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Déploiement militaire aux frontières et crise de liquidités : les dessous d’une stratégie de diversion du général Mamadi Doumbouya

Lundi 16 Mars 2026

En Guinée, le pouvoir de transition dirigé par le général Mamadi Doumbouya affiche ces derniers jours une posture de fermeté face aux tensions frontalières avec certains pays voisins. Des contingents de l’armée ont été officiellement déployés dans plusieurs zones sensibles afin de « garantir la défense de l’intégrité du territoire national ». Une démonstration de force soigneusement mise en scène par les autorités, mais que certains observateurs analysent comme une stratégie politique visant à détourner l’attention d’une situation économique particulièrement tendue.

À l’occasion du départ du dernier groupe de soldats, le chef de la transition s’est personnellement rendu sur le site de déploiement pour remettre solennellement le drapeau national aux troupes. Un geste symbolique destiné à galvaniser les militaires et à envoyer un message de souveraineté à l’opinion publique.

Selon la Direction de l’Information et des Relations Publiques de l’Armée (DIRPA), le président guinéen a profité de cette cérémonie pour rappeler le rôle central des forces armées dans la défense de la nation. « Vous, soldats de Guinée, vous êtes le symbole de notre unité, de notre force et de notre résilience. En ce temps où notre patrie fait face à des défis, votre engagement et votre dévouement sont plus précieux que jamais. Je vous confie ce drapeau, symbole de la responsabilité de défendre notre territoire, nos valeurs et notre avenir », a-t-il déclaré devant les militaires.

Dans un ton tout aussi ferme, il a également affirmé que la souveraineté territoriale de la Guinée ne serait pas négociable : « Moi, Mamadi Doumbouya, j’assure le peuple de Guinée qu’aucune portion de la terre laissée par nos ancêtres ne sera conquise », a-t-il martelé.

Des tensions frontalières réelles mais instrumentalisées ?

Le déploiement militaire intervient dans un contexte de frictions accrues le long des frontières, notamment avec le Liberia et la Sierra Leone. Ces tensions portent sur des revendications territoriales et des incidents localisés dans certaines zones frontalières.

Pourtant, cette situation paraît paradoxale au regard de l’histoire récente de la région. La Guinée avait en effet joué un rôle important de soutien envers ces deux pays pendant leurs longues guerres civiles dans les années 1990 et 2000, en accueillant notamment des réfugiés et en contribuant à la stabilisation régionale.

Aujourd’hui, la montée du discours sécuritaire à Conakry semble marquer une rupture avec cette tradition de solidarité régionale. Mais pour certains analystes, l’accent mis sur la défense des frontières pourrait aussi servir un objectif politique intérieur : renforcer le sentiment nationaliste et détourner l’attention d’une crise économique qui s’aggrave.

À Conakry, l’économie au bord de l’asphyxie

Pendant que le pouvoir met en avant les enjeux de souveraineté, la population guinéenne fait face à une réalité bien différente : une pénurie persistante de liquidités qui paralyse une grande partie des activités économiques.

À l’approche de l’Aïd el-Fitr, l’effervescence est pourtant visible dans le grand marché de marché de Madina, considéré comme le plus important centre commercial de la capitale. Dans ses allées bondées, les clients circulent entre les boutiques de chaussures, de tissus et de vêtements pour préparer la fête marquant la fin du Ramadan. Mais derrière cette animation apparente, les commerçants décrivent une situation alarmante.

Une affluence sans pouvoir d’achat

« Ce n’est pas parce que les clients ne viennent pas. Le vrai problème, c’est le manque de liquidités », explique Fatoumata Fadiga, vendeuse de vêtements. Comme beaucoup d’autres commerçants, elle constate que les clients parcourent les étals, comparent les prix, mais repartent souvent sans rien acheter faute d’argent disponible.

La situation s’est encore compliquée avec la méfiance qui s’est installée autour des paiements électroniques. Certains commerçants affirment avoir été victimes de clients effectuant des dépôts via des services de transfert mobile avant d’annuler la transaction après avoir récupéré la marchandise.

« Certains font un dépôt via Orange Money, prennent l’article et annulent ensuite la transaction. C’est épuisant. Finalement, nous refusons les dépôts », déplore la commerçante.

Au marché Avaria, le constat est le même. Les boutiques restent animées, mais les ventes stagnent. « Les clients viennent, mais ils repartent parce qu’ils n’ont pas de billets. Même ceux qui voulaient acheter en gros se limitent au strict minimum », confie M’Mah Traoré.

Des commerçants qui interpellent directement le pouvoir

Face à cette crise monétaire qui dure depuis plusieurs mois, les commerçants de Conakry lancent un appel direct au chef de la transition. Ils demandent des mesures urgentes pour rétablir la circulation de l’argent et permettre à l’économie locale de respirer.

Car pour de nombreuses familles, la préparation de l’Aïd el-Fitr se transforme cette année en véritable casse-tête. Entre hausse des prix, rareté du cash et ralentissement des ventes, les traditions de la fête risquent d’être célébrées dans une sobriété forcée.

Dans ce contexte, certains observateurs estiment que la mise en avant du discours sécuritaire et des tensions frontalières pourrait aussi servir à masquer l’ampleur des difficultés économiques auxquelles fait face le pays. Une stratégie politique qui, si elle se confirme, pourrait toutefois difficilement faire oublier longtemps les réalités quotidiennes vécues par la population guinéenne.

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