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Fonds de la presse : le CDEPS critique la gestion du régime Pastef et dénonce la convocation de Lissa Faye

Mardi 31 Mars 2026

Le Conseil des Diffuseurs et Éditeurs de Presse du Sénégal (CDEPS) a exprimé sa vive préoccupation après la convocation du journaliste Ibrahima Lissa Faye à la Sûreté urbaine, en lien avec ses prises de position sur la gestion du Fonds d’Appui et de Développement de la Presse (FADP) au cours des deux dernières années.


Dans un communiqué rendu public ce 31 mars 2026, l’organisation professionnelle dénonce une atteinte à la liberté d’expression et au libre exercice du journalisme. « Le CDEPS exprime sa vive préoccupation à la suite de la convocation du confrère Ibrahima Lissa Faye à la Sûreté urbaine, en lien avec ses prises de position sur la gestion scandaleuse et illégale du Fonds d’Appui et de Développement de la Presse (FADP) ces deux dernières années », indique le texte.

Le CDEPS rappelle que « l’analyse critique de la gestion des ressources publiques relève pleinement de l’exercice du journalisme et de la liberté d’expression, piliers de tout État de droit ». Selon l’organisation, le journaliste « n’a fait que mettre en lumière des faits chiffrés et vérifiables, qui appellent un débat public transparent et contradictoire, non une intimidation policière ou judiciaire ».

Sur le fond, le communiqué met en cause la répartition du FADP pour l’année 2025. « L’examen des données disponibles fait apparaître un déséquilibre préoccupant dans l’allocation des ressources du FADP 2025 », souligne le CDEPS, précisant que « sur un montant global de 1,9 milliard, une part de 42,2% du budget global, soit 801,24 millions FCFA, est captée par les médias de service public et les structures de gouvernance ».

L’organisation juge cette concentration d’autant plus problématique que « ces entités bénéficient déjà de financements directs de l’État », ajoutant que « l’APS, Le Soleil et la RTS cumulent à eux seuls plus d’un quart du budget total ».

Le communiqué pointe également le poids des institutions de régulation et de formation. « Parallèlement, les institutions dites de gouvernance, incluant notamment le CESTI, le CORED et la CCNP mobilisent des ressources significatives, renforçant davantage le poids de la sphère publique dans un dispositif censé soutenir l’ensemble de l’écosystème médiatique », déplore le CDEPS.

Plus grave encore, l’organisation évoque des irrégularités présumées dans la gestion du fonds. « Des éléments concordants font état d’une ponction de 39,6 millions FCFA opérée par l’administration du FADP sur les allocations destinées à certaines structures, au profit de la Maison de la Presse », affirme-t-elle, estimant qu’« une telle réaffectation (…) soulève de sérieuses interrogations quant à sa légalité et à sa conformité aux principes de bonne gouvernance ».

Dans le même temps, le CDEPS souligne la situation difficile de la presse privée. « La presse privée (…) ne reçoit que 36,1% du budget, soit 686,55 millions FCFA », relève le document, qui ajoute que « ce déséquilibre est accentué par le fait que le fonds est resté bloqué illégalement pendant une année entière ».

Face à cette situation, l’organisation professionnelle « apporte son soutien total et sans réserve à Ibrahima Lissa Faye », « dénonce toute tentative d’intimidation visant à museler les voix critiques » et « exige la publication intégrale, détaillée et justifiée des bénéficiaires et des critères d’attribution du FADP ».

Elle appelle également à « l’ouverture d’un audit indépendant sur la gestion du fonds » et à « une réforme en profondeur du mécanisme de répartition, afin de garantir une allocation équitable, transparente et conforme à la vocation première du FADP ».

Enfin, le CDEPS met en garde contre les conséquences de telles pratiques sur la démocratie. « La liberté de la presse ne saurait être dissociée des conditions matérielles de son exercice », insiste l’organisation, prévenant qu’« en fragilisant économiquement les entreprises de presse, tout en exerçant des pressions sur les journalistes, c’est l’équilibre de l’espace démocratique qui est menacé ».
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