en plus comme un puissant levier économique pour le Sénégal. Une étude réalisée par l'Université Alioune Diop de Bambey et l'Université Cheikh Ahmadoul Khadim de Touba estime à 630 milliards de francs CFA les retombées économiques générées par cette édition, soit une hausse spectaculaire par rapport aux 250 milliards de FCFA enregistrés en 2017.
Présentée le 28 juillet, cette étude met en évidence l'importance croissante du plus grand rassemblement religieux du pays, qui accueille cette année encore plusieurs millions de pèlerins venus du Sénégal et de la diaspora.
Selon les chercheurs, cette progression s'explique d'abord par la croissance démographique de Touba, mais aussi par l'engouement grandissant autour du Magal, devenu un rendez-vous religieux, culturel et identitaire incontournable, notamment pour les jeunes générations.
Le professeur Souleymane Astou Diagne, économiste et coordonnateur de l'étude, souligne que l'augmentation du nombre de pèlerins entraîne mécaniquement une hausse de la consommation.
« Le refuge que constitue Serigne Touba est de plus en plus important. On parle d'une hypothèse de plus de cinq millions de pèlerins, donc la consommation est plus forte », explique-t-il.
Les éleveurs et agriculteurs en première ligne
Les principaux bénéficiaires de cette dynamique économique restent les acteurs du secteur agroalimentaire. Chaque Grand Magal entraîne une forte demande en produits agricoles et en bétail.
Selon l'étude, plus de 600 000 poulets sont consommés durant l'événement, tandis qu'environ 100 000 petits ruminants sont sacrifiés pour répondre aux besoins des familles et des dahiras.
Cette demande profite aux producteurs installés dans plusieurs régions du pays, notamment à Ziguinchor, Fatick, Kaolack, Tambacounda ou encore Dakar, qui intensifient leur production plusieurs semaines avant le Magal.
Les services financiers profitent aussi de « l'effet Magal »
L'étude révèle également que les retombées dépassent largement les secteurs de l'agriculture et du commerce. Les opérateurs de transfert d'argent et de mobile money enregistrent une augmentation d'au moins 60 % de leur chiffre d'affaires pendant la période du Magal, portée par les transferts effectués par les familles et la diaspora.
Les transports, l'hôtellerie, la restauration, le commerce de détail, les télécommunications et de nombreuses activités informelles bénéficient également de cette forte mobilisation populaire.
Un rendez-vous économique régional
Au fil des années, le Grand Magal est devenu un véritable carrefour commercial en Afrique de l'Ouest. Des commerçants venus du Mali, de la Mauritanie, de la Guinée et d'autres pays de la sous-région convergent vers Touba pour profiter de cette importante activité économique.
Au-delà de la ferveur religieuse, le Grand Magal confirme ainsi son statut de moteur de croissance pour de nombreux secteurs de l'économie sénégalaise. Avec des retombées désormais estimées à 630 milliards de francs CFA, l'événement s'impose comme l'un des plus importants rendez-vous économiques et sociaux du pays, démontrant que la foi peut aussi constituer un puissant catalyseur de développement.

